B r oad way : 06:06 am Allez, je me jette : et si ce disque était un concept-album de musique électronique expérimentale d'avant-garde, et même bien plus que cela ?
Non je n'essai pas de coller des mots les uns derrière les autres pour être "fashion" ou pour me la jouer mais plutôt pour tenter de décrire l'univers développé par ce collectif complètement hors-cadre. Peut-être que les milieux hypes se les arracheront, peut-être pas. Mais peu importe puisque là n'est pas l'objectif de B r oad way, du moins, je ne penses pas. Comme le dit Sam Clayton (qui s'est occupé du mastering) sur le DVD livré (et nécessaire) avec le disque, le travail présenté ici est "étrange dans le bon sens, pas dans le mauvais". Si les titres du dernier Fantômas sont ceux des jours du mois d'avril, ceux de ce disque vont de "06:06:01 am" (la première piste) à "06:06:08 am" (la dernière, fatalement) et entrecoupées d'interludes. Ceci est une des étapes de l'approche conceptuelle du disque. Ensuite, il est possible de considérer ce disque comme étant une piste unique découpée selon les ambiances développées au fil de son évolution.
Les références qui puissent transparaître appartiennent autant au monde musical qu'aux autres formes d'arts. Ici se côtoient le cinéma Art & Essai, Pink Floyd, Jack Kerouac ou le milieu du court métrage. Musicalement, une similitude avec Mandrac est perceptible lorsque des paroles sont lâchées ça et là sur le disque, toujours avec l'envie de créer une ossature très particulière.
L'écoute peut se révéler être très personnelle, rappelant des souvenirs enfouis, avec plusieurs niveaux de lecture à l'instar de toute musique intime, poignante et cérébrale. Bien que très élaborée, cette pièce arrondi les angles, adouci les mœurs, par exemple en rendant agréable une sonnerie de téléphone qui à l'accoutumée serait énervante ou en transformant d'inquiétants cris d'oiseau en complainte poétique. Des légers pianos, des guitares enlevées, divers mouvements électros ou des sonorités plus "industrielles" font aussi partie des éléments que vous pourrez entendre tout au long de 06:06 am. Même si en apparence la texture est très sage, il réside des soupçons noise disséminés aux quatre coins du disque amenant B r oad way sur des terres plus tumultueuses qu'elles n'en ont l'air.
On aurait pu imaginer une immense pièce remplissant le disque mais les 53 minutes déversées ici sont d'une telle richesse qu'elles se suffisent à elles même et ce n'est pas après quelques écoutes que l'on range le disque en pensant en avoir fait le tour. Il reste présent, s'incruste, s'infiltre, redemande d'être écouté et si d'aventure le contenu audio semble acquis, il y a la deuxième galette à explorer : le DVD.
Que ce soit pour le travail audio ou vidéo, le groupe ajuste, colle, découpe, retouche, façonne de la matière brute et y incorpore ses propres ajouts afin de donner au travail une réelle portée fantastique. Le travail vidéo consiste à retravailler des images d'archives et d'y ajouter des séquences réalisées par le groupe lui-même et/ou assisté de collaborateurs (la séquence avec la danseuse). Des archives se superposent à d'autres, se succèdent, l'usage du noir et blanc colle idéalement à l'ambiance qui règne. On pourrait assimiler le film à un long court-métrage (sic !) ou une succession de courts-métrages ayant des liens entre eux (mais lesquels ?) et créant une immense fresque une fois visionnés bout à bout. Le contenu audio auquel se superposent les images, est présent en permanence, appuyant certains passages-clefs comme la ballade dans le Paris des années 1920 qui prend des allures de road-movie inespéré. Lorsque la musique met en éveil, intrigue, fait travailler l'imagination, on se dit que c'est normal mais le film, lui est encore plus fort de ce point de vue. Puisqu'en diffusant des images, B r oad way n'indique rien clairement, mais suggère, incite à une interprétation personnelle. Que fêtent ces gens en se tenant par la main et créant une ronde ? Ou ces asiatiques qui dansent jusqu'à en perdre la tête ? Combien de temps la toupie de l'enfant va-t-elle tourner ? Et tous ces cortèges, de soldats, d'hommes, de femmes, d'enfants, à quoi riment-ils ? Même David Lynch et Tim Burton réunis ne sauraient y répondre.
L'impact du DVD est puissant car en écoutant simplement la bande-son n'importe où (pas forcément confortablement installé chez soit), des images du film reviennent frapper l'esprit, rappellent certaines séquences ou stimulent l'imagination en créant des atmosphères veloutées et confortables.
Le seul problème qui puisse se poser vis-à-vis de 06:06 am est comment tarir d'éloge envers quelque chose qui transforme, permet une évasion, brasse tous les champs des possibles pour aboutir à un voyage cosmique grandiose. Alors pour éluder ce problème, juste avant de clore cet article, je vous conseille très chaudement de goûter à cette si singulière expérience qu'est B r oad way, que ce soit sur disques ou sur scène !