Fragment. - ... Is Your Truth Carved In The Sand? Il est étonnant de voir à quel point Thierry A. aka Fragment. semble suivre la trajectoire artistique initié par l'homme auquel on le comparera forcément, en l'occurrence Justin K.Broadrick, tant du point de vue de l'utilisation de la matière ambient/drone/shoegaze/indus dans des compositions aux contours brumeux et aux mélodies saturées, qu'en terme de productivité. Certes, seul, c'est sans doute parfois plus facile quand on sait où l'on va, des gens comme Merzbow ont du reste su le démontrer au détour d'une impressionnante discographie-somme. Mais quand même, il faut que l'inspiration suive. Et avec Is your truth carved in the sand ?, un "album", composé de huit pièces pour un peu plus d'une heure de musique, force est de constater que celle de Fragment. ne s'est pas tarit.
"As it always is" est à ce titre une magnifique introduction au mouvement musical exploré par Thierry depuis les débuts de son projet. Vocaux lointains, textes noyés sous des océans de réverb, basses lourdes qui cadencent un ensemble extrêmement structuré, esquisses mélodiques qui s'articulent autours d'une masse sonore mouvante d'une densité fascinante. Peu à peu, la musique du français prend de l'altitude (avec "Two becomes one") pour se révéler plus rêveuse qu'à l'accoutumée, plus apaisante aussi, comme si un temps débarrassée de ses tourments, elle parvenait a trouver la sérénité avant de replonger quelques instants plus tard dans les méandres d'un labyrinthe émotionnel à l'issue incertaine ("Ghost"). S'enfonçant un peu plus dans les abîmes d'un drone/metal évoquant par instants les travaux de Nadja ("Numb or blind") et éloignant de fait le spectre de la ressemblance trop évidente avec ce que fait Justin Broadrick.
Car Fragment. n'est pas un vague clone de Jesu même si la tentation de lier les deux projets est évidente. Mais de "Burn" à "Divided Part II" en passant par l'excellentissime "Empire", Is your truth carved in the sand ? est un album qui oscille en permanence à travers les genres, un disque dans l'auteur ne se fixe jamais sur un seul et unique espace d'expression, de manière à faire évoluer sa musique en permanence ("Loose yourself"). Preuve qu'il sait aussi parfaitement où il va... ou comment mêler productivité et qualité artistique. Classe... d'autant plus qu'il est à noter que l'album, sorti chez le très bon label japonais Happy Prince (God is an Astronaut, Nadja...) se présente dans un élégant digifile qui rend d'autant plus indispensable la découverte de l'objet. Avis aux mélomanes/collectionneurs compulsifs/défricheurs de territoires musicaux intrigants.