La vie de No One Is Innocent n'est pas un long fleuve tranquille et l'histoire aurait pu s'arrêter après la tournée incandescente d'Utopia. Mais Kemar avait relancé la machine pour d'autres tours de pistes livrant des morceaux devenus eux aussi des marqueurs forts des engagements du groupe. 30 ans après l'album qui portait leur nom (quelle pochette !!!), il raccroche les gants, conscient qu'il ne pourra pas défendre ses idées avec la même force jusqu'à 70 ans (il en a 56 cette année) mais avant de partir, le combo revient sur les planches et résume son activité en Colères, une compilation qui porte bien son nom.
Deux inédits, quelques titres en version concert (déjà parus sur Barricades live) et les morceaux les plus marquants remplissent le CD (c'est cette version que je chronique, les tracklists peuvent être différentes selon les supports). Et si on pouvait imaginer des ponctions dans tous les disques, deux sont boudés : Gazoline (2007) et Drugstore (2011), pour le premier, je pense que l'éponyme "Gazoline" avait largement sa place, quant au second, il est vrai qu'il est difficile de sauver un titre de cet album "à part" dans leur discographie, mais pourquoi pas "Les opposants" ? Si on voulait les placer, il faudrait "enlever" d'autres morceaux et c'est là que ça devient très difficile tant certains semblent inamovibles comme "La peau", "Nomenklatura", "Revolution.com", "Charlie" (pourquoi ne pas placer le discours juste avant le morceau ???) ou "Dobermann". Les choix sont donc personnels et si certains morceaux sont là, c'est peut-être pour des raisons qui nous échappent. "Djihad propaganda", "Forces du désordre" ou "Les revenants" pouvaient, selon moi, passer à la trappe pour permettre de couvrir l'intégralité de la discographie. Avant de passer aux inédits, petite note pour le "Massoud" enrichi par la présence du Lahad Orchestra et qui sonne encore mieux que la version entendue sur Propaganda (2015). Parce que les No One ne sont pas du genre à rester silencieux, on a deux nouveautés. Même si le texte pourrait exister sans, "L'arrière-boutique du mal" peut faire écho à ce qu'a vécu Kemar, le tribunal médiatique étant souvent bien plus violent que la réalité judiciaire (affaire classée sans suite), "Elle a choisi son signe, celui de la balance, un contrat sur la tête facturé à l'avance...". Un morceau lourd, qui progresse lentement mais sûrement et se lâche un peu plus sur la fin. L'autre inédit ajoute quelques coups à la Bête Immonde, un des combats qui ont fait l'identité de No One Is Innocent, "Ils marchent" se détache par ses textes plutôt que de mettre en avant les instruments (mais la rythmique est top), la menace sourde se rapproche tous les jours un peu plus et on aurait bien besoin de groupes aussi engagés qu'eux pour faire tenir le barrage ou éviter que le niveau ne monte trop haut.
No One Is Innocent a écrit l'Histoire du Rock en France, groupe majeur de la scène "alternative" dans les années 90' avec deux albums magistraux, ce "best of" montre aussi qu'ils ont continué de marquer les esprits avec des tubes chargés de bons riffs et de mots choisis ("Ali (King of the ring)", "Frankenstein"...) et que le groupe existe au-delà de ses prestations scéniques intenses. C'est censé être la fin de l'histoire, mais quelque chose me dit qu'elle n'est pas terminée...
Publié dans le Mag #63

![[fr] [fr]](/img/flags/fr.png)





