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Biographie > Dommage cérébral

L'histoire de Brain Damage est intimement liée à celle du label mis sur pieds par le groupe en 1999, Bangarang, ainsi que des collaborations diverses avec un autre label (Hammerbass) et d'autres artistes, notamment pour sortir les compilations Combat dub, recueils de titres de Brain Damage et Another Sound System Experience (la première signature Bangarang) remixés par Zion Train, Kobe, Lab°, General Dub, Manutension, Scorn, Rasboras,... Parallèlement à tout cela, tandis que Another Sound System Experience disparaît, Fedayi Pacha signe chez Bangarang et Brain Damage sort, après son maxi Bipolar disorder de 1999, un premier album Always greener (on the other side) en 2002.
Ce qui est une évidence pour les initiés ne l'est pas forcément pour tout le monde : on navigue en plein électro-dub, donné par un duo basse/machine. A ceci près que Brain Damage a le don pour transformer chaque opus en exercice particulier, Ashes to ashes - dub to dub empruntant le chemin d'une bipolarité "paroles/instrumentaux" en 2004, avant de se tourner vers Jarring Effects pour la sortie de Spoken dub manifesto - vol. 1 (2006), du dub sur lequel une foule d'invités (de Black Sifichi à Suzanne Thomas en passant par Hakim Bey ou Sam Clayton) viennent poser leur voix et de Short cuts en 2008, album constitué de morceaux (très) courts, chacun d'une durée ne dépassant que de très peu les deux minutes mais tout de même dotés de paroles offertes par divers convives. Sur scène Raphaël (basse) et Martin (machines) donnent un majestueux coup de pied aux vapeurs planantes des galettes et leurs shows se comptent par dizaines. Ils sortent d'ailleurs Short cuts live l'année suivante, album live enregistré lors de la tournée dudit album. En mars 2010, les stéphanois remettent le couvert avec Burning before sunset, opus à l'univers sombre réalisé en collaboration avec le poète-slameur Black Sifichi.

Brain Damage / Chronique LP > Liberation time

Brain Damage Meets Harrison Stafford - liberation time Rencontre aussi évidente qu'improbable que celle de Martin Nathan aka Brain Damage, le prince du dub français, avec le leader charismatique de Groundation, j'ai nommé Harrison Stafford. Évidente car l'on sait que le Stéphanois aborde depuis plusieurs années les collaborations comme de véritables challenges, très souvent avec réussite (notons celles avec High Tone, Vibronics, Sir Jean et l'ambitieux projet en Jamaïque Talk the talk / Walk the walk). Improbable car autant nous savions que Brain Damage, avec ses 12 albums à la clé, s'est établi une petite réputation à travers le monde, autant toucher les États-Unis et ses artistes reggae était encore loin d'être d'une facilité déconcertante. Et pourtant, le français souhaitant s'ouvrir et casser davantage de barrières a souhaité poursuivre cette voie de "dé-dubisation " de sa musique en contactant le très courtisé rastafari Harrison Stafford, chanteur au timbre vocal instantanément reconnaissable. Ce dernier répondant à l'appel favorablement, le fruit de ce travail à deux se nomme Liberation time.

Que les choses soient claires dès le départ, Liberation time est bien un album de pur reggae (bon, OK, avec quelques relents évidents de dub quand même) composé et produit par Martin en 9 mois et chanté intégralement par Harrison Stafford. Un travail en duo qui s'est réalisé à distance à base d'envois de fichiers numériques et conclu par 10 pistes structurées de manière à en faire de véritables chansons originales et personnelles et non des titres aventureux sortis de je ne sais quel sound system. Une première pour Brain Damage qui assure avec son compère un album chaleureux invitant à l'évasion, plus du côté de Kingston que de Saint-Étienne ou de la Californie. Une production moderne (en doutait-on ?) qui rend grâce à toutes les formes de riddim du style susnommé et donc à une variation d'ambiance agréable où le skunk est roi. Dans une interlude où la trompette s'exécute, l'Américain en profite pour se présenter en langue française aux français et les remercie de leur soutien sur "Harrison Hello", un geste sympa comme cette propension à vouloir diversifier ses rythmique vocales, comme son débit rapide sur une partie de "Stand by me".

Sans révolutionner un genre bien défriché et qui ne révèle plus beaucoup de ses secrets, Liberation time a le mérite de sortir du lot par ses compositions plutôt fraîches et ses idées bien amenées. Brain Damage n'a visiblement pas tiré toutes ses cartouches et continue d'asseoir sa réputation dans le monde avec ce disque qui risque d'avoir de bons échos aux États-Unis. Alors, oui, un album reggae en "Disque du moment", ça peut paraître comme ça presque déplacé pour certains de nos lecteurs amateurs de rock stricto sensu. Mais n'oublions que le reggae est né d'influences musicales qui ont fait naître elles-mêmes des styles qui sont largement représentés sur notre mag.

Brain Damage / Chronique LP > Empire soldiers

Brain Damage Meets Vibronics Empire soldiers, c'est l'histoire d'une rencontre entre deux entités issues de la scène dub, sound system et tout ce qui s'apparente de près ou de loin au croisement du reggae et de l'électronique. L'une est française (Brain Damage), l'autre est british (Vibronics). Leur vécu plutôt honorable dans le monde du dub-mix les ont amené à la réalisation commune d'un album concept autour d'un thème proposé par Madu Messenger, historien et membre de Vibronics : celui de l'implication des troupes coloniales (notamment africaines, indiennes et caribéennes) dans la première guerre mondiale. Jusque là, aucun rapport entre l'histoire et la musique. Et pourtant...
Ce qui s'appelle sur le papier "Brain Damage meets Vibronics" tente d'orienter ses sonorités vers quelque chose qui se rapproche de cette thématique à travers des ambiances de guerre et des textes chantés, parlés ou scandés par quatre personnes dont les origines sont liées à ses fameux soldats : le Barbadien Madu Messenger et l'Anglo-Pakistanais Parvez de Vibronics, le poète et performeur Marocain Mohammed El Amraoui et le Sénégalais Sir Jean (Meï Teï Sho, Le Peuple de l'Herbe, Zenzile). Autant de possibilités phoniques livrées sur un album qui, bien que son style soit toutefois dominé par un dub électro classieux mais sans prise de risques, s'écoute allégrement.

Conçu en studio autour de la paire de producteurs Steve Vibronics/Martin Nathan, maîtres d'œuvre des deux formations, les titres d'Empire soldiers, renvoyant par moment à des lieux de batailles ("Gallipoli", "Neuve Chapelle", "Siege of Kut") de cette première guerre mondiale, se divisent en deux parties. L'une contient des morceaux originaux bossés par Martin et en majeure partie chantés et l'autre des remix de la plupart de ceux-ci, une relecture personnelle effectuée par Steve Vibronics. Comme précisé plus haut, cet opus collaboratif sera familier à tous ceux qui s'accommodent facilement à l'univers dub, à ses essences reggae et ses effets intrinsèques tels que la réverbération, le phaser et autres écho/delay de folie. Le mix instrumental, où se côtoient guitare, piano, melodica, cuivres, percussions (je dois en oublier), se plie religieusement au riddim et à son groove stimulant que Martin à toujours su maîtriser avec brio et dans n'importe quel format (que cela soit avec High Tone, Black Sifichi ou Zion Train). Notons que la version live d'Empire soldiers a été travaillée en résidence au Fil à Saint-Etienne, patrie du leader de Brain Damage, pour une tournée prévue cette année. Année qui marque par ailleurs le centième anniversaire du début de cette guerre dans laquelle les soldats oubliés et tués pour la liberté sont sujet à cet hommage sur cette sortie signée Jarring Effects.

Brain Damage / Chronique LP > High Damage

High Damage Jarring Effects nous a habitué depuis plusieurs années aux collaborations les plus diverses de ses artistes (on se souvient notamment d'un Ez3kiel | Hint d'illustre mémoire). Ce fut également le cas d'High Tone (avec Wangtone, Kaltone, Zentone et Highvisators) et des Brain Damage, qui, eux, ont fait davantage appel à des voix assez atypiques tels que Black Sifichi, Mark Stewart ou Sir Jean du Peuple de l'Herbe et ex-Mei Tei Shô. Vers la fin de l'année dernière, on apprend le départ de Raphael Talis, le bassiste de Brain Damage, laissant du coup orphelin Martin Nathan, seul au commande du son de cette machine électro-dub passionnément fiévreuse. Un petit coup de fil de la part des High Tone à Martin et la réponse se fait sans équivoque : "J'ai failli attendre !". Ca s'appellera High Damage. Quoi de plus logique !

Un peu comme chacun sait, une rencontre entre Lyonnais (High Tone) et Stéphanois (Brain Damage) pourrait très vite tourner au vinaigre mais, en se référant aux solides œuvres des deux entités et au respect mutuel qu'elles ont l'une envers l'autre, le challenge ne pouvait que susciter l'intérêt. Leur dénominateur commun est le dub, on le sait, mais chacun apporte sa spécificité à l'autre et vice-versa. Globalement, on reconnaît en Brain Damage ses structures de rythmes lourds en balancement et à ses kicks dévastateurs portés par des voix samplées, tandis qu'High Tone, en tant que groupe, peut très bien passer d'un dub classieux où la batterie est très présente à des bidouillages électro expérimentaux sur lesquels le dubstep et le grime peuvent se faire une place. Grosso modo, c'est ce qui vous attend sur ce High Damage de très haute tenue.

Un bouillon sonore qui justement permet, par exemple, de :

- de se détendre par l'univers zen de "The Dawn", morceau inaugural qui sied parfaitement à une séance de massage,
- goûter à la noirceur d'un "Nuclear ambush" ou d'un "Brain tone", mix parfait entre du vieux High Tone et du Brain Damage plus récent,
- vibrer sur le riddim de "Shake up" avec les performances vocales de Zeb McQueen,
- se faire hypnotiser par "ZZZ", qui porte bien son nom pour le coup
- de planer sur l'aérien "The midday sun", pas loin d'une tentative post-rock
- de se fracasser le cou en suivant le nombre de BPM de "Dub on tune in and drop out"

High Damage est un projet qui flair bon la création, l'émulation, l'ouverture d'esprit et le professionnalisme de par les soins apportés à la production. Pouvait-on réellement en douter en connaissant ces 2 figures de l'électro-dub hexagonale ? En tout cas, cette scène prouve une nouvelle fois qu'elle fait encore de gros dégâts, dans le bon sens du terme.

Brain Damage / Chronique LP > Burning before sunset

Brain Damage - Burning before sunset L'air de rien, les stéphanois de Brain Damage enquillent les productions à vitesse grand V. Trois albums sortis lors de ces trois dernières années, toujours conçus et conceptualisés avec ce goût prononcé de l'arrangement subtil, il en fallait peu pour me persuader de jeter une oreille sur le cas Burning before sunset. Cinquième réalisation pour le duo composé de l'ingé son/machine Martin Nathan et son acolyte bassiste Raphaël Talis, accompagné sur cette aventure par l'artiste touche-à-tout (photographe, poète, spoken-word...) Black Sifichi. Véritable électron libre, cet Ecossais né à New-York et vivant à Paris depuis vingt ans a déjà collaboré avec un paquet d'artistes tels qu'Ez3kiel, Lena ou Elastik mais également avec Brain Damage sur Spoken dub manifesto. Doté d'une voix assez hors du commun et totalement fascinante, il impose, de par la nature même de son timbre vocal, l'ambiance de cet album. Vous pourrez utiliser tous les superlatifs pour la qualifier, glauque, malsaine, méphistophélique, diabolique, elle vous ensorcellera à coup sûr. Le dub des stéphanois n'a donc rien de jamaïcain, pas même l'once d'un exotisme. Le soleil et la chaleur s'effacent pour laisser place à des compositions très personnelles aux couleurs sombres et nuageuses narrées par la voix gutturale de Black Sifichi. La basse pesante de Raphaël nous tient en haleine, les divers sons balancés par Martin glacent le sang dans les veines, les kicks de grosses caisses nous hypnotisent tandis que l'organe vocal pénètre à un rythme lent mais soutenu et nous plonge dans un véritable cauchemar jouissif. Burning before sunset est un album cohérent, homogène et totalement captivant du début à la fin. Jarring Effects tape encore dans le mille avec cette sortie qui va fêter son premier anniversaire. Pour celles et ceux qui n'auraient pas encore été convaincu par les Stéphanois, c'est le moment ou jamais ! Car on frise tout simplement le top level.

Brain Damage / Chronique LP > Short cuts

brain_damage_short_cuts.jpg Pour prendre à contre-pied les standards du style et peut-être même rendre un hommage au punk (un mouvement qui a lui-même mis en exergue la musique dub à une certaine époque), Brain Damage a opté pour un format de titres relativement courts. Comme à son habitude, Brain Damage s'aventure au bord du concept-album : la disposition des titres (certains en 2 parties non consécutives) en groupes de trois au dos de la jaquette et un coup d'oeil au visuel nous rappelle immédiatement l'univers graphique du groupe. Et Short cuts porte très bien son nom puisque constitué de 24 pistes d'environ 2 minutes chacune auxquelles s'ajoute une piste cachée. Des chutes de studio assemblées tant bien que mal ? Des bribes d'idées compilées à la va-vite ? Un assortiment dont il est difficile de retenir une identité ? Sûr que non !
Les dommages cérébraux concoctés par le duo se situent très globalement dans une veine "électro-dub" mais cela n'empêche pas les associés, accompagnés de façon quasi-permanente de guests vocaux (Mika de Pusse, Black Sifichi, Asmir Sabic, Angéline Bouille ou de Lamija, jeune enfant Sarajévienne), de lorgner vers un hip-hop posé ("Tic tac tic", "Plot / propose"), de glisser vers une techno psychédélique ("Armer kopf"), de se faire onirique ("Meine ruhe") ou de survoler les continents ("The palm reader is on acid", "Mundhu"). D'ailleurs, ces voix (on dénombre pas moins de sept langues différentes le long de l'album) sont autant apposées en complément musical qu'en tant que chant à part entière. Les lignes de basses infligées par Raphaël, lorsqu'elles ne se faufilent pas entre les formules sonores distillées par Martin ("Le silence", "Children of palakkad"), pulsent une énergie démoniaque ("Le vacarme", "Sta ?", "Mi nimso voda (broj 2)") qui prend encore une toute autre ampleur en concert.
En proposant un disque construit à l'aide de pistes au format établi (et pas des plus aisés), Brain Damage réussi la prouesse d'assurer brillamment la plupart des transitions et, en agglomérant une multitude d'idées et de personnes, garanti une diversité de propos sans pour autant s'égarer en chemin. Short cuts est un réel album où s'imbriquent avec autant de précision que d'agilité orientalisme et dub, parties vocales et instrumentales, passages cérébraux ("Ulla") et rentre-dedans pour un résultat captivant et convainquant !