Et si Yasmine Hamdan avait une petite sœur musicale ? C'est la première pensée m'ayant traversé l'esprit en découvrant Laini tani, le deuxième album à la fois enivrant et inspirant de la jeune productrice, musicienne et chanteuse égyptienne Nadah El Shazly. Installée aujourd'hui à Montréal, elle partage en effet des similitudes avec la Libanaise : un chant et un style profondément ancré dans les traditions arabes (ici un mawal égyptien finement réinventé), une affinité marquée pour l'électronique et surtout ce même souffle de liberté, d'indépendance et d'audace.
La comparaison s'arrête toutefois ici. Là où Yasmine Hamdan s'est façonnée une aura de figure pop iconique, Nadah El Shazly s'aventure plus volontiers sur des terrains expérimentaux et serpentant mêlant abstraction, rituel et dramaturgie sonore. Laini tani s'écoute ainsi comme on suit un film noir. Chaque piste avance par à-coups, dans un rythme haché, imprévisible, où la lumière et l'ombre se disputent l'espace. Tour à tour fleuri et poétique, puis soudain oppressant et anxiogène, l'album maintient un suspense fiévreux, et nous plonge dans des architectures sonores d'une grande richesse. Entre instruments traditionnels (harpe, piano, percussions...) et textures électroniques possédées, Nadah construit un univers dense, mouvant, constamment en tension.
Co-produit avec un artiste de sa ville du Caire, 3Phaz, Laini tani apparaît comme un véritable pont entre passé et futur, un laboratoire de formes sonores où se croisent le patrimoine et la modernité, qui fait aujourd'hui de Nadah El Shazly l'une des artistes les plus fascinantes, et désormais incontournable, du monde arabe contemporain.
Publié dans le Mag #68


