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Biographie > Raie de chaussée

Le premier rapport de Frédéric Garcia, plus connu sous le nom d'artiste Niveau Zero, avec la musique est le métal-hardcore en tant que bassiste. Passé derrière les platines, il est devenu en peu de temps une référence dans la catégorie dubstep-bassmusic française et internationale. Flirtant également avec des styles approchant le hip-hop et la drum n' bass, le parisien signe ses premières sorties sur de nombreux labels dont Destpub, Peace Off, Château Bruyant et Expressillon. En 2008, Niveau Zero est distingué meilleure découverte électro du Printemps de Bourges. Le prince du dubstep français rejoint à maturité la grosse écurie berlinoise Ad Noiseam sur laquelle il sort en 2010 son premier LP intitulé In_Sect. Sur ce disque, de fructueuses collaborations viennent se greffer une à une (Broken Note, Ben Sharpa, Hecq), et permet au DJ de se forger une réputation solide grâce à des prestations scéniques de haute volée. En octobre 2012, sort Jasmine, le deuxième album de Niveau Zero où apparaît une nouvelle fois son lot d'invités dont Aucan et Youthman et une remix de "Distorted rules" d'As They Burn. Notez que le parisien est depuis 2000 membre du collectif Freesson mais également de Sub:Culture qui organise notamment les fameuses soirées F*** you I'm Furious!

Niveau Zero / Chronique LP > Jasmine

Niveau Zero - Jasmine Il y a presque trois ans, à l'occasion de la sortie de son premier album sur le label électro des plus recommandables, Ad Noiseam, Niveau Zero mettait clairement tout le monde d'accord. In_Sect, album (d)étonnant qualifié alors de "bass-music", rendait ses lettres de noblesse à la wooble bass à t'en perforer l'estomac, le tout mis au service d'un style se rangeant grosso-merdo entre le dubstep, sans cette chienne de hype qui va avec, le hip-hop massif des familles (la présence de Ben Sharpa sur l'un de ses titres n'était d'ailleurs pas si surprenante) et le métal car ce sont quand même les racines du bonhomme. L'idée était d'encaisser sans retour du parpaing sonore plutôt brut de décoffrage, sans manquer de respect au travail prodigieux de production. Soumettant notre résilience à dure épreuve, celle-ci se devait de passer par un second test. C'est désormais chose faite avec Jasmine, opus hautement attendu, c'est peu de le dire.

Jasmine donc. Prénom résonnant doux et chaud à l'oreille mais dont on prête généralement à celles qui le portent un comportement sévèrement bilieux. Jasmine, comme la fleur de Jasmin, allusion direct au printemps arabe de ces dernières années où les mouvements de révoltes populaires ont permis à certains pays d'Afrique du Nord de se libérer de leurs dictateurs sanguinaires. Un symbole fort annonçant déjà le relent des épaisses fumées noires aperçues sur la couverture du disque, une image captée puis retravaillée du dernier court-métrage de Mihai Grecu, "We'll become oil", consacré au pétrole. Niveau Zero annonce la couleur : La guerre est déclarée avec "Rusty" sur lequel résonne le vigoureux "rejection" d'un Phil Anselmo alors au sommet de son art avec Pantera (NDR : sample extrait de "Throes of rejection", morceau présent sur Far beyond driven) suivi d'une lapidation rythmique soutenue par une instru totalement tourmentée.

Avec ce disque, Frédéric Garcia aka Niveau Zero marque une évolution par rapport à In_Sect en ce sens qu'il laisse davantage le temps à ses morceaux de respirer entre deux tempêtes ("Permafrost", "Aido"). Pas forcément moins percussif, Jasmine met en exergue en neuf titres toute la subtilité et la complexité du tissage sonore empoignant de ce cacique de la musique électronique. Faisant passer, par la même, l'auditeur de la quiétude au tumulte, il n'oublie cependant pas de renouer avec ses premiers amours. Le métal d'abord avec, par exemple, "Distorted rules", un remix d'As They Burn où les guitares saturées dégoulinent et saignent sur des rythmiques hardcore qui servent un chant puissant. Le hip-hop ensuite, représenté par New order avec Dr Oktopus de Dälek et la très musclée Forward sur laquelle le frangin (Damned) vient pousser sa gueulante pour servir le flow compact de Youthman et la voix d'outre-tombe d'Ill Smith. Notons aussi la présence des italiens d'Aucan pour une prestation hautement électrique sur "The cross".

Passer (seulement) 36 minutes avec une Jasmine n'aura jamais été aussi sublime et éprouvant. On ressort le sourire aux lèvres tellement ce nouveau méfait tient plus que toutes ses promesses. Chapeau bas l'artiste !