Casse Gueule - Mannus Le groupe sujet à cette chronique est, à coup sûr, l'un des plus incongrus de tous ceux qui sont passés sur nos pages. Un OMNI (Objet Musical Non Identifié) dont on vous avait déjà parlé, rappelez-vous, lors de La Ferme Électrique en 2019. Son nom ne s'invente pas : Casse Gueule ! Et le moins que l'on puisse dire, c'est que ce trio de "turbo-chanson française" - composé de Pierre Le Dentiste (synthés et boites à rythmes), Matthieu Philippe De l'Isle (synthés) et de l'excentrique John Toad au chant - porte à merveille son petit sobriquet. Il vient de sortir un 33 tours chez Gonzaï Records (oui, on parle bien du label du magazine culturel parisien), un "stopera" (un opéra qui dystope) nommé Mannus : L'intelligence accidentelle, soit un album-concept d'anticipation dans lequel des sujets aussi variés que le téléchômage, le manger fabriqué avec les poubelles ou encore l'humanité confinée dans une barre d'immeuble de la taille de l'Europe, y sont abordés. Le trio a un certain sens de l'humour (c'est peu de le dire), de par son écriture loufoque, et sa musique renforce le propos.

Mannus : L'intelligence accidentelle, c'est grosso-merdo du son s'inspirant des courants eighties mis en lumière par la magie des Moog et Korg, soutenus par des boîtes à rythmes très rustiques et porté par un chanteur survolté qui se fout complètement (volontairement ?) de la notion de justesse et de tonalité. Ce qui donne un truc bien casse-gueule mais plutôt unique dans le paysage musical français. Le mérite de ce disque se situe dans l'univers exclusif que réserve chacun de ses titres (synth-pop pour "Conçu pour être content", electro/hip-hop pour "Choisir d'aimer", dark-ambient pour "Partie de la vie", variét' kitsch pour "Tombé sur toi", NIN low-cost pour "Mr Raccourci"), si bien qu'il vous sera difficile de vous plaindre au bureau du service après-vente de Casse Gueule, sauf si bien sûr le style du trio vous horripile. Car il est clairement clivant, le groupe situant son univers à mi-chemin entre DAF, Queen et Daniel Balavoine (tu sais, le dossier de presse raconte souvent des conneries, mais là on a envie de les croire).

Même si certains titres sortent du lot ("Conçu pour être content", "Postérieur"), l'expérience Casse Gueule se vit avant tout sur scène. L'écoute du disque ne suffit pas à supplanter le côté vivant et théâtral du trio et son énergie contagieuse.