Greg Haines - 2006-2012 Sorti quelques jours avant Where we were, son quatrième album solo, 2006-2012 est comme le titre l'indique la compilation en mini-coffret 3xCD (également disponible en boxset Deluxe 5xLP) de tous les enregistrements long-formats réalisés par Greg Haines depuis que celui-ci s'est lancé dans la composition d'album(s) en solitaire. Soit trois opus intitulés Slumber tides, Until the point of hushed support et Digressions, autant d'œuvres attestant d'un talent rare chez le sculpteur de sons britannique, pour les petits bijoux instrumentaux brillant ici du plus bel éclat et au passage livrés dans de très beaux objets, comme toujours avec la maison de disques Denovali Records. Laquelle ne cesse donc jamais d'amasser des pépites composant une discographie hors-normes.

Slumber tides est chronologiquement la première prise de contact avec l'univers du compositeur anglo-saxon qui dès la (longue) introduction de "Snow airport" développe des arrangements à cordes brillant autant par leur minimalisme apparent que leur finesse méticuleuse. Le souci du détail parfait est ici permanent et Greg Haines prend tout son temps pour distiller une musique expérimentale qui flirte en permanence entre ambient intemporel vaporeux et instrumentations post-classiques à la modernité très affirmée, en témoigne l'étrange et magnétique "Submergence" porté par des chœurs féminins venant hanter la trame mélodique d'un titre littéralement obsédant. Ce juste avant que son auteur ne le fasse basculer dans le génie pur au travers d'un climax émotionnel absolument exquis. L'Anglais ose, (re)cherche, expérimente et trouve des trésors sonores (le ténébreux "Tired diary", l'intense "Arups gate") avant de baisser magistralement le rideau invisible de ce premier album sur l'énigmatique mais fascinant "Caesura".

La suite, compilant sur 2 disques les albums Until the point of hushed support puis Digressions, soit deux nouveaux périples oniriques au travers des limbes de l'œuvre du compositeur anglais, est aussi peu dispensable que l'est Slumbertides. Odes à l'abandon sensoriel ou plus généralement créations revendiquant l'héritage des grands maîtres Ärvo Pärt, Philip Glass ou Steve Reich, tout ce que touche Greg Haines se transforme en pépite. Et celui-ci en profite allègrement pour distiller une musique néo-classique aux textures variablement contemporaines touchant l'auditeur par leur profondeur de champ. Epaulé par des musiciens du calibre de Nils Frahm, Peter Broderick (tous deux sociétaires de l'excellent label anglais Erased Tapes) ou Dustin O'Halloran (d'A Winged Victory For The Sullen), l'Anglais fait à peu près tout ce qu'il veut avec la même constante : soit une classe étourdissante qui ravira les esprits critiques les plus aiguisés comme les autres.

Brillant.