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Biographie > Allô, la Terre?

Dans la ville d'Antibes, si l'on excepte le réputé festival de jazz et le tourisme méditerranéen, il ne se passe pas grand chose. Alors quand un groupe émerge là bas, il ne passe pas inaperçu. Sauf que quand l'une des formations les plus connues de la ville a un certain succès, ce n'est pas dans son pays natal (ou alors en infime partie) mais bel et bien aux Etats-Unis. M83 (comme la galaxie spirale) se forme au début du nouveau millénaire autour d'Anthony Gonzalez et Nicolas Fromageau. Ce duo se spécialise dans un shoegaze synthétisé aérien et débute sa discographie par un éponyme en 2001. Dead cities, red seas & lost ghosts, dont l'artwork a été réalisé par la photographe américaine Justine Kurland, suit deux années plus tard et bénéficie de critiques encourageantes. Malgré cela, Nicolas quitte son camarade de jeu après la tournée de cet album.
Depuis, Gonzalez, devenu l'âme de M83, est accompagné d'un groupe de musiciens dont son frère Yann avec qui il compose le troisième album Before the dawn heals us sorti au début 2005. Le groupe participe à la même époque à une série de remixes dont "The Pioneers" de Bloc Party et "Protège-moi", la version française de "Protect me from what I want" de Placebo. Puis, c'est à travers un Digital shades vol. 1 qu'Anthony Gonzalez tente l'aventure solo "at home", en 2007, avec un recueil de chansons ambiancées mixées et masterisées par l'ex-bassiste d'eNola, Antoine Gaillet. En attendant le second volet de ces "Digital shades", M83 poursuit l'aventure à plusieurs l'année suivante avec un Saturdays = Youth aux influences 80's. Ce cinquième album, co-produit par Ken Thomas (Sigur Ros, The Sugarcubes, Cocteau Twins) et Ewan Pearson (The Rapture, Ladytron), voit l'arrivée de Morgan Kibby de The Romanovs aux claviers, piano et chant. Durant deux ans, M83 accompagne sur scène des pointures tels que Depeche Mode, Kings of Leon ou les "très à la mode" The Killers. Dernièrement, les français ont participé en majeure partie au score du film Black heaven / L'autre monde de Gilles Marchand, ajoutant une expérience de plus à leur palmarès.

M83 / Chronique LP > Hurry up, we're dreaming

M83 - Hurry Up Hurry up, we're dreaming, c'est l'histoire d'un petit frenchy trentenaire qui a réussi dans la musique et qui s'attaque désormais à son rêve hollywoodien, le parcours presque sans faute d'un surdoué de la musique électronique qui livre ici son (déjà) sixième album studio et qui prend le risque de succomber aux sirènes d'une Amérique fantasmée. Une longue "Intro" new-wave typée 80's nous fait plonger la tête la première dans le nouvel opus du petit prodige antibois et d'entrée de jeu, on est happé par la puissance évocatrice de la musique de M83. Entre les néons balayant les immenses avenue des mégapoles de la côte californienne et le quotidien noctambule d'une musique prête à conquérir le monde, Anthony Gonzalez, qui livre ici son un quatrième effort en solo, depuis sa "séparation" artistique avec son complice de toujours Nicolas Fromageau, parti fonder Team Ghost, balance dans les enceintes une pop synthétique et technoïde dont les textures sonores oscillent entre les 80's et les 90's. Une bonne dose de shoegaze en guise de nappage sur des friandises électroniques ("Midgnight city"), des arrangements denses et une grandiloquence complètement assumée, M83 cherche le tube, quitte à en faire un peu trop, mais a le mérite de pousser ses ambitions artistiques à leur paroxysme ("Reunion").

