Aun - Black pyramid Aun est une exception. On le dit de suite comme ça ce sera fait et ce ne sera donc plus à faire. Multipliant les sorties depuis 2006, l'entité solo devenue duo (cf : bio), passée par Important Records, Alien8 Recordings, Crucial Blast et maintenant Cyclac Law (et bientôt Denovali) autant dire des pointures, est devenue une référence dont on parle désormais avec un certain respect dans les hautes sphères des musiques drone/ambient expérimentales (donc un brin égocentriques...). Et pour cause, là où la très large majorité des groupes et autres one-man bands cherchent à tout prix à ne faire qu'immerger leur "musique" dans les abîmes d'un underground caverneux, torturé et oppressif, en clair, enfoncer des portes ouvertes pour user de métaphores, la paire canadienne tend à respecter ce dogme artistique fondamental tout en allant également vers son opposé. Tant et si bien bien que Black pyramid, s'il laisse sa part d'ombre envahir largement les plages qui le compose, tend par moments aussi vers ce que l'on pourrait qualifier d'élévation cosmique.
Drone/ambient, éthéré, spatial ("Phoenix", l'éponyme "Black pyramid"), l'album n'est pas qu'un monolithe de saturation bruitiste, une masse aliénante nous emmenant vers des territoires parallèles où notre état de conscience est mis à rude épreuve, il est également un voyage à travers des espaces apaisés, des déserts lunaires, comme débarrassés de toute forme d'anxiété, de tourments, d'émotions humaines (?). Sur "Taurus ten" plus qu'aucun autre morceau de cet album, Aun se révèle être à l'image de son artwork. Cette pyramide lévitant dans des sphères nuageuses évoque assez clairement les travaux du romancier/auteur de BD Enki Bilal sur sa trilogie "Nikopol", l'orage électrique qui l'enveloppe faisant écho à l'apaisement absolu des passages décryptés précédemment et que l'on retrouve notamment avec "2095". Entre-temps, les canadiens auront livré leur version de l'apocalypse drone avec un "Ursa major" magistral et suffocant, lesté de nappes ambient plombées par des textures industrielles oppressives, avant de repousser un peu plus loin ses propres frontières avec l'épilogue de Black pyramid : "Shining". Une créature musicale hybride plongeant cette fois dans les profondeurs abyssales d'un drone/ambient post-industriel, noir et labyrinthique. Bluffant.