jfx_visuel.jpg ... La genèse
Au départ, qui a fait quoi pour lancer le label et d'où est partie l'idée de monter Jarring Effects ? Quelles étaient vos intentions, vos aspirations en montant la structure ?

Jarring Effects est né d'un studio de répétition situé sur la Croix Rousse (Lyon). A l'époque Mei Tei Shô, Crazy Skankers, High Tone se retrouvaient et répétaient dans ce local. Peu à peu l'idée est naturellement venue de créer une Association (en 1993) pour structurer tout ce petit monde et organiser des concerts. En 98, les choses se sont accélérées puisque par le biais de la structure Kubik, on a pu trouver un distributeur (PIAS). On a alors sorti une compilation des artistes qui répétaient dans les locaux du label, puis le premier maxi de High Tone.

D'ailleurs pourquoi avoir choisi ce nom, "Jarring Effects" ?
Le nom de notre label est un slogan qui signifie "Le volume sonore d'une foule qui manifeste et son aspect déstabilisateur sur le pouvoir en place". A la base, c'est le nom d'un groupe marocain, Aisha Kandisha`s Jarring Effects, né dans le milieu des années 80. Ils ont été parmi les premiers à mélanger musiques traditionnelles et sonorités électroniques.


Le label au quotidien
Jarring Effects maintenant c'est qui ? Quoi et surtout comment ? En sommes comme fonctionne le label et ses activités afférentes ?
En fait chez Jarring Effects, il faut bien distinguer l'activité label et l'activité associative même si les frontières entre les deux structures sont minces. Pour faire court, on est 5 à bosser à plein temps au label. Un administrateur / comptable, une personne à l'export et au booking, une à la promo et sur le fanzine Nuke, une personne sur le l'infographie et le multimédia et enfin un ingénieur du son qui gère le studio d'enregistrement. On a forcément plusieurs casquettes puisque toutes ces activités sont fortement imbriquées. Coté associatif, les bénévoles participent à l'élaboration du festival Riddim Collision et nous aident tout au long de l'année sur l'organisation de concerts et de soirées et la diffusion du magazine Nuke.

Entre Ez3kiel, Brain Damage et R-Zatz déjà sortis, Fumuj, B R OAD Way et Revo qui sont sur le grill, l'actu JFX est plutôt chargée depuis le début de l'année, vous avez décidez d'accélérer la cadence où c'est plutôt un hasard des calendriers ?
Les deux mon capitaine. Parmi les groupes que tu viens de citer, il y a les "anciens" en qui on a une grande confiance et avec qui on a forcément envie de continuer l'aventure et puis il y a des nouveaux venus comme B R OAD Way, Revo ou R-Zatz. Il faut savoir que pour ces derniers, les frais de productions sont limités car ce sont des licences. Du coup ça nous a permis d'augmenter le volume de sorties sans prendre de risques inconsidérés.
Et puis ça nous a fait du bien d'élargir le catalogue et d'accueillir de nouveaux projets !

jfx_bits1.jpg Le prochain album de [Idem] sortira chez vous cet automne. Ne craignez-vous pas de devenir hégémonique en matière d'électro-dub made in France ? Il y a un risque de monopole quand même (rires).
C'est ce que les gens ont tendance à penser, mais ils se trompent ! C'est vrai qu'Ez3kiel, High Tone, Brain Damage ou Lobe ont contribué à nous faire connaître par le dub, mais si on regarde de prés le catalogue, ce style n'est absolument pas majoritaire. Je citerai par exemple Interlope, Filastine, R-Zatz, l'Oeuf Raide, Reverse Engineering qui sont à mon sens très éloignés de ce courant. Je pense plutôt que le dénominateur commun de tous nos groupes, c'est l'amour pour les hybridations et les grosses basses.

Que faut-il à un groupe pour signer chez vous ? Et quel est le profil type d'un artiste estampillé JFX, d'ailleurs y en a-t-il un (de profil) ?
Tout d'abord il faut dire qu'à Jarring il n'y a pas de Directeur Artistique. La décision de signer ou non un artiste se fait de façon collégiale et au coup de coeur. Aussi, l'intégration d'un artiste dans le catalogue est souvent sujet à de longs débats passionnés au sein de l'équipe. C'est aussi pourquoi, certaines sorties peuvent aussi apparaître comme des ovnis pour le public. Le groupe Azian Z en est le parfait exemple ! Du coup, il n'y a pas de profil type, si ce n'est la qualité du projet artistique et sa déclinaison scénique pour laquelle on attache énormément d'importance. Il en demeure pas moins que le catalogue reste en majorité cohérent artistiquement et que notre public semble ne pas être trop "perdu" dans nos choix


La question du téléchargement illégal
Soulevée récemment par Opti lors de son coup de gueule sur le blog du label, la question du P2P qui va en partie de paire avec l'effondrement du marché du disque est j'imagine très préoccupante pour une structure comme Jarring, comment voyez-vous l'avenir de ce point de vue ?

Le P2P contribue forcément au déclin de l'industrie musicale. En revanche, nous ne sommes absolument pas contre ce système qui est l'essence même d'Internet.
A mon sens le p2p est défavorable aux groupes déjà « développés » et susceptibles de vendre des disques dans des volumes significatifs. Quant aux petits groupes, le p2p est un formidable moyen de diffuser sa musique et de se faire connaître. Pour le cas Jarring Effects, on est en pleine réflexion sur l'avenir. La dématérialisation des supports est désormais incontournable. C'est pourquoi, le catalogue du label est entièrement téléchargeable via www.cd1d.com et certains de nos groupes sont disponibles sur des plate-formes légales payantes. Comme tout le monde on utilise beaucoup le web pour promouvoir nos artistes et leurs sorties, je pense notamment à nos samplers numériques gratuits JFX Bits. Bref, c'est aux petits labels et aux producteurs qui par leur souplesse et leur réactivité pourront anticiper les changements liés au web et aux nouveaux modes de diffusion.

Pensez-vous chez JFX comme certains que le support physique est en sursis (sinon déjà quasi enterré) et que l'on va maintenant vers une dématérialisation de la musique avec la fin programmée des majors ou plutôt que le marché va maintenant être aux mains de petites structures plus souples et réactives et que les "supports" physiques et numériques cohabiteront sur le long terme ?
Personnellement, j'ai peur qu'à terme le support physique disparaisse complètement au profit du numérique. Il y a qu'à voir le nombre de lecteurs mp3 qui se vendent dans le monde. L'ère du bon vieux lecteur CD est révolue et celui de la platine vinyle semble lui emboîter le pas. Dommage.


La plate-forme CD1D
Vous êtes co-initiateurs de CD1D.com (plateforme de vente de disques de labels indés à prix direct, NDLR). Comment vous est venue cette idée ? Etes-vous satisfait de son développement actuel ? Quelles sont les prochains labels prêts à rejoindre l'aventure ?

CD1D.com est une fédération de labels indépendants créée en 2004 par 7 labels fondateurs [Aïlissam, Crash Disques, Facto Records, Foutadawa aujourd'hui remplacé par le label 6AM, Irfan, Jarring Effects et Vicious Circle]. Cette structure est née d'un constat : le manque de visibilité de nos catalogues dans les grandes enseignes dites "culturelles" (Fnac et consorts) au profit de nouveaux produits liés à la micro informatique. Aujourd'hui, il est en effet impossible de retrouver toutes les références Jarring en bac. Pour pallier à cette carence, on a donc créé cette Plate-forme alternative de vente en ligne en "support physique" (CD, DVD, Vinyl, livre...) et/ou numérique (MP3 et Flac). CD1D.com propose une distribution équitable du producteur à l'auditeur en reversant 85% du résultat de ses ventes aux artistes et aux labels. Le développement de cette structure s'accroît considérablement et chaque mois, de nouveaux labels viennent grossir les rangs.

jfx_bits2.jpg J'ai cru comprendre que vous étiez en train d'ouvrir des magasins CD1D sur Lyon et Saint-Etienne ? Ce n'est pas risqué au moment où pas mal de boutiques ferment un peu partout en France (à Brest, Rennes ou Aix-en-Provence par exemple) ?
Tu as complètement raison. C'est un pari plutôt risqué. Pour l'instant deux boutiques ont ouvert leurs portes. Une à St Etienne et l'autre à Lyon dans les locaux du label. Les ventes de ces deux magasins restent anecdotiques si on considère le volume des ventes faites via la plateforme CD1D. Ces lieux physiques donnent néanmoins une petite visibilité, le but étant plutôt d'en faire des lieux de convivialité que des lieux de vente à proprement parler!


Les compilations JFX Bits
Les deux premiers volumes de ces compils ont vu le jour, continuerez-vous dans cette démarche de gratuité ? Comment se passe la sélection des groupes participants ?

Ces compiles digitales gratuites nous tiennent vraiment à coeur. C'est un formidable moyen de faire connaître nos artistes via le web. Les deux premières ont connu un franc succès (40 000 téléchargements chacune à ce jour), ce qui nous a grave motivé pour continuer l'expérience. Il faut aussi savoir qu'au delà de nos artistes on attache une grande importance à mettre en avant d'autres projets qui nous plaisent.

Au rayon booking et dans la veine de l'esprit de ces compilations, est-il imaginable de voir une tournée commune à plusieurs groupes de l'écurie Jarring?
C'est évidemment le but du jeu. Pouvoir proposer aux programmateurs des plateaux JFX clefs en main. On commence à y arriver, même si la majorité des groupes que l'on a en booking sont en développement. Une locomotive au booking comme High Tone nous permettrait d'avoir une plus grosse force de frappe !


Les projets
Quels sont les prochains chantiers du label et éventuellement peux-tu nous donner une petite exclu quant aux futures signatures de groupes/artistes à venir chez JFX ?

En ce moment, le gros chantier du label c'est la préparation des 10 ans du festival Riddim Collision qui aura lieu du 17 au 21 septembre prochain à Lyon, sous Chapiteaux. Au menu une programmation à l'image de JFX. Du dub, de l'ectro et du hip hop avec Jah Tubby's, Brain Damage, Meat Beat Manifesto, Cadence Weapon, Grosso Gadgetto, Boxcutter, Ez3kiel VS Hint, Kaly Live Dub etc... Venez nombreux :)
Quant aux prochaines sorties je citerai Idem, Grosso Gadgetto et Von Magnet...

Merci Jérôme...
Thx & Big Up au W-Fenec Crew