Monno - Ghosts A l'instar de la majorité des sorties récentes (ou moins récentes) du label Conspiracy Records, un disque de Monno, ça ne s'écoute pas n'importe comment. A éviter entre le nesquik et les tartines de beurre du petit dej par exemple. On l'a dit Monno ne déroge pas à la règle. Mise en condition : verrouillage des écoutilles, casque vissé sur la tête, fermeture des stores et immersion complète dans Ghosts, un troisième album signé du quartet allemano-helvétique, qui prend ici des allures de véritable voyage introspectif dans les méandres d'une psychée malade ou tout du moins sérieusement torturée. On débute par 14 minutes et trente quatre secondes d'un "Negative horizon" tantôt vaporeux et enchanteur, tantôt plus lourd et tellurique. Mais toujours solennel, vibrant et obsédant. Rythmiques mid-tempo lestées de plomb, basses pesantes, instrumentations étirées à l'infini, Monno développe ici un mélange ambient-noise industriel dronisant aux effluves métalliques, une musique aux aspirations expérimentales et bruitistes sans cesse en mouvement. Murs de son, instrumentations marmoréennes implacables, le programme est aussi fascinant qu'effrayant, ou peut-être est-ce l'inverse (?)... Une remise en question permanente sur laquelle on assiste à une étonnante collusion des genres. Des structures tantôt fleuves, tantôt plus étriquées, une approche underground assumée et volontairement jusque-boutiste...
Avec "Troye" puis "Mérule", Monno laisse fugitivement perler quelques vocalises death, le cocktail musical ici distillé flirte avec les frontières d'un hardcore caverneux et oppressif. Quelques frémissement noise-rock aux vibrations déviantes et le quartet se décide à lâcher les chevaux. La bête, une fois en liberté, va faire un carnage. S'ensuit alors un véritable chaos sonore avec "Hull". Une expérience extrême qui mêle drone, grind, noise sursaturée, le tout dans un déluge bruitiste où les sons s'agglomèrent, entrent en collision sans qu'aucune ligne directrice ne puisse être identifiée. Imprévisible et dément. On a beau s'accrocher, le choc anaphylactique est d'une rare violence. Sueurs froides et palpitations de circonstances... Et ça a beau ne durer que 3 minutes et des poussières, on n'en sort pas indemne. Tant et si bien que l'on est tout heureux d'avoir le CD et par conséquent de pouvoir mettre "pause" pour reprendre notre souffle. En imaginant qu'en live, "Hull" peut s'apparenter à une véritable séance de torture auditive. Crispant. En guise de cinquième et dernier titre Monno nous propose "Endfall", morceau idéal pour refermer ce Ghosts définitivement labyrinthique. Et nous revoici reparti pour quelques 13 minutes et vingt secondes de frémissements ambient cyclothimiques, de rythmiques cette fois plus ascétiques malgré quelques hausses de tension. Et toujours ces masses sonores qui semblent parfois s'éloigner, d'autres fois se rapprocher, afin de susurrer encore et encore leurs distorsions psychotiques à nos membranes auditives. A ne pas mettre entre n'importe quels tympans...