"Where the beats go" puis le très beau "Wait" posent les atmosphères en calmant le jeu après le déluge electro/synthé/pop des débuts, le désormais one-man band prend alors tout son temps pour développer une musique aux ambiances artificielles nacrées sur lesquelles AG n'hésite pas à exploiter ses potentialités vocales au maximum. Tout en prenant bien soin de laisser également la part belle à des arrangements amples et émotionnellement intenses. Un jeu de gimmicks sonores plus tard avec l'enfantin "Raconte moi une histoire" et son final shoegaze sublime, puis M83 assemble les pièces de son puzzle musical en respectant cette ligne de conduite qu'il semble s'être fixée pour ce Hurry up, we're dreaming, à savoir se laisse habiter par la musique électronique californienne des 80's, quitte à oser des trucs un peu kitchs ("Claudia Lewis", "OK Pal", "Steve McQueen"), voire beaucoup, et aller un peu loin dans son délire emphatique. Quelques tornades électroniques et électriques ("This bright flash", "My tears are becoming a sea", "New map"), ou des titres marqués par un minimalisme feutré inattendu ("When will you come home ?", "Another wave from you") plus tard, M83 poursuit sa découverte du nouveau monde par le prisme d'une Amérique bercé par ses sunlights, ses fantasmes, ses excès et le gigantisme qui l'accompagne. Fatalement, l'album s'étend sur la durée, un peu trop, ne réussit pas toujours à convaincre ("Year one, one UFO", "Fountains") mais malgré quelques longueurs, parvient à créer quelque chose d'assez unique en son genre dans la production musicale actuelle. Un disque avec une vraie personnalité qui, malgré ses défauts, parvient, notamment sur un final parfaitement maîtrisé ("Echoes of mine", "Klaus I love you", "Outro"), à faire naître un sentiment de fascination et plus encore, morceau après morceau, un besoin latent de s'y replonger immédiatement.

M83 / Chronique B.O. > Black Heaven / L'autre monde

Black Heaven - L'autre monde Au delà de la pochette (également l'affiche du film soit dit en passant), qui met plus qu'agréablement en valeur les formes d'une Louise Bourgoin vue de "dos", la bande-originale de Black heaven / L'autre monde se distingue surtout par la large participation de M83 (du duo John & Jen aussi sur un titre) à un score par ailleurs composé par Emmanuel d'Orlando, également auteur de la musique du film "Non ma fille, tu n'iras pas danser". Une bande-son aux atmosphères troubles pour ce film réalisé par Gilles Marchand ("Qui a tué Bambi ?"), thriller sur fond de jeu vidéo en réseaux jonglant entre virtuel et monde réel (du moins c'est ce que dit le synopsis), que certains n'ont pas hésité à comparer à un "Blue Velvet" à Marseille (il fallait oser). Des plages musicales de durées variables, illustrant avec un goût certain pour la mélodie éthérée, des séquences cinématographiques que l'on devine nageant en eaux troubles... et au milieu, une huitaine de titres signés M83, la vraie valeur ajoutée de cette BO (le duo John & Jen ne laissant par vraiment un souvenir impérissable malgré son "Oh my love" tout en sensualité assumée).
Car si les compositions signées Emmanuel D'Orlando forment le carcan musical dans lequel vient se lover la pellicule cinéma, "Black hole" ou "In the cold I'm standing" par M83 sont de vraies pépites ambient electro shoegaze, nappées de mélodies dont les réminiscences trainent dans notre esprit longtemps après leur écoute. Hypnotiques et évocatrices, à l'image de "Violet tree" (au total, le "groupe" signe 8 des 17 pistes que comptent le score), embrumant l'esprit de l'auditeur de ses vapeurs narcoleptiques, elles laissent écouler en nous cette pop rêveuse dont Anthony Gonzalez (seul aux commandes du projet antibois depuis quelques années maintenant) maîtrise ici à la perfection le moindre des artifices ("Marion's theme"). Des harmonies idylliques ("Farewell / Goodbye") quoiqu'un peu poussives par instants, des sonorités qui renvoient à un songe éveillé, de ces rêves semi-conscient où l'on peine à distinguer le fantasme de la réalité, le mirage du concret ("Audrey's theme"), en cela, on peut d'ores et déjà dire que ce score rempli allègrement son cahier des charges, à savoir être un élégant écrin sonore pour un film que l'on espère donc à la hauteur de sa musique malgré un pitch pas franchement transcendant.