Fragment. - Home Avant d'aller plus loin... question existentielle : est-il plus délicat de chroniquer un album composé d'un seul et unique morceau de quelques soixante dix-minutes (du genre Heliogabalus de Rorcal) ou un EP scindé en 2 parties dépassant les vingt-minutes chacune, comme ce Home présentement décrypté. Etant acquis que le lecteur lambda n'en a de toutes les façons pas grand chose à cirer, on passe directement à la suite et au contenu de cet EP long comme un album et donc un peu entre les deux (?). D'accord, cette intro n'a définitivement aucun sens, mais au-delà des simples considérations techniques et sans intérêt qui nous préoccupent, elle annonce ce que va donc être le nouvel effort de Fragment. qui, quelques mois après un excellent split partagé avec Iroha, livre ici un diptyque discographique qui s'inscrit dans la ligne artistique de ses précédentes productions. Une fresque en deux tableaux d'une petite cinquantaine de minutes d'un mélange drone/ambient shoegaze, industriel et métallique, lorgnant autant du côté de Godflesh et Jesu que flirtant avec les concours des territoires musicaux explorés par Low et My Blood Valentine.
Entre lourdeur mécanique et riffing perforant, nappes sonores évanescentes, des couches sonores que Thierry A. l'homme aux commandes du projet Fragment. accumule, empile, entremêle, de manière à composer un ensemble organique en forme de véritable magma sonore, intense et par instants monolithique... d'autres fois, beaucoup moins. Là est clairement l'une des évolutions majeures du projet sur cet Home qui, au fil des minutes, tend bien plus vers des horizons pop shoegaze électroniques éthérés que ce à quoi nous avions été habitués jusqu'alors. De quoi se dire que si Justin Broadrick s'était lancé dans un projet indie/pop/shoegaze (qui sait ce qu'il réserve d'ailleurs ?), ça aurait certainement ressemblé à ce Fragment.-là. Ou presque. Car dès "Home II", le one-man-band qui n'en est ici plus tout à fait un, Nicholas Dick (Kill the Thrill) étant venu prêter main forte à Thierry A. sur les parties de guitares du disque, on change d'atmosphère, pour s'offrir une descente en rappel au coeur de territoires drones/ambient qui ne sont pas sans évoquer certains travaux de Fear Falls Burning. Saturés, lumineux, mais inextricables, ces drones viennent lacérer une matière sonore, à la fois malléable et mouvante, la rendant tantôt limpide, tantôt plus elliptique, pendant que quelques esquisses mélodiques tentent de trouver leur chemin au travers d'un brouillard ambient à la fois énigmatique et oppressif. Un peu à l'image de ce qu'est donc Home, une oeuvre multicéphale qui expose toutes les facettes de ce qu'est Fragment., inexorablement changeant, expérimental et en même temps fascinant, puisque fondamentalement original. Classe... très classe.

NB : l'objet est distribué par le biais d'OPN Records dans une très belle édition digipak limitée (500 copies) agrémentée d'un artwork de grande classe. Raison de plus pour se le procurer donc. CQFD.