Busdriver - Jhelli beam Après Sole & The Skyrider band, les Beastie Boys, The Roots, Dälek, Oddateee et bien d'autres, le W-Fenec continue son immersion dans le hip-hop et autant le dire tout de suite : le Busdriver en question est un très gros client. Non pas que le conducteur de bus en question ait des problèmes de poids, c'est plutôt en terme de talents que ce type fait figure de cadors de la scène indie hip-hop et ce n'est pas ce énième effort très réussi qui va boulverser le statut déjà quasi-culte d'un artiste hors-norme. Première connexion avec Jhelli beam, "Splits seconds" fait déjà grosse sensation : une séquence saccadée, un beat agressif enrobé d'un groove assez inédit, un instrumental qui évolue et le flow virevoltant du frontman qui semble jouer au ping-pong avec ses cordes vocales. Diablement efficace, comme l'est tout autant la deuxième plage "Me - time" et son sample tiré d'un classique de la musique... classique justement, qui sert parfois de sonneries de téléphone portable. Ce type de titre illustre à merveille la capacité du bonhomme à se tenir en équilibre sur la corde raide qui sépare le génie et l'irritant tout en penchant allègrement à gauche, ce qui ne préserve pas le MC de quelques pertes d'équilibres qui se font très rares au court de cet album. "Scoliosis Jones" dégage en effet des relents déplaisants mais s'avère plutôt incisif et introductif aux autres étapes à venir. Surtout qu'il reste encore pas mal d'excellentes phases de hip-hop made in Busdriver alliant groove atypique et flow nunchaku à la frappe chirurgicale telles que "Least favorite rapper", "Quebec and back" et le survitaminée "Do the wop". Busdriver prend la conduite de tes neurones tel un gros ballon de basket et le fait valdinguer dans son univers bariolé ou le phrasé Roadrunner et les expérimentations sont reines. Si le flow reste toujours musclé et vigoureux, c'est sur la tournure des instrumentations que le disque s'avère être audacieux : l'introduction percussive qui se prolonge de "World agape" et le choeur gazéifié très Animal Collective - like de "Happy insider" en sont des exemples plutôt flagrants. Surtout que le Maître de cérémonie n'est pas vraiment du genre à se contenter d'un surplace et il en résulte un Jhelli beam qui demande, comme ses autres disques d'ailleurs, autant d'investissement en écoutes qu'un album de krautrock pour en cerner les contours et le travail minutieux. Dans Entroducing, Dj Shadow conspuait le hip-hop bling-bling pourri par l'argent et les imposteurs, Busdriver fait probablement partie de ces artistes qui ont réhabilité le rap grâce à une éthique artistique intransigeante et il continue aujourd'hui à le faire avec un Jhelli beam chaotique et toujours à contre-courant de cette merde qui pullule sur les ondes françaises...

NdR : je dédicace la chronique à mon collègue Ted qui a eu la riche idée de m'inciter à jeter une oreille sur Busdriver il y a quelques mois. Merci !