ez3kiel_1.jpg Hello les Ez3kiel, alors comment ça se passe à l'approche de la sortie du nouvel album ? Avec l'expérience, c'est plus facile à gérer, ou vous ressentez encore une certaine tension vis-à-vis de l'accueil qui va lui être réservé ?
Il n'est jamais facile de composer un album, l'expérience acquise durant les années précédentes est un acquis solide, mais nous cherchons toujours à remettre en cause notre démarche artistique. Nous avons plein d'envies encore inexploitées. Il y a toujours de la tension lors de la sortie d'un album. D'autant que nous partons du principe que rien n'est jamais acquis et que plus nos productions grandissent, plus il y a de comparaisons possibles. On a toujours peur de se planter et nous avons une certaine exigence par rapport a notre travail afin d'évoluer. Nous n'avons pas envie de refaire ce que nous avons déjà fait. Depuis quelques jours on reçoit beaucoup de messages, via MySpace ou notre site internet, d'encouragements mais aussi de déception de la part d'auditeurs. Ca nous permet de nous rendre compte que notre musique tranche : ce n'est pas un "oui c'est bien". Soit les gens sont très positifs, soit ils n'aiment pas. On ne peut pas plaire à tous le monde et c'est très bien comme cela. Nous avons fait des choix sur Battlefield que nous assumons pleinement, nous aimons prendre des risques et forcement notre évolution peut décevoir ceux qui voudraient que nous ne sortions pas du style du premier album.

Entre la sortie de Naphtaline et celle de Battlefield, il n'y aura en tout et pour tout que neuf mois, d'où vous est venue cette boulimie créatrice ?
Cette boulimie créative est due au fait que le système de l'intermittence ne nous laisse le choix que de créer rapidement. Ce qui nous fait vivre c'est le live et les concerts, nous avons fait le choix de créer Naphtaline qui était un gros projet, et nous savions qu'il ne serait pas décliné en live. Donc dès le break avec les DAUU il fallait enchaîner deux albums afin de reprendre la route du live le plus rapidement possible. De plus, deux ans et demi d'absence de concert risquait de nous écarter des circuits dans lesquels nous étions à la fin de la tournée précédente.

J'ai eu la primeur de l'écoute de Battlefield et j'y ai vu une véritable évolution dans la musique d'Ez3kiel. Vous pourriez parler de ce tournant presque métallique ou tout du moins plus rock industriel qu'à pris votre son sur des titres tels que "Adamantium" ou "Break or die" ?
Après Battlefield et ces deux années dans l'univers douillé et délicat des morceaux calmes, nous souhaitions revenir a quelques chose de plus énergique, plus live. De plus, l'arrivée d'un quatrième membre a aussi fait évoluer le son, la démarche artistique et l'approche de notre musique. La perte de notre statut nous a mis dans une situation difficile tant financièrement que d'un point de vue psychologique et nous nous sommes retrouvés dans une situation d'urgence. Nous avons aussi pris conscience qu'il est très dur d'enchaîner avec un nouvel album sans avoir réellement digéré le précédent (du fait de ne pas le jouer en live), là, il fallait recréer tout de suite. Nous avions des échéances de planning qui nous on mises dans un climat d'oppression qui se retrouve dans les compositions de Battlefield. Un mois avant d'entrer en studio nous n'avions pratiquement rien des compositions (du jamais vu chez Ez3kiel) et il n'était pas possible de décaler le planning. C'est un album qui se veut brut.

ez3kiel_2.jpg En ce qui concerne Battlefield mais également vos précédents albums, tous les titres que vous mettez en boîte en studio figurent-ils sur les tracklistings finaux ou y-a-t-il des morceaux qui resteront inédits et seulement connus de vous trois (enfin quatre désormais) ?
Nous avons pleins d'autres bribes de morceaux dans nos ordis, mais tout ce qui passe par le studio finit sur un disque. Il y a juste eu un trois titres de remixes que nous avions fait chez Jarring Effects qui n'est jamais sorti. Une version de Handle with care avec Sir jean et Kostia de Mei Tei Sho ainsi qu'une version d'un vieux morceau "Rec" que nous n'avons pas voulu sortir car il avait été fait plus que dans l'urgence et nous ne souhaitions donc pas le commercialiser.

Vous étiez trois pendant pas mal de temps, maintenant Stéphane (Babiaud) vous a rejoint, comment s'est déroulée cette collaboration ? Aura-t-elle une suite ?
Stéphane et un ami de longue date, il a déjà fait diverses apparitions dans Ez3kiel, sur Naphtaline entre autres. A l'heure actuelle ce n'est plus une collaboration mais une intégration dans le groupe. Nous gérons toute la partie artistique à trois et nous avions besoin de renforts. Stéphane a un parcours musical avec beaucoup d'expérience, il nous semblait donc qu'il était la personne la plus apte à nous rejoindre.

