Bohren & Der Club of Gore - Dolores Que Bohren & Der Club of Gore soit considéré comme culte (à juste titre) n'empêche pas le groupe d'être parfois ennuyeux. Sur "Straub", pièce inaugurale de Dolores, les langueurs ambient/darkjazz du collectif allemand font qu'il soit quand même nécessaire de s'accrocher pour ne pas sombrer dans une torpeur naissante. Certes, les esquisses mélodiques, le travail sur les instrumentations, sont du plus bel effet, mais derrière ce minimalisme de façade, on a parfois du mal à entrer dans une oeuvre qui ne ménage pas l'auditeur de ce point de vue-là. Trois/quatre notes essaimées ci et là, un léger groove jazzy, des atmosphères aussi diaphanes que noctambules, on s'accroche et on se laisse aller à apprécier "Karin" et sa beauté ensorcelante, aussi feutrée que narcoleptique.
Le seul problème étant ici que lorsque & Der Club of Gore">B&DCG s'enfonce dans le versant le plus obscur de sa musique, il ne la rend pas plus "lisible", voire même à l'inverse, fait tout pour ce qu'elle soit encore plus insaisissable ("Schwarze biene"). Et là, on lâche un peu l'affaire, lentement, inexorablement, comme une histoire d'amour qui tanguerait, alors que le poids de l'habitude fige les sentiments dans des souvenirs passés, que la nostalgie fait insidieusement son oeuvre et que l'on n'arrive plus à regarder devant soi, seulement derrière. L'ennui, voilà l'écueil que l'on ne peut éviter lorsque l'on se plonge dans l'oeuvre des allemands, un récif sur lequel il est difficile de ne pas un peu s'abîmer quand le groupe se laisse aller à ses explorations sonores les plus minimales ("Unkerich", "Von schnäbein"). Dolores étant ainsi en permanence entre deux eaux, magnifiant des harmonies d'une élégance troublante ("Faul") autant qu'il égare l'auditeur au détour de quelques silences à peine entrecoupés de quelques poussées de fièvres ambient/drone narcotiques ("Welk", "Welten"). Tantôt bouleversant, tantôt décevant...