Dirty Shirt 2015 Vos albums précédents étaient très bons mais celui-là est juste exceptionnel ! Vous en avez conscience ?
Merci pour ce compliment. Sans fausse modestie, nous sommes fiers de ce qu'on fait, parce que nous sommes sincères dans notre musique et on fait tout cela avec beaucoup de passion et sacrifices.

Vous avez senti que vous enregistriez un album encore meilleur ?
Dès le début on a senti qu'on avait un très beau projet sous la main et j'ai quasiment été tout le temps très confiant. C'est vrai qu'il y a eu des moments de pression après Freak show, un album qui a eu un succès considérable avec des critiques quasiment unanimes et très positives, un feedback exceptionnel en concert et un public de plus en plus large. Même moi, je considère qu'il y a quelques titres de cet album qui ressemblent à des "tubes", je pense à "Bad apples", "Freak show", "Ride", "Saraca inima me". Et puis, surtout après notre réussite à Wacken, il y avait une attente de la part du public et de la presse. Mais ces moments étaient éphémères, et comme je le disais, j'ai été confiant dans ce projet, un peu fou. Le fait de travailler avec des gens très talentueux et impliqués, ça te met forcement en confiance.

Le groupe a l'habitude de jouer en France, il y a d'autres pays où vous jouez régulièrement ?
Après la Roumanie, la France c'est le deuxième pays du groupe, le fait que j'habite ici depuis 14 ans n'y est pas pour rien. C'est aussi le pays où on a le plus de public et des retours positifs de la presse. C'est donc tout à fait naturel de jouer très souvent en France, et déjà je peux t'annoncer que l'année prochaine on prépare des dates ici. Sinon, lors de nos tournées européennes et de nos quelques petites "sorties" du pays, nous avons joué en Allemagne, en Belgique, aux Pays-Bas, en Autriche et en Hongrie.

Vous pouvez plaire au monde entier, il y a des pays en particulier où vous avez vraiment envie d'aller jouer ?
Parmi les pays où on n'a pas encore joué, personnellement j'aimerais qu'on joue en Angleterre et aux Etats-Unis... Le truc classique !

Vous préparez une tournée européenne, il y a des lieux où vous avez hâte de retourner ?
En France en premier lieu, c'est évident. On prépare déjà un bon truc pour le printemps 2016. De bonnes nouvelles sont en train de prendre forme...

L'artwork s'inspire du folklore mexicain ? Pourquoi ce choix ? C'est loin de la Roumanie...
Non, ce n'est pas du folklore mexicain, mais bien du folklore roumain, de la région de Maramures, c'est là d'où on est originaire, une des régions où les traditions ont été le mieux préservées en Roumanie. Ce sont des couleurs et des motifs spécifiques de Maramures, qui par je ne sais quelle coïncidence, sont semblables à celles du Mexique. Il y a même un cimetière à Sapanta, appelé le "Cimetière joyeux" où les tombes sont ornées de stèles en bois, peintes avec des couleurs vives, des gravures de type naïf, des poèmes, tout ça dédié à la mémoire du mort.

Votre musique traditionnelle est encore très présente, vous faites écouter vos versions à des gens qui n'écoutent pas de métal ?
Oui, bien sûr, et ça plaît. Ca permet même à des gens d'accepter le son métal après plusieurs écoutes. Et surtout, en live, il nous est arrivé de jouer dans des festivals avec un public très différent de ce qu'on fait, mais chaque fois on a réussi à conquérir les gens. Après des années de musique, comme musicien ou spectateur, je pense qu'en concert, le style de musique est moins important que la façon dont tu la joues, si tu es sincère ou non sur scène et si tu transmets quelque chose aux gens. Il m'est arrivé plus d'une fois d'adorer des concerts de groupes que je n'écoute jamais.

