Greg Haines - Where we were En matière de créations musicales mêlant ambient expérimental, électronique prégnante et post-rock volatil, Greg Haines marque très clairement de son empreinte des territoires sonores qu'il explore et appréhende avec talent sur avec ce Where we were sorti chez Denovali Records (Bersarin Quartett, Petrels, TKDE..). Un album qui fait suite à une "intégrale" des enregistrements de l'Anglais également paru par le biais du label allemand sous le titre : 2006-2012 et qui témoigne autant d'une évolution artistique que d'une approche similaire dans la recherche d'émotions pures, dans cette manière très personnelle de ciseler des motifs mélodiques posant des ambiances tantôt ouatées, tantôt plus menaçante, toujours immersives et fascinantes ("The intruder", "So it goes").

Une pluie de petites trouvailles sonores qui bruissent tout autours de l'auditeur, des rythmiques parfois entraînantes ("Something happened"), Where we were est la bande-son d'un road-trip noctambule et halluciné. Un nocturne post-moderne aux vibrations mécaniques et petits bricolages emmenant l'auditeur dans un monde à part ("Trasiemo"), fait d'apparitions étranges et de manifestations sensorielles quasi inédites. On serait idéalement chez David Lynch (réalisateur pour le cinéma de Lost Highway ou Mulholland Drive) que l'on ne s'y tromperait pas en termes d'atmosphères claires/obscures brumeuses et de magnétisme bruitiste intemporel. Car Greg Haines se plaît à jouer avec les sens, les directions musicales, oeuvrant tantôt sur la mélodie avant de ferrailler sur le côté percussif, presque tribal d'un "The whole".

Mais se sachant potentiellement limité par ce concept ambient technoïde trop réducteur pour lui (même si parfois bluffant - cf: "Habenero"), il en repousse rapidement les frontières pour livrer de véritables créations difficilement identifiables mais exerçant une attraction rare ("Wake mania without end II"). Quelque part entre néo-classicisme post-moderne et ambient retro-futuriste, l'Anglais néo-Berlinois joue avec les codes d'un certain minimalisme hérité de sa ville d'adoption, sans pour autant oublier les quelques poussées de fièvre qui font les climax de son oeuvre, entre arpèges de clavier électronique et rythmiques tribales. Pour un résultat hybride et organique en forme de voyage downtempo fait d'improvisations "contrôlées" (le paradoxe créatif est voulu) et d'éclectisme intelligent. Cohérent et particulièrement inspiré...