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Si ce n'est ce que l'on sait des influences du projet et bien évidemment sa discographie, de Blackfilm, on ne connaît pas grand chose d'un point de vue strictement biographique. Tout juste que le projet est originaire de Grande-Bretagne, qu'il oeuvre dans des courants musicaux voisins de ceux d'un Amon Tobin qui aurait croisé la route de Portishead. En 2010, un premier album voit le jour chez le très confidentiel label grec Spectraliquid (fermé depuis d'ailleurs), bientôt suivi d'un disque collaboratif avec l'italien Eraldo Bernocchi : Along the corridors. Mais c'est quelques mois plus tard, après sa signature chez le prestigieux label allemand Denovali Records que [Blackfilm]] prend son envol vers les cimes de la reconnaissance, par le biais de la réédition CD/LP de son album inaugural.

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Blackfilm - Blackfilm Il y a des fois où l'on se dit, en toute légitimité, qu'un label, ça n'est là que pour mettre un disque en magasin(s) et ramasser derrière ce qui fait vibrer le tiroir-caisse (quand c'est encore le cas...). D'autre fois, où l'on est obligé de reconnaître que sans un label, nombre de disques aujourd'hui incontournables n'auraient certainement pas existé. Soit. Et puis il y a des structures comme Ipecac, Hydrahead Industries, Conspiracy Records ou encore Dischord qui sont plus que ça, de véritables refuges pour la créativité et en même temps des modèles économiques sains. Denovali Records que l'on ne présente plus dans ces pages, est de ce point de vue infiniment plus qu'un label. On ne compte plus les découvertes de la maison allemande célébrant une certaine idée de la mondialisation dans l'art et les innombrables pépites tout droit sorties de leurs cartons (on pense notamment à Celeste pour le hardcore, Mouse on the Keys pour le jazz post-moderne, à Her Name is Calla pour le post-rock "à cordes" etc..., la liste est interminable...). Inlassable défricheur de talents venus de tous les horizons (Europe, Asie, Australie...), la maison Denovali est désormais indispensable de part son apport sur la scène musicale actuelle. Et Blackfilm, est une référence très classe de plus à mettre à son crédit... voire même un peu plus.

Avec ce premier album éponyme à l'artwork des plus oniriques et évocateurs, l'entité anglo-saxonne et son label (toujours exigeant sur le contenant comme le contenu) ont mis la barre très haut. Le reste, à savoir les dix plages musicales composant cet effort long d'un peu moins d'une heure, étant à l'avenant. Et Blackfilm de dévoiler ici un étonnant cocktail d'ambient/électro, de trip-hop noctambule et de post-jazz aux tentations et emprunts classiques, à la fois sombre et mélancolique ("Come & see", "Interference"), psychotrope et hynotisant. Un disque d'esthète de l'architecture musicale complexe, trouble, labyrinthique, quelque part entre un Amon Tobin dépressif, un Portishead sous respirateur artificiel pou un Rob Dougan perdu dans des dédales émotionnels inextricables. Les sons y étant triturés, les harmonies décomposées, ambiancées à l'extrême jusqu'à s'immiscer dans l'esprit de l'auditeur pour ne plus le libérer, ce Blackfilm est un puzzle, dont chaque pièce, est la composante indispensable d'un tout dont le sens, parfois abstrait, ne se révèlera qu'à la fin. Car se plonger dans l'univers du projet requiert une certaine ouverture d'esprit comme semer en soi l'idée de s'abandonner aux atmosphères ("Untitled", "Stalingrad") parfois enivrantes, parfois plus vénéneuses d'une musique dont la subtilité semble être la clef de voûte. D'un "Sonar" percussif à un "Eastern" tout en minimalisme fugitif en passant par un "Five years" aux pulsations groovy électrisantes et "Midnight to 4AM", véritable climax narcoleptique d'un album étonnamment riche et fouillé, en atteste son final (le sublime "Atlantikend") qui dévoile, au terme d'un ultime twist narratif ce qu'est vraiment Blackfilm, soit la bande-son idéale et fantasmée d'une nuit d'insomnie...