Quelle est l'importance de Charles dans l'enregistrement de l'album, les morceaux sont beaucoup modifiés quand vous êtes en studio ?
Notre collaboration avec Charles a commencé en 2009 avec l'enregistrement de Same shirt different day. Charles a un grand rôle dans le son de Dirty Shirt, et depuis on a fait tous les albums ensemble. Au fur et à mesure, j'ai progressé aussi dans la production et donc on l'a fait en partie nous-mêmes désormais même si c'est toujours Charles qui donne la touche finale. Concernant l'enregistrement, nous sommes très ouverts, et on enregistre énormément de choses. On travaille très librement dans ce sens. Puis lors des arrangements, on fait des choix...

En France, les Roumains sont très mal perçus, caricaturés comme des mendiants ou des voleurs, vous souffrez de cette xénophobie quand vous êtes chez nous ?
Pas du tout. Sans être hypocrite, le public rock/métal est beaucoup plus instruit que la moyenne, et surtout il est formé par des gens ouverts d'esprit. Vraiment, on ne nous a jamais traité de telle sorte, ni en France, ni ailleurs en Europe. Au contraire, nous sommes très bien accueillis par l'équipe des salles et par le public.

Vous vous êtes fait remarquer au Wacken, vous avez eu le soutien de la Wacken Foundation pour votre tournée en Roumanie, ça correspond à quoi ?
C'est assez simple. Wacken Foundation est liée au festival juste par le fait qu'elle est soutenue financièrement par Wacken Open Air et elle bénéficie de sa tutelle. La fondation soutient financièrement beaucoup de projets métal en Europe. On a tenté notre chance, on a fait un dossier et on a reçu une réponse positive. Nous avons demandé de l'argent pour pouvoir louer de l'équipement comme une table de mix digitale et quelques accessoires et avoir les techniciens nécessaires pour faire une tournée avec 9 musiciens sur scène et avec des dates très proches.

Dirty Shirt - Dirtylicious Ca a changé quelque chose pour vous en Allemagne ?
Bien sûr, avec la réussite à Wacken on a coupé quelques bonnes étapes et on a pris un raccourci dans la "carrière" du groupe. Après un prix à Wacken tu ne deviens pas une "star" internationale, mais tu commences à avoir un nom dans ton pays et puis un petit nom au niveau international. Egalement, je reconnais que le prix est venu vraiment au bon moment de la carrière du groupe, juste avant d'enregistrer Dirtylicious. Ainsi, l'argent, l'équipement et les contrats d'endorsement de Randall et Washburn qui ont suivis, ont été une d'une aide extraordinaire. Mais au-dessus de tout cela, ce qu'on a vécu à Wacken ça restera pour toujours une expérience personnelle et musicale unique.

Vous avez fait une tournée en Roumanie, des salles de concert se construisent ou c'est toujours très difficile d'avoir de bonnes conditions pour jouer ?
Pour cette tournée, on a eu la plus grosse prod' de toutes les tournées de Dirty Shirt. Avec 9 musiciens sur scène et beaucoup d'équipements, tu peux imaginer le bordel et la logistique nécessaire... On a été "obligés " de jouer dans des salles avec des vraies scènes. Et aujourd'hui la scène roumaine est incomparable par rapport à il y a 10 ans. La Roumanie a aujourd'hui de très bons groupes de plus en plus "pros" au niveau de leur son, leur image et leurs concerts. Et la Roumanie est bien présente dans les tournées des groupes internationaux de tous niveaux. Heureusement, tu peux jouer dans de bonnes conditions à peu près partout. Ce n'est pas encore comme en France, mais ça va !!!

Vous arrivez à vivre de votre musique ou vous avez des jobs à côté ?
Sauf Dan Petean, le petit dernier arrivé dans le groupe, et les collaborateurs et techniciens qu'on rémunère, tous les membres du groupe ont un job, certains ont des familles et des enfants. On fait tout cela par pure passion et tout ce qu'on gagne avec la musique et réinvesti dans le groupe. C'est la seule façon de progresser pour un groupe, et sans cette attitude, nous ne serions jamais arrivés où on est aujourd'hui...