Aun - The phantom ghost Depuis qu'il est devenu un duo, Aun semble avoir trouvé un rythme de croisière en matière de sorties relativement élevé. Motorsleep, VII, l'année suivante, Black pyramid il y a à peine plus de douze mois et Phantom ghost aujourd'hui. C'est donc au sein de cette scène ambient/drone (et de ses milles déclinaisons) foisonnante actuellement qu'évolue toujours le projet canadien pour toujours se renouveler, en parvenant album après album à concevoir puis bâtir un édifice musical de belle ampleur, à l'architecture changeante. Car s'il publie des albums à une cadence soutenue, avec une régularité confondante, Aun ne tombe pas dans l'excès de certaines entités qui de part leur nature, livrent 2 à 3 disques par an sinon plus (Jesu, Merzbow souvent, Nadja aussi parfois...). Là en l'occurrence, les deux derniers efforts en témoignent, le projet n'a certainement pas dévoilé tous ses secrets et Phantom ghost en est l'exemple idéal.
Sur ce nouvel opus, Aun se rapproche de la démarche d'un N ou d'un Thisquietarmy, même si le contenu artistique diverge quelque peu - il n'est pas non plus à des années lumières de ses compagnons de label - preuves en sont "Phantom" dans ses longues nappes ambient éthérées puis "Out of mind" et sa dynamique shoegaze/drone/industrielle qui sonne comme du Jesu en mode "pop". Le rendu est assez noisy, psychédélique par moments aussi et lorsque "Travellers" vient distiller sa mélodie répétitive, portée par des fragments de voix, lointaines, c'est pour mieux identifier chaque piste dans son unicité, chaque morceau dans son individualité. Aun n'a pas fait de son Phantom ghost une oeuvre monochromatique mais quelques chose de plus varié, tant dans ses approches que dans ses effets ("Orga II"), toujours aussi maîtrisés même si "Nineteen eighty-four" peut paraître un peu abscons, sinon ascétique dans son écriture drone minimaliste et sur-saturée. La prise de risque est constante et l'immersion dans ce type de musique demande un certain effort, même si les canadiens semblent ici avoir pris ce paramètre en compte, la mise en route de l'album étant des plus accessibles là où les morceaux les plus exigeants se trouvent sur la seconde partie du disque ("Light years", "Ghost"). Pour le reste, cela reste une réussite intelligemment ficelée...