I, the Phoenix Il y avait Nine Inch Nails, il y avait Thot, il y aura désormais I, the Phoenix. Certes balancée comme ça, la phrase fait surtout accroche marketing mais rien de plus. Pourtant, avec leur premier album éponyme, ces Belges frappent d'entrée de jeu très fort en sortant un objet livré dans un magnifique digipack au visuel étudié pour la 3D (et du reste accompagné de lunettes cartonnées histoire de pouvoir profiter du "truc" à fond). Du bel ouvrage. Surtout qu'au départ, on se dit que l'idée est sympa, jusqu'au moment où on découvre qu'outre l'artwork, le livret est également conçu pour profiter de la 3D. Conceptuel jusqu'au bout de ses médiators, ITP en a fait de même avec son site web, lequel mérite assurément le détour et démontre déjà qu'il est donc "plus" qu'un "simple" groupe.

Sur la forme, on l'a compris, cet effort inaugural signé I, the Phoenix en met littéralement plein la vue. Musicalement, c'est plutôt pas mal du tout, avec "Enter the storm" tout en tension électrique palpable ou "108 seconds before the crash" très brut de décoffrage, indus-rock dans l'âme et mélangeant agressivité des machines et mélancolie douloureuse new wave, à fleur de peau et explosant à la face de l'auditeur en étant portée par un chant totalement habité. Intense, enfiévré, le mélange de rock "stereoscopique", de musique industrielle et d'électronique trouve ici son premier climax dès le (seulement) deuxième titre de l'album. Classe. Surtout qu'il est suivi de près par le fougueux "Idiopathic". Voilà pour la mise en jambes, parce qu'à partir de maintenant, ITP va passer aux choses sérieuses...

... et se rapprocher de ce qu'un Nine Inch Nails peut par exemple faire de mieux, notamment avec la tornade "Alpha me" puis en mode plus léger sur "Another sudden fall" et ses arpèges de claviers ténébreux. Dans ses arrangements comme les riffs qui les accompagnent, ITP gagne peu à peu en consistance, légitimant un peu plus le côté massif qui ne demandait jusqu'à alors qu'à faire surface. Pour autant, le groupe tient à ses influences new-cold-wave façon Joy Division ("The great escape"), mais n'est jamais meilleur que lorsqu'il la joue en frontal. Naviguant à vue dans des atmosphères d'une froideur clinique teintées de noise et d'électro chirurgicale, les Bruxellois délivrent ici une musique compacte et organique, à la fois directe et urgente (l'excellent "Synthetic flavours") qui trouve son apothéose sur l'autre "sommet" de l'album : "Blackhill" brillant et sans compromis, avant de conclure sur le très efficace "Unseen & gone"... à l'image de ce qu'est ce premier album d'I, the Phoenix : électrique, alternatif et incroyablement maîtrisé.