Jerri - Jerri Lors de l'addictif titre ouvrant la tracklist, les "Go fight your war" lancés tels des incantations par Angil sur le massif son industriel (saupoudré de sonorités cuivrées à l'arrière-plan) produit par Deschannel, nous font regarder à deux fois sur quel label est sorti l'objet. Et non, ce n'est pas Jarring Effects qui a raflé le mise puisque Jerri est bel est bien le fruit de la coproduction entre 6 AM Prod et We Are Unique Records !, fidèles associés des forces en présence. "Go fight your war", étant le produit d'appel, Jerri complexifie quelque peu la donne sur les autres titres et demande quelques réécoutes avant de se faire happer... et de rendre difficile la possibilité de s'en défaire.
Lorsqu'il l'appose sur des textures à tendance folk ou pop ("Dressed suitor", "Clayton's theory"), le chant de Mickaël (toujours en anglais), reconnaissable entre mille, évoque sa précédente collaboration (comprendre The John Venture) mais fait prendre un tout autre tour à Jerri lorsque les compos s'orientent vers des univers électroniquement abstraits, psychédéliques (le merveilleux "Grace is gone") ou doucement biscornus ("Finland" et ses mélodies douces amers). Jerri signe avec tact une succession de titres dont les contours sont difficilement saisissables, allant de la confrontation entre noïse, hip-hop et techno bruitiste ("The M.I.A. thing" et ses beats font penser au projet resté à l'état embryonnaire EDA & Chris Wünj) au délire aussi long qu'hypnotique "I don't need you fucking record to love you" (avec Soul Jah'Zz en guest), en passant par le déstructuré et alambiqué "Cum-opera(ted)" (et son air minimaliste à peine dissimulé...).
Vous l'aurez compris, Jerri ose le gros amalgame très riche en influences (on peut ajouter sans sourciller free-jazz, krautrock et post-rock à la liste des styles déjà évoqués) et si on a parfois du mal à en suivre l'itinéraire ("A sequel"), il se distingue brillement en associant une multitude d'idées sans les imbriquer n'importe comment ! Et vu la rudesse de la tâche, on ne peut que tirer son chapeau devant la réussite des quatre (éphémères ?) associés.