Humatronic - Structures Parfois, on croise la trajectoire de groupes qui aiment prendre des risques, comme celui de par exemple larguer dès le départ l'auditeur avec une intro, sans titre et un peu clichée (même beaucoup), qui ne présage rien de bon. Mais alors vraiment rien du tout. Pourtant on s'accroche et on donne une seconde chance à un groupe qui assez soudainement s'éveille et nous fait pénétrer un univers fait de noirceur métallique et d'oppression industrielle palpable. Riffing pénétrant, section rythmique qui cadenasse l'ensemble, hurlements suintant de désespoir ("Achroma", "Chairs neuves"), Humatronic s'offre une plongée en apnée dans un monde où les rêves ont irrémédiablement basculé dans la demeure d'Epialtes, les utopies brutalement extirpées du royaume de Morphée pour se retrouver enfermées dans l'antre d'Hadès.

Samples habillement dissimulés derrière un rideau de fer et d'instrumentations metal indus qui mêlent habilement les influences du groupe sans pour autant occulter sa personnalité artistique intrinsèque : Fear Factory y côtoie Eths (même avec un "chant" masculin), Kraftwerk y fraye avec Meshuggah (toutes proportions gardés quand même) avec un petit zeste de Gojira pour muscler un peu plus l'ensemble. Mais malgré les efforts considérables du groupe pour frapper très fort, tout l'intérêt de Structures réside plus surement dans la manière qu'a le groupe de travailler ses riffs en les laissant baigner dans ambiances, sourdes et post-apocalyptiques bien posées ("Sables fertiles"). L'espoir laisse place aux désillusions et Humatronic, en "Démiurge" tout (sur)puissant, enchaîne l'auditeur à un "Worm.exe" et l'emmène, sans jamais relâcher son emprise, traverser les "Limbes" jusqu'au "Styx".

Un enchaînement de pistes alliant habilement metal indus sulfurique, atmosphères de fin des temps et textes en français qui donnent un vrai souffle à l'ensemble, Structures est un album qui, à l'exception de sa mise en route ratée, respire la maîtrise. Le propos y est lucide, dépourvu des poncifs éculés habituels chez nombre de contemporains ("Gaijin") et au final, s'il ne manque au groupe qu'un soupçon d'originalité et d'inventivité, ce n'est que pour le laisser se faire la main un peu plus longtemps dans la catégorie des très bons. Pas encore des excellents même si cela pourrait bien changer...