oolfloo : les sons effaces Une enveloppe sonore. Un champ électro-magnétique. Un souffle. Une identité en perpétuel mouvement. Une créativité impressionnante. En quelques mots, voilà ce que m'inspire l'univers d'OolfloO. Des sons effacés, mais dont la charge émotionnelle laisserait des traces, pour un instant d'éternité.
OolfloO, c'est une enveloppe sonore multi-dimensionnelle. Un champ électro-magnétique versatile. Un souffle, léger comme une plume, ou au contraire, écrasant, tant les pulsations qui le portent martèlent les pensées et s'impriment sur nos cortex. Une identité protéiforme, lunatique, s'inscrivant naturellement dans un processus de dématérialisation/rematérialisation complexe. Une fragmentation de soi, de ses pensées, de ses affects et de sa noirceur la plus abjecte pour en extraire de l'or et tendre de manière asymptotique vers une certaine forme de sérénité, même éphémère. Le but étant d'être en adéquation avec ce que l'on ressent, en mettant des mots, des sons, et des images sur le chaos qui nous habite ("En construction"). Aller au plus profond de soi, creuser toujours plus loin, aller à la limite du perceptible. Tenter de donner du sens à cette poussière élémentaire. Avant de tout effacer et de recommencer, encore et encore. Mais les cellules se souviennent et peuvent à tout moment réactiver le programme adéquat. Il suffit parfois juste d'une étincelle, s'allumant dans une fraction de son iris, pour renaître de ses cendres et faire voler en éclats ce qu'on avait construit jusque là ("Nova stella").
Une voix à fleur de peau, souvent murmurée, qui se tend sur le fil tremblant des émotions. Des échos omniprésents, faisant des ricochets entre les mots, les sons, les pulsations, les respirations et les souffles tantôt courts, tantôt langoureux, caressant les âmes de façon subliminale ("Twenty-Nine"). Une organicité palpable. Un univers qui prend corps et se mue, véritable caméléon stroboscopique, entre dissonances et harmonies parfaites. Une coloration affective subtile, oscillant entre sensualité et suggestivité. Un parfum délicieux, empruntant certaines effluves au pays du Soleil Levant ("Je m'étais dit que"). Une touche de féminité, délicate et esthétique. Une tension sexuelle qui s'insinue en toute innocence, entre les lignes de fuite. Mais surtout. Une atmosphère envoûtante, électrisant les pensées et les sens, l'air de rien, jusqu'à ce qu'un éclair aveuglant surgisse et perturbe l'équilibre qui s'était installé peu à peu ("Sur un coin de parking"). Orage magnétique dans l'air. Rupture anévrysmale d'un sentiment qui appartient déjà au passé. Hémorragie sonore cataclysmique, balayant les repères de l'espace-temps et inondant les moindres interstices moléculaires.
L'univers d'OolfloO est tout simplement kaléidoscopique. Et tenter de le décrire nous amène à la limite du champ de la compréhension. On pourrait l'appréhender sous forme d'une bulle légère, dont les parois se disloqueraient sous la simple pression des doigts pour se reformer par la suite, différemment, en réagençant à l'infini ses éléments constitutifs. Ou d'une orbitale, défiant les lois de la physique quantique et dont l'équation n'aurait pas de solution logique. En apparence.
"Je m'étais dit que" : toute l'essence d'OolfloO est contenue dans ce titre, qui fait l'ouverture de l'album : une atmosphère envoûtante, une voix murmurée ou simplement fredonnée, dans laquelle le souffle a autant d'importance que les mots, une base électro qui donne le tempo, une touche féminine, et surtout, des paroles en japonais ajoutant une coloration sensuelle très agréable.
"Twenty-Nine", construit autour de 3 embryons de phrase, est beaucoup plus profond qu'il n'y parait. On sent une véritable gradation dans les arrangements, comme un passage de l'obscurité à la lumière, avec une renaissance à la clef. On entend des échos faire des ricochets entre les lignes de chant écrites en français et en anglais, et cette construction en apparence chaotique est tout simplement sublime.
"4h55" : Un titre qui risque de faire des ravages sur les dance floors, mais si l'on s'intéresse de près aux paroles ("Last night i slept during the DJ set"), on se rend compte que ce titre est une petite bombe, conçue très intelligemment en réponse au fameux "Last night a DJ saved my life". Un véritable pied de nez à tous ces DJ de France et de Navarre qui nous ont servi une soupe soporifique pendant une vingtaine d'années et qui feraient mieux de revoir leurs partitions. Diffuser du OolfloO en boucle sur les dance floors serait tout simplement jouissif dans ce contexte .
Chez OolfloO, le processus de création s'inscrit dans une démarche profondément introspective. La recherche dissectionnelle des sons, des atmosphères, des textures et des représentations mentales qui en découle nous fait toucher du bout des doigts son essence, à la limite du nuage électro-magnétique. A découvrir absolument, sans l'ombre d'un doute. OolfloO pourrait bien être l'OVNI de la scène électro parisienne que vous n'attendiez pas .