Ez3kiel - Naphtaline Orchestra Au moment de se confronter à l'art délicat - et exercice potentiellement fastidieux sinon quelque peu soporifique du concert filmé - Ez3kiel a choisi de faire les choses en grand en adaptant son album Naphtaline pour la scène, en compagnie d'un orchestre symphonique et de filmer la performance captée dans un théâtre (en l'occurrence celui de Tours). Plus qu'une simple prestation accompagnée de musiciens additionnels mise en image dans un cadre s'y prêtant à merveille, le résultat marque ici la réinvention d'Ez3kiel et de sa musique dans le cadre d'un spectacle live à la classe étourdissante et enjôleuse.

"Derrière l'écran", "Lady Deathstrike", "Adamantium", "Lac des signes" ou le sublime "Exebecce", la quasi intégralité des morceaux réorchestrés de Naphtaline sont ici des déclarations d'amour à la musique sous toutes ses facettes. Tour à tour néo-classique, jazzy et protéiforme, toujours moderne dans son approche créative et autant rythmé par les arrangements à cordes que par une mécanique percussive à la précision chirurgicale, le concert est également sublimé par des projections vidéos de haute volée, parfaitement insérées dans un montage DVD réussi (le live est également disponible en CD dans un digipak double-disque à l'esthétique particulièrement étudiée). De fait, la musique des Tourangeaux, lesquels évoluent à domicile, n'a jamais été aussi cinégénique que sur ce Naphtaline orchestra aussi raffiné qu'élégant.

Sorte de bande-son d'un long-métrage rêvé, ou même de plusieurs, fantasmés encore et encore par des musiciens qui en couchent les émotions sur la partition, parsemés d'une myriade d'influences, à situer entre musique néo-classique, sonorités afro-asiatiques, ambiances de western crépusculaire, ou jazz moderne d'une élégance rare, le résultat s'offre également, à l'image de l'album originel, une progression narrative dont l'inexorable montée en puissance trouve son climax sur un "The wedding" explosif. Un hommage à peine déguisé au maître Sergio Leone (l'auteur des musiques d'Il était une fois dans l'Ouest, Le bon, la brute et le truand, Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus...) en forme de climax à fleur de peau, laissant le spectateur chancelant bien que confortablement installé dans un lieu qui se prête tout particulièrement à un spectacle de cette intensité sensorielle.

Une scénographie étudiée pour rendre l'enchaînement des morceaux particulièrement harmonieux, des mouvements de caméra qui pendant une heure et trente-deux minutes, font voyager l'auditeur à l'intérieur d'un album qui s'en trouve dès lors métamorphosé ("Leopoldine", "Subaphonic"), la fièvre gagne l'auditoire et lorsque survient l'apothéose finale avec un "Volfoni's revenge" dantesque, on est suspendu aux lignes instrumentales d'un ensemble symphonique en phase avec la création originelle d'Ez3kiel. Et pourtant, ce n'est pas tout à fait terminé puisque derrière, en guise d'épilogue idéal, Naphtaline orchestra se conclue sur une reprise du fameux "Lux æterna" de Clint Mansell (connue pour figurer sur la bande-son du film Requiem for a dream). Une manière comme une autre de se faire des politesses entre créateurs de chefs-d'œuvre.