L'aspect visuel, l'identité graphique est une composante essentielle de votre musique, via notamment des artworks particulièrement soignés et un site web carrément bluffant. Finalement, c'est le son qui inspire l'image ou l'inverse ?
C'est un tout, la plupart du temps la musique vient avant dans la production, mais la réflexion est constante sur les deux médias. Les deux avancent en parallèle durant la genèse et nous lions le tout à la fin afin d'exprimer une réelle cohérence artistique.

Vous allez débuter votre tournée le mois prochain [les questions ont été envoyées au groupe fin janvier, avant le début du Battlefield tour], il y a un truc qui m'a surpris. Vous avez des dates prévues de Rennes à Toulon et de Nancy à Perpignan en passant par Reims, Lyon et Montpellier, vous allez être pas mal dans mon sud natal, mais rien à Paris c'est dû à quoi ?
En fait, nous serons à Paris à la Cigale le 18 mars prochain. Les dates mises en ligne sur notre MySpace sont les premières dates bookées en décembre alors que l'album n'était pas encore parvenu aux programmateurs. Nous tournerons jusqu'au début novembre 2008 dans toute la France. Les dates affichées ne sont qu'un début de tournée. Elles seront actualisées au fur et à mesure qu'elles nous parviennent.

Au niveau du live, j'imagine qu'entre la musique d'une part, puis les images et les lumières d'autre part, tout doit être réglé comme une horloge suisse, comment arrivez-vous à faire évoluer vos morceaux d'un concert à l'autre, puisque j'imagine qu'aucune place n'est laissée à l'improvisation ?
Pour ce qui est de la mise en live, nous avons pour habitude de travailler avec notre équipe. Soit Dimitri Mercier au son de façade live, Matthieu Villoteau pour le son de retour, Jeff Brard et Arnaud Doucet pour la création de lumière. Depuis le temps nous avons un fonctionnement ou chacun a ses responsabilités et ses compétences. Tout comme entre les images et la musique. Chacun, au fur et à mesure de l'avancement du travail, cherche la méthode la plus efficace afin de rendre le tout homogène et cohérent. C'est un travail en bonne intelligence où chacun est au service du projet.

Mon acolyte chroniqueur Rémii voulait que vous reveniez sur vos collaborations avec le collectif DAAU et le live avec Nosfell aux Eurocks 2005 (faut le comprendre, il nous bassine tout le temps avec Nosfell)...
Ces deux collaborations sont différentes dans la mesure où celle avec DAAU s'inscrit dans une tournée, une démarche nourrie de nos envies respectives, alors qu'avec Nosfell c'était une commande des Eurockéennes de Belfort et cela est resté par conséquent une création éphémère. Pour ce qui est des DAAU, nous les avons rencontrés lors d'un concert à Dijon, puis par la suite, nous les avons invités sur Barb4ry. Durant le studio nous avons lancé l'idée de tourner ensemble. Nous avons mis 2 ans pour pouvoir réaliser cette série de concerts et gérer les plannings de chacun afin que ce soit possible. Pour Nosfell la rencontre s'est faite 20 jours avant le concert de Belfort, Nous avons eu 8 jours à l'Astrolab (Orléans) pour nous rencontrer et partager un univers commun pour la réalisation de quelques concerts. Par la suite nous avons enregistré Pierre et Nosfell pour un titre sur Naphtaline où nous avons réadapté un titre extrait de cette résidence.

Jarring Effects avec notamment vous-mêmes, mais également Brain Damage, High Tone, La Phaze, Picore et plus récemment Scorn, est devenu un label indépendant majeur au sein du paysage musical hexagonal et ça fait un bout de temps que vous êtes chez eux (depuis Handle with care il me semble.). Comment ça se passe avec eux en termes de collaboration lors de l'enregistrement, de la promo, de la distribution des albums ?
Nous avons la chance d'être chez Jarring Effects qui nous a remarqué dès la sortie d'Equalize it et qui a bien voulu nous faire confiance. Il n'y a jamais eu de contrat d'exclusivité ou pour 2, 3, 5... albums. Nous sommes complètement libres vis-à-vis d'eux. A chaque idée de projet, on leur en parle, on voit les conditions et on y va. Ils nous font vraiment confiance, ils n'ont rien entendu de Battlefield avant même qu'il soit fini et ont pourtant financé tout le projet. Ils l'ont découvert une fois masterisé sans même savoir ce qui pouvait se passer en studio ou en amont. C'est une grande chance car nous pouvons vraiment aller ou nous avons envie d'aller, sans avoir d'autre pression que celle que l'on se fixe.

ez3kiel_3.jpg Une question d'un autre de mes compères de terrier, en l'occurrence Keipoth : Comment voyez-vous la situation actuelle du marché du disque ? Et y-a-t-il une relation de causes à effets dans le fait que vous sortiez des CD/DVDs que d'aucun s'accordent à dire qu'ils sont vraiment haut de gamme ? D'ailleurs, combien avez-vous vendu d'exemplaires de Naphtaline, votre dernier opus avant ce Battlefield ?
Pour ce qui est des ventes nous ne suivons pas trop, mais nous nous situons entre 10 000 et 15 000 exemplaires de chaque album vendu. Nous soignons notre musique et notre imagerie (pochettes, sites, affiches...) afin de s'inscrire dans une démarche qui ne soit pas basée sur le commerce. Nous essayons de faire des belles choses, car pour nous un disque n'est pas un objet bénin, la pochette doit représenter le contenu du disque tout en étant personnelle. C'est un des facteurs qui nuit aujourd'hui aux maisons de disque (major), lesquelles privilégient la quantité et la diversité au détriment de la qualité. Leur réalité ne s'exprime que d'un point de vue économique. Nous, nous sommes des artisans qui du fond de notre local, essayons de proposer autres choses sans aucune prétention. Nous essayons d'aller au fond de notre démarche du "do it yourself".
Cela dit, il y a une réelle crise du disque via internet, Jarring Effects nous a fait savoir il y a quelques jours que Battlefield avait été téléchargé plus de 6000 fois en .torrent avant même sa sortie officielle. C'est pour eux un manque à gagner énorme. Ils ont investi de l'argent pour ce projet et les gens se le procurent gratuitement. C'est dur. Le jour où ils n'auront plus qu'à mettre la clef sous la porte, il n'y aura plus d'alternative à une grosse économie qui ne brasse que de l'argent. Le problème n'est pas simple. Tout le milieu est en difficulté, chacun essaie de continuer d'exister en cherchant d'autres alternatives économiques.

Il me semble que vous être intermittent. Quel est votre point de vue sur l'évolution de ce statut en France ces derniers temps ?
C'est un statut qui est ce qu'il est, il permet à bon nombre d'artistes de vivre de sa passion. Chacun a son propre fonctionnement mais il assez inégal car il n'offre pas toujours la possibilité de travailler correctement. Il oblige à devoir créer rapidement sans forcement avoir le recul nécessaire au bon déroulement d'un projet. Nous l'avons tous les quatre perdu environ 6 mois durant ces dernière années. Nous aurions pu faire un simple disque et retourner à l'intermittence afin de faire comme tout le monde mais ça n'est pas notre démarche. Le statut d'intermittent n'est pas adapté à toutes les formes de création. Nous ne nous payons pas sur le temps passé sur nos projets, mais ce statut suppose des règles strictes, donc nous essayons de faire au mieux tout en gardant notre ligne de conduite. Nous n'avons pas envie de bâcler notre travail.

Sans verser dans le cirage de pompe béat, on peut considérer que votre musique évolue dans un spectre musical relativement large, dépassant allègrement les codes supposés de l'électro-dub, genre auquel on vous rattache généralement. Quelles sont les musiques qui influencent l'écriture des morceaux d'Ez3kiel ?
Nous ne défendons pas un style de musique précis : il y a de très bonnes choses partout. Nous défendons le mélange et essayons d'en faire bon usage. Nous écoutons énormément de musique diverses et variées et ne souhaitons pas nous cantonner à une ligne stricte. Nous aimons errer dans la musique et y découvrir des petites perles, expérimenter des choses et nous nourrir de tout cela. Les styles sont la pour les journalistes, notre discours : c'est la musique avec un grand M.

Comment voyez-vous Ez3kiel dans 5, 10 ans
Il est très difficile de se projeter dans 5 ou 10 ans mais toujours est-il que si on a toujours des choses à dire et la possibilité de le faire, on sera encore là, pour défendre notre démarche.

La question "découverte musicale" : quel est votre coup de coeur musical du moment, le groupe ou artiste dont vous conseilleriez l'écoute à ceux qui vont vous lire ?
N'ayant pas tourné depuis longtemps nous sommes un peu en décalage par rapport a ce qui peut tourner sur la scène hexagonale actuellement, toutefois nous suivons le groupe Fumuj (orginaire de Tours) qui va sortir un très bon album en avril prochain. Un autre groupe tourangeau du nom de Sugar Plum Fairy a attiré notre attention ainsi que Poney Club, sans oublier non plus la découverte du Printemps de Bourges de l'an dernier qui se nomme Narrow Terence et avec qui nous avons collaboré sur Battlefield.

Dernière question : je me suis toujours bêtement demandé d'où venait le nom du groupe. peut-être allez vous enfin éclairer ma lanterne ?
Le nom du groupe vient du film Pulp fiction de Quentin Tarantino et plus particulièrement quand Samuel L.Jackson tue ses victimes en déclamant un verset d'Ezechiel. Par la suite le côté religieux nous déplaisait et nous avons donc modifié l'orthographe en Ezekiel. Le 3 est apparu lors de l'achat du nom de domaine sur internet car Ezekiel.com était déjà utilisé.