Black Light Burns - Cover your heart 2008, un an après l'excellent Cruel melody, aussi attendu que remarqué, et loué pour ses qualités intrinsèques, Black Light Burns fait comme Ministry et son excellent Cover up en capitalisant sur le succès de son effort discographique inaugural pour livrer une collection de reprises (agrémenté de matériel inédit original). Du Lard (le groupe hardcore/punk/indus-metal de Jello Biaffra - Dead Kennedys et Al Jourgensen - Ministry) avec une reprise particulièrement tranchante d'un "Porkboy" terroriste et explosif à souhait ; du Sisters of Mercy plutôt honorable avec la relecture de "Lucretia my reflection" un poil trop scolaire mais honorable ; ou une excellente version revisité du très sexuel "Rid of me" de milady PJ Harvey, l'initiative semble plus qu'appréciable.

Economiquement, profiter du filon ouvert par son premier album est une riche idée. Créativement, ce n'est pas toujours aussi pertinent : certes la cover du "On the bound" de Fiona Apple est tout autant à croquer que son interprète originelle, mais le "Hungry like wolf" de Duran Duran revu et corrigé par Black Light Burns résonne comme un anachronisme musical douteux au XXIe siècle. Et autant "The art of self-defense" de The Jesus Lizard qu'"I am the sun" des Swans, tous deux passés dans le mixeur de Borland et sa bande, sont bien incapables d'atteindre ne serait-ce que la cheville de leurs modèles. La comparaison est parfois difficile mais c'est le risque aussi de vouloir réinterpréter ceux qui inspirent l'auteur. Ce que l'homme de base de BLB semble comprendre en s'offrant alors une relecture de son propre travail parfait en reprenant le carnivore "Blood red on fire" de son ancien propre projet d'antan Big Dumb Face. Solide.

On se rend compte que c'est donc au petit bonheur la chance et que si Borland est capable de mener son projet d'une main de maître, dévorant la platine sur le fougueux (doux euphémisme ?) "Search and destroy" d'Iggy and the Stooges, ou de donner dans une platitude presque gênante lorsqu'il verse dans le remplissage avec ses painting songs (sorte d'essais vaguement expérimentaux et sans intérêt sinon celui de venir gonfler le tracklisting), on a peu à près une chose sur deux de tomber sur quelque chose d'intéressant. Voire moins dans ce dernier cas, parce que, avec "Zargon morfoauf", "Vennisou" ou "Zlitchufdux", autant d'objets sonores non identifiables dont le seul intérêt réside dans l'utilisation de la fonction copier-coller du clavier de l'ordi pour les évoquer, on peut tout aussi bien jeter les pistes avec l'eau du bain. Et comme les chutes de studios, datant de Cruel melody, qui viennent là aussi compléter l'album ne sont... que des esquisses d'on ne sait trop quoi, mises en boîte à l'époque par Ross Robinson, on se rend compte qu'à part son titre à rallonge, Cover your heart and the anvil pants odyssey n'est à quelques exceptions près qu'une idée plutôt finaude pour faire vibrer le tiroir caisse sans trop avoir à se fouler.