Ben Sharpa - B. Sharpa Dans la série "chroniques en retard", voici un artiste qui n'est plus vraiment émergent bien qu'il soit encore peu reconnu en France malgré ses diverses apparitions sur scène avec des membres de l'écurie Jarring Effects ou sur la compilation Cape Town beat (disponible chez CD1D). C'est d'ailleurs sur le label lyonnais que Ben Sharpa a publié il y a un an et demi son véritable premier album après un maxi vinyle à la fin 2008. Sobrement intitulé B. Sharpa, ce disque montre à quel point ce rappeur sud-africain a un talent fou. Doté d'un flow tranchant situé quelque part entre Busdriver et Dizzee Rascal, Ben Sharpa use de son ingéniosité pour surfer vocalement sur l'étendue mouvementée des 13 titres que comprend cet album. Produit par ses compères Sibot, D-Planet et le beatmaker anglais Milanese, B. Sharpa navigue entre le grime british et hip-hop east-coast ricain, deux genres qui équilibrent le rendu final de l'album. Les sons acidulés du grime donnent un aspect tordu et foutraque mais néanmoins moderne à cet opus qui casse les codes d'un hip-hop trop souvent calqué sur l'héritage américain. "Callin' It Quits (We're here)" est l'illustration même de cette instru qui vous retourne les boyaux à base d'un incoercible débit de lyrics que l'on retrouve par exemple sur la suivante, "Sick 'n tired", ou s'illustre admirablement Archetypes sur des bidouillages électro. Sur une étendue de lyrics scrupuleusement peaufinées, Ben Sharpa se veut le porte-voix d'une génération sud-africaine souvent privée de ses droits et les garnis d'ambiances dérangeantes, froides ou bruyantes, pour crédibiliser ses dires. La trentaine entamée, le sud-africain a eu le temps d'assimiler et d'apprendre de ses diverses expériences (MC, producteur, manager) pour sortir un album sans véritable fausse note. Une belle leçon pour de nombreux MCs qui mettent souvent la charrue avant les bœufs et qui se plantent littéralement avant même d'avoir entamé leur aventure artistique.