Le Peuple de l'Herbe - A Matter Of Time Il y a des groupes qui durent, tentent de se renouveler avec l'âge pour éviter de sombrer dans cette espèce d'image, d'étiquette qu'on a bien voulu leur coller à leur tout début, qui plus est quand la réussite fut incontestable. C'est le cas du Peuple de l'Herbe qui, encore de nos jours, est trop souvent réduit par certains à leur abstract hip-hop électro narcotique. "Ils existent encore eux ?" pouvons nous d'ailleurs entendre par-ci et là au détour de discussions informelles. Qu'importe, les lyonnais délivrent en ce début d'année un sixième album studio, presque dix ans après la sortie de P.H. Test/Two et la première participation du percutant MC JC 001, répondant au nom évocateur de A matter of time. Une question de temps pour ces spécialistes du télescopage des genres musicaux afin de nous démontrer qu'arriver à un point d'imbrication de styles tel et tenir les rangs avec une équipe très peu renouvelée n'est pas une sinécure quand il s'agit de laisser le temps agir.

Tandis que Tilt nous avait ouvert une brèche rock par intermittence qu'on avait su apprécier avec l'apport vocal d'un Sir Jean au top, ce A matter of time vient exhiber un groove infaillible palpable le rendant ainsi parfois plus (à tort ?) "mainstream" à l'image d'un "Mars" très pop, chanté par Marie Nachury (Lipstick Royale, Brice et sa Pute) ou un "Let us play" foutrement funky, loin de ce que Le Peuple de l'Herbe pouvait nous offrir jusqu'à présent. Le funk n'étant pas l'apanage du groove, on savoure à temps plein "Parler le fracas", titre hip-hop rappé admirablement par l'alerteur social Marc Nammour de La Canaille relayé à la fin d'un extrait d'interview de feu Aimé Césaire. Rendre le pouvoir au peuple, c'est également compter bien évidemment sur les deux rocs habituels du front vocal à savoir Sir Jean et JC 001. L'ancien frontman de Meï Teï Shô s'adapte davantage sur des morceaux aux airs plus "joviaux" ("New day", "Let us play") alors que le MC anglais balance son fulgurant phrasé rauque atypique à la fois rappé ("Mothership", "Numbers") ou narré ("A matter of time"). Une belle team qui ne serait rien sans le travail minutieux des quatre musiciens apportant chacun leur propres univers, que cela soit autant dans la programmation bien sentie des samples et des scratchs que dans les airs de trompettes délectables. A ce titre, le dernier morceau "19." en est un beau spécimen.

Avec A matter of time, Le Peuple de l'Herbe continue sans coup férir sa route débutée en 1997, une maturité assumée qui saura probablement convaincre sa petite communauté de fans. Pour les autres, peut-être faudra-t-il envisager une séance de rattrapage, mais une grande séance de rattrapage alors. Ce sera juste une question de temps.