Oneirogen - Kiasma Entre noise électronique volatile et dark ambient prégnant, Oneirogen, énième découverte de la maison de disques allemande Denovali semble être une sorte de mix idéal entre Tim Hecker et Sunn O))), le côté parfois hermétique en moins, la propension à générer des hallucinations auditives en plus. Lesquelles se révèlent assez récurrentes tant elles parviennent à plonger l'auditeur dans son univers créatif extrêmement immersif. Une plongée sans filin au cœur d'un espace d'expression visionnaire au sein duquel l'espagnol, new-yorkais d'adoption, livre l'auditeur à une expérience sensorielle quasi inédite. En témoigne l'extraordinaire piste d'ouverture de Kiasma, "Numina", petit numéro de maestria absolue de la part de son auteur.

La grammaire musicale de Mario Diaz De Leon renvoie à quelque chose qui résonne comme étant à la fois électro, rock, dark ambient, noise et un plus encore, emmenant ainsi sa musique explorer des territoires sonores sur lesquels s'affrontent des nappes synthés éthérés et des vagues déferlantes de disto brutale. Et là ce n'est encore que la première piste d'un disque qui en compte six comme ça. "Pathogen" assombrit la tonalité d'ensemble, on sent la menace sous-jacente, tapie dans l'ombre et pourtant, celle-ci n'éclate pas tout de suite au grand jour, laissant planer un doute synthétique avant que les premières constructions industrielles n'imposent une lourdeur typiquement métallique à un ensemble qui semble de plus en plus inextricable. Monolithique (et parfois même un peu trop...).

Enveloppé dans une brume shoagaze/drone/doom épaisse aux fulgurances électroniques obsédantes avant de laisser progressivement percer quelques éclairs lumineux ("Mutilation"), Oneirogen n'en livre pas moins une œuvre qui reste constamment sous la surface d'un univers inhospitalier, dense et âpre de part sa matière sonore toujours empreinte d'une saturation massive ("Imminence"). Malgré tout, la boucle semble se boucler assez (trop ?) vite et l'ennui créatif poindre quelque peu, lorsque justement, l'architecte espagnol se décide à changer un peu de registre, délivrant alors un morceau plus nébuleux, insaisissable ("Katabasis") avant de nouveau basculer dans ce à quoi il nous a habitué, pour finalement en repousser les limites artistiques. jusqu'à leurs extrémités et livrer un final en 2 parties : l'une préparant le terrain ("Gauze") à l'autre ("Mortisomnia") qui pousse son art dans ses retranchements ambient/drone très dark aux textures vocales renvoyant aux sphères black metal. Comme la preuve définitive que ce projet-là n'est pas forcément à mettre entre n'importe quels tympans...