Je n'ai pas l'habitude de lire les articles des collègues chroniqueurs avant de rédiger mes textes, donc désolé si d'autres ont évoqué le sujet et toutes mes excuses aux membres du groupe car je vais certainement être un peu lourd. Pain Magazine ? Sérieusement ? L'hebdo des boulangers ? Le mensuel des accords à contre temps ? Le quotidien du bourre-pif ? Autant l'idée peut être séduisante pour des anglophones mais là, y'a quand même un paquet de Français dans le combo et si à l'oral on entend la douleur, à l'écrit, on voit surtout un des emblèmes de la gastronomie hexagonale ! Pour éviter ce genre d'introductions et moultes vannes foireuses, peut-être aurait-il fallu trouver un autre nom... Louisahhh (l'une des voix) a beau être née aux États-Unis, elle parle un peu notre langue et aurait également pu mettre son veto. J'imagine qu'elle a dû discuter de cette question avec les Birds in Row et Maël Péneau (Maelstrom) mais qu'au final, ils ont dû préférer s'en amuser et se dire que le nom du groupe importait moins que sa musique.
Artistes engagés et pas du genre à faire des concessions, que ce soit dans l'électro/la techno pour les uns ou le post-hardcore pour les autres, on imagine que Joris (batteur) n'a pas du beaucoup chercher pour trouver des accointances lors de son travail avec Maël et Louisa, mais de là à imaginer un projet commun, c'est un peu moins évident. Et pourtant Violent god démontre qu'on peut mélanger toutes les musiques à condition d'avoir du talent. Le résultat ne ressemble pas aux travaux "classiques" des différents membres et c'est tout là l'intérêt de l'album, une croisée des chemins metal/électro avec des textes réfléchis (en anglais), le tout dans une ambiance post-apocalyptique assez froide (dans l'artwork, la main, chère aux Birds in Row, est cassée, couverte par des feuilles indiquant que l'hiver approche). Difficile de comparer Pain Magazine à d'autres, autant parce que l'amalgame est rare que parce que mes connaissances sont limitées dans ce genre, mais en empruntant des éléments à Aphex Twin, Kompromat, Front Line Assembly et Atari Teenage Riot, on doit bien, en secouant sans retenue, obtenir un truc qui sonne comme ce supergroupe. Bien que baignés de la même atmosphère, les titres sont assez disparates, je suis bien plus friand des pistes rock que sont "Dead meat", "Magic" ou "Horse song" que des aventures électro plus binaires ("Nice guy") ou que des expérimentations plus noisy ("Choke points"). Quand tout se mélange, cela peut aussi donner de bonnes plages comme "Weak and predatory" ou "Bastion".
Cette collaboration inattendue aurait pu rester une expérience "studio" où le boulot de chacun pouvait être tranquillement réalisé sans se soucier d'une réalisation "live", mais les musiciens ont décidé de pousser plus loin cette aventure en donnant plusieurs concerts où les sensations seront forcément décuplées.
Publié dans le Mag #68


