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El-P Influencé par l'oeuvre de Philip K.Dick, auteur majeur de la littérature de science-fiction avec à son actifs Ubik ou les romans ayant inspiré Blade Runner, Total Recall, Minority Report et A Scanner Darkly sur grand écran, El-P (pour El Producto) est un producteur hip-hop parmi les plus novateurs de la scène indépendante nord-américaine. De son vrai nom, Jaime Meline, l'homme est né en 1975 d'un père pianiste de jazz mais baigne dans la culture hip-hop new-yorkaise dès son plus jeune âge. Véritable "fils de Brooklyn", il fait pendant plusieurs années partie du collectif hip-hop Company Flow avant de s'envoler de ses propres ailes vers la fin des années 90 en fondant son propre label Definitive Jux par le biais duquel il sort notamment des prods d'Aesop Rock et Cannibal Ox.
Une bannière qui va lui permettre également de sortir ses premiers travaux solo (Fantastic damage, 2002 / High water, 2004 et Collectif the kid 2005) avant de cartonner avec I'll sleep when you're dead en 2007. En 2009, El-P annonce bosser sur un disque intitulé Cancer 4 cure mais très occupé par ses innombrables collaborations, featurings divers et productions avec la moitié de la planète hip-hop indé (ou pas que hip-hop d'ailleurs), ledit effort ne sort finalement qu'en 2012 par le biais de Fat Possum. Entre-temps, l'homme aura notamment travaillé avec Cage, Prefuse 73, Handsome Boy Modeling School, Nine Inch Nails, DJ Shadow (sur l'album solo de Zach de la Rocha - RATM), Head Automatica ou encore Techno Animal (le projet hip-hop de Justin Broadrick). [ [us] Definitive Jux (8 hits)External ]

El-P / Chronique LP > Cancer 4 cure

El-P - Cancer for cure A l'heure où l'industrie du disque se cherche de nouvelles portes de sorties pour continuer à exister économiquement et que les groupes s'inscrivent de plus en plus dans une logique de non-prise de risques, histoire de ne pas se planter dans les grandes largeurs, sur la scène hip-hop au moins autant qu'en matière de rock ou de metal, El-P se pose avec son Cancer 4 cure à contre-courant des modes et des tendances. Un album LP (ahah) sorti chez Fat Possum (Jay Reatard, Spiritualized, The Black Keys, Townes Van Zandt, tout de même...) que le New-Yorkais aura mis près de trois années à livrer, sans doute bien occupé par un emploi du temps surchargé (cf : la biographie) mais qui synthétise habilement les obsessions créatives de son géniteur et sa lucidité dans la vision qu'il a de son époque.

"Request denied", pose d'entrée la première mine. Un titre détonateur armé d'un gimmick drum'n'bass que l'on croirait sorti tout droit de chez Prodigy et des textures électroniques futuristes : quasiment la bande-son d'une scène d'action d'un blockbuster de SF doublée d'une effroyable efficacité. El-P met le beat sur la table et livre une claque introductive en bonne et due forme. On va causer hip-hop oui, mais pas l'ersatz racoleur que l'on subit en radio. Non, le vrai : le pur et dur, puissant dans l'engagement, mélancolique dans l'émotion, lourd dans le breakbeat fracassant et pénétrant de par son flow percussif (l'aliénant "The full retard", "Oh hail no"). Jamais racoleur, sauvagement incisif, l'album s'affranchit des clichés inhérents à un style musical un peu trop souvent galvaudé et tisse même des passerelles en invitant des artistes d'autres horizons (Paul Banks d'Interpol sur "Works every time", Nick Diamonds d'Islands sur "Stay down"), ce sans jamais céder un pouce de terrain sur son objectif initial.

Le hip-hop reste son meilleur terrain d'expression. L'usage de la métaphore est quasiment chez El-P une seconde peau et les synthés/ beats post-moderne sont utilisés comme nappage ("Drones over Bklyn"), pour attester un propos plutôt brut de décoffrage dans les idées mais particulièrement soigné dans le flow et cette forme de poésie avant-gardiste qui s'en dégage ("Tougher colder killer", "Sign up", "The jig is up".). Sampling de tueur, des basses surboostées, une lucidité glaçante et une tension palpable, El-P décape la scène hip-hop avec ce Cancer 4 cure prodromique au titre particulièrement approprié par rapport à ce qu'il recèle. Une œuvre consciente... obsessionnelle.