Piano Interrupted - Two by four Duo anglo-saxon habitué a composer des bande-sons pour des documentaires ou divers métrages filmiques, Piano Interrupted s'est décidé à faire la même chose... pour un long-métrage n'existant pas. Et de sortir via l'incontournable et toujours aussi prolifique Denovali Records (Carlos Cipa, Dale Cooper Quartet ou Hidden Orchestra dont les Londoniens ne sont pas si éloignés en termes de pratiques artistiques). Une idée de génie. Non mais une vraie. Parce que le concept n'est pas nouveau et nombre d'artistes ou groupes contemporains se sont déjà livrés à ce type d'exercice. Sauf que là, la paire Eric Young/Greg Hall qui réédite en réalité un premier album sorti en 2012 de manière assez confidentielle, accouche d'un petit chef-d'oeuvre.

Two by four, une oeuvre qui respire la classe et qui démontre que le duo sait tout faire. Même se moquer un peu de son patronyme. Parce que de piano (très classe) il est évidemment question dans cet album (le merveilleux "Hobi"). Mais pas que, loin de là. Une jolie dose d'electronica gracile. Des arrangements à cordes emmenant l'auditeur dans des stratosphères émotionnelles et emportant avec eux un clavier enjôleur bercé par des beats électronique renvoyant au trip-hop des 90's (la divine "Etude"), instrumentations aux violons et violoncelles que l'on retrouve sur le tribal et percussif "Hedi", preuve que les Anglais peuvent tout se permettre avec une maestria égale. Et s'ils sont aidés par un quartet à cordes en live, ce n'est certainement "que" pour donner encore plus de souffle à une musique à haute teneur émotionnelle.

Laquelle musique possède également de belles qualités expérimentales, que le duo a l'intelligence et le bon goût de ne pas noyer sous des circonvolutions absconses mais une élégance rare qui la rend aussi complexe et insaisissable qu'accessible et fascinante ("Son of pi", "London waltz"). Aux confins du trip-hop, de l'électro-jazz et du mouvement néo-classique, voire contemporain, Two by four est de fait une oeuvre riche et ténébreuse se nourrissant de textures et sonorités "world" (africaines, orientales) parfaitement assimilées ("Bulbus") dans un maelström musical qui emmène également l'auditeur vers des contrées musicales apaisantes évoquant par instants l'ataraxisme artistique d'un Sigur Ros, sans pour autant en partager toutes les sensibilités musicales ("Foug", "Son of foug"). Impossible de toutes les façons, tant Piano Interrupted apparaît comme un projet musical polymorphe (le jazzy puis électronique "Occasional blues") exhalant un magnétisme sonore à l'étrangeté troublante ("Nocturne") en même temps qu'une classe incomparable ("7 ages").

PS : en bonus, l'album se termine sur des interprétations live des titres "Etude", "London walz" et "Foug" de toute beauté... comme si cela ne suffisait déjà pas.