fear_falls_burning_frenzy_of_the_absolute.jpg 3 morceaux seulement, pour une plongée en apnée de 53 minutes et des poussières dans un univers musical labyrinthique et oppressant, Frenzy of the absolute n'est pas un énième album d'ambient/drone industriel mais se vit plutôt comme une véritable expérience sensorielle. Nappes saturées, atmosphères post-chaotiques, magma sonore énigmatique, le premier titre (éponyme) nous emmène dans un univers à la fois inquiétant et fantasmagorique, parfois effrayant, parfois plus apaisant. Un peu comme si Dirk Serries avait voulu endormir la confiance de son auditeur avant de le plonger dans les profondeurs abyssales des entrailles de la Terre. Les nerfs à vif, on se laisse convaincre par cet étrange ensemble monolithique, qui évoque subrepticement les oeuvres de Earth, Boris ou Godflesh. Caverneux, Fear Falls Burning s'est entouré notamment de quelques invités de marque (deux membres de Cult of Luna, un de Switchblade) et déploie des instrumentations toujours plus tortueuses et écrasantes, qui nous conduisent vers des contrées inhospitalières dont on ne sait si l'on pourra en revenir. La paranoïa est latente, le rupture mentale imminente. La frontière entre la raison et la folie n'a jamais été aussi fine. "He contemplates the sign", quelques fulgurances surraigües qui viennent transpercer de part en part les nappes de brouillard drone/ambient industriel, la musique se fait plus opprimante et orageuse, nous laissant toujours sur le qui-vive, appréhendant la suite avec une angoisse sourde qui commence à nous vriller les entrailles. Jusque-boutiste, le concept Fear Falls Burning mérite une certaine ouverture d'esprit tant Dirk Serries ne cherche aucunement à enchanter l'auditeur mais plutôt à l'enfermer dans une gangue de plomb, une cellule capitonnée, sans espoir d'en sortir un jour... Un enfer psychiatrique, chargé en réverb, des textures indus froide et cliniques, le docteur Jekyll cherche à posséder l'âme de son Hyde, mais celle-ci parvient à se libérer des liens qui l'entravait pour errer sans but, l'appétit féroce et carnassier à la recherche de sa prochaine proie sur le lunaire "We took the deafening murmer down" . Schizophrénique, Frenzy of the absolute est un disque cathartique qui ne nous accorde aucune seconde de répit, une oeuvre singulière et exigeante à réserver aux initiés, mais que l'on ne saurait que trop conseiller aux inconditionnels des musiques "expéri-mentales".