Formé en 2016 par deux amis d'enfance, le pianiste Antoine Flipo et le batteur Martin Grégoire, et récemment rejoints par le bassiste Issam Labbene, Glass Museum est un groupe de Bruxelles issu du centre créatif Volta, véritable ruche où se croisent nombre d'acteurs de la musique indé locale et de la scène jazz belge contemporain. Nourri par des influences comme GoGo Penguins et Portico Quartet, le trio développe un langage instrumental à la croisée du jazz, de l'électronique et du rock. Certains parlent volontiers de néo-jazz pour qualifier ce type d'hybridation. Faut-il pour autant y voir la suite logique de la vague nu-jazz des années 1990 ? Rien n'est moins sûr. Ce qui est certain, en revanche, c'est que cette volonté de décloisonner le jazz n'a jamais réellement cessé, comme l'ont démontré, chacun à leur manière, des formations aussi différentes que BadBadNotGood et Snarky Puppy. Chez Glass Museum, cette approche se traduit par un dialogue organique entre piano et batterie, la basse jouant un rôle de liant et d'équilibre, ouvrant de nouvelles perspectives de création.
Après deux albums largement inspirés par la nature et les grands espaces (dont Reflet, que j'ai failli recevoir il y a trois ans si le service promo n'avait pas lamentablement foiré son coup), nous découvrons les Belges au moment où ils opèrent un virage marqué avec 4n4log city, paru en septembre dernier. Ici, le trio troque les paysages ouverts pour une bande-son urbaine, aux ambiances cinématographiques, souvent sombres, qui traduit en musique la vie citadine, à savoir ses flux permanents, les lignes de son architecture, sa frénésie, ses interconnexions, mais aussi ses zones de tension et de danger. Ce bouquet garni de textures et de pulsations nous entraîne à travers dix titres solidement construits, suffisamment variés pour maintenir l'attention sans jamais rompre l'immersion. L'album oscille entre morceaux sans retenue ("Gate 1", "Van glas", "Rewind", "III"), et plages plus contemplatives et parfois froides ("Trails", "Haiku", "Steam", "Anchor"). Entre les deux, quelques éclaircies bienvenues réchauffent l'ensemble ("Soap", "Call me names").
Fidèle à un esprit d'ouverture et de partage, Glass Museum s'entoure ici d'un panel d'invités aux univers complémentaires. On retrouve notamment un featuring particulièrement réussi sur "Van glas" avec le rappeur bruxellois Jazz Brak, membre du crew Stikstof, dont le flow sec et tendu s'intègre naturellement à l'esthétique du groupe. Le batteur suisse Arthur Hnatek (aperçu aux côtés de Tigran Hamasyan ou Erik Truffaz) intervient sur "Gate 1", apportant un groove implacable aux accents presque motorik, tandis que le chant de Junior Bokele de Saudade insuffle une touche soul sensible sur "Call me names". 4n4log city m'a accompagné plus d'une fois lors de mes trajets professionnels ces dernières semaines, et m'a grandement aidé à faire passer plus facilement certaines longueurs de la vie, tant l'expérience immersive fonctionne pleinement. Un disque pensé comme un mouvement continu, qui s'écoute d'une traite et confirme un peu plus Glass Museum comme l'un des projets les plus cohérents et stimulants de la scène jazz hybride européenne actuelle.
Publié dans le Mag #69


