Monsieur Z : D1g1tal EQ Entre ragga de par le chant, electro avec l'emploi de samples en tout genres et métal pour la plupart des accords de guitare, la musique de Monsieur Z est très riche et hautement bigarrée. Mais il faut tout de suite préciser que de ce mariage à trois (ragga+electro+métal), le coté métal est celui qui transparaît le moins car le chant et les samples sont au premier plan laissant quelque peut en retrait les grosses guitares. Rassurez-vous, ce disque n'en est pas moins doté d'une redoutable énergie. Les textes, mêlant avec subtilité poésie et conscience (politique) sont d'une qualité remarquable. Voilà un rapide synopsis de cet album, entrons maintenant dans les détails...
"Original gunboy", titre prémédité comme ne pouvant être qu'un ultra-tube (qu'on se comprenne : rassurez-vous, pas sur NRJ !) apparaît après l' "Intro" de circonstance. Si cette deuxième piste attire l'attention dès la première écoute (textes, chœurs, refrain, et riffs implacables), les autres résistent plus ou moins longtemps avant de se révéler être elles aussi de véritables pépites.
Il est en effet impossible d'éliminer un quelconque titre à cause d'éventuelle(s) imperfection(s). Car Monsieur Z est vigilant à chaque instant, il ne laisse rien au hasard. Chaque morceau est ciselé, travaillé avec amour et dévotion pour un résultat éclatant de sincérité. Même la piste cachée (laissée au rang de brouillons ineptes par certains combos) offre une version de "Tous innocents" qui est toute aussi poignante que le reste du disque.
La magnificence de l'ode au sexe féminin "La peau", la finesse de "Fragile, délicat" ou encore le teigneux "2 poings" montrent la capacité de Monsieur Z à établir des paysages divers et variés.
En permanence, Monsieur Z est sur le fil, hésitant entre crises de nerfs à peine dissimulées ("Tout bouge") et douces désillusions ("Apathique"). De la même manière, le bisontin tergiverse entre poésie et prise de conscience du monde qui l'entoure. Un exemple ? "Par la fenêtre". Lorsqu'on croit qu'une plume presque légère l'emportera sur l'ensemble de la chanson, "mais on oublie très lentement, alors on donne bonne conscience à l'occident en envoyant de l'argent" surgit et vient vous sécher, net. Apre sentiment, n'est-ce pas ? Et l'ensemble de l'album est ainsi construit. Confrontation des humeurs, des goûts, des styles pour éveiller, provoquer et aussi pour émerveiller. Le métissage auquel s'exerce Monsieur Z semble être sans borne. Il puise ses idées un peut partout, il picore ses idées ça et là : incruste une guitare reggae ("Immobile"), étales des loops hypnotiques, apporte des samples inoubliables ou laisse son chant s'approcher du hip-hop. Les sons clairs de guitare sont aussi dissuasifs que les accords les plus féroces.
Et comme si le contenu audio ne suffisait pas, D1g1tal EQ est gratifié d'une piste multimédia comprenant un vrai clip d' "Apathique" (et pas un live remonté vite fait, si vous voyez ce que je veux dire... il s'agit ici d'une vraie histoire), un diaporama comprenant des vues de ce même clip et de son making-off. Mais, me direz-vous, ces additifs, un nombre croissant de groupes se permettent de les ajouter à leurs galettes. Alors, Monsieur Z, toujours en quête d'originalité, rend l'auditeur acteur de sa musique en incorporant une (mini-)table de mixage permettant à tout un chacun de s'essayer à transformer à sa guise les différent titres du disque à l'aide de samples audio (et aussi vidéos).
Pour en revenir à l'album à proprement parler, le matériau brut de décoffrage (et disponible sur le site du groupe) issu des sessions d'enregistrement est passé entre les doigts d'orfèvre de Jean-Pierre Bouquet, chargé du mastering. Certains titres en sont admirablement refaçonnés ("Immobile", "2 poings") et font transparaître des facettes jusqu'alors peu perceptibles. Autre performance : les paroles sont parfaitement intelligibles sans livret, ce qui permet de les mémoriser facilement, avec une souplesse des plus confortable.
A l'aide de son audace et de son ingéniosité, Monsieur Z est un digne représentant de la scène Bisontine qui en arrive lui aussi au stade de l'album avec, à la clef, espérons-le, une renommée des plus étendue. Serait-ce insister que de dire qu'il la mérite amplement ?