Brain Damage Meets Vibronics Empire soldiers, c'est l'histoire d'une rencontre entre deux entités issues de la scène dub, sound system et tout ce qui s'apparente de près ou de loin au croisement du reggae et de l'électronique. L'une est française (Brain Damage), l'autre est british (Vibronics). Leur vécu plutôt honorable dans le monde du dub-mix les ont amené à la réalisation commune d'un album concept autour d'un thème proposé par Madu Messenger, historien et membre de Vibronics : celui de l'implication des troupes coloniales (notamment africaines, indiennes et caribéennes) dans la première guerre mondiale. Jusque là, aucun rapport entre l'histoire et la musique. Et pourtant...
Ce qui s'appelle sur le papier "Brain Damage meets Vibronics" tente d'orienter ses sonorités vers quelque chose qui se rapproche de cette thématique à travers des ambiances de guerre et des textes chantés, parlés ou scandés par quatre personnes dont les origines sont liées à ses fameux soldats : le Barbadien Madu Messenger et l'Anglo-Pakistanais Parvez de Vibronics, le poète et performeur Marocain Mohammed El Amraoui et le Sénégalais Sir Jean (Meï Teï Sho, Le Peuple de l'Herbe, Zenzile). Autant de possibilités phoniques livrées sur un album qui, bien que son style soit toutefois dominé par un dub électro classieux mais sans prise de risques, s'écoute allégrement.

Conçu en studio autour de la paire de producteurs Steve Vibronics/Martin Nathan, maîtres d'œuvre des deux formations, les titres d'Empire soldiers, renvoyant par moment à des lieux de batailles ("Gallipoli", "Neuve Chapelle", "Siege of Kut") de cette première guerre mondiale, se divisent en deux parties. L'une contient des morceaux originaux bossés par Martin et en majeure partie chantés et l'autre des remix de la plupart de ceux-ci, une relecture personnelle effectuée par Steve Vibronics. Comme précisé plus haut, cet opus collaboratif sera familier à tous ceux qui s'accommodent facilement à l'univers dub, à ses essences reggae et ses effets intrinsèques tels que la réverbération, le phaser et autres écho/delay de folie. Le mix instrumental, où se côtoient guitare, piano, melodica, cuivres, percussions (je dois en oublier), se plie religieusement au riddim et à son groove stimulant que Martin à toujours su maîtriser avec brio et dans n'importe quel format (que cela soit avec High Tone, Black Sifichi ou Zion Train). Notons que la version live d'Empire soldiers a été travaillée en résidence au Fil à Saint-Etienne, patrie du leader de Brain Damage, pour une tournée prévue cette année. Année qui marque par ailleurs le centième anniversaire du début de cette guerre dans laquelle les soldats oubliés et tués pour la liberté sont sujet à cet hommage sur cette sortie signée Jarring Effects.