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Biographie > L'éclat teuton

Sascha Ring, plus connu sous le nom d'Apparat, est un DJ, compositeur et producteur allemand ayant débuté sa carrière discographique par de l'IDM, autrement dit un genre s'apparentant notamment à de l'électronique chill-out souvent bien foutue, dont les pionniers en la matière ne sont autres qu'Aphex Twin ou Autechre à la grande période du label anglais Warp Records. Bien connu des soirées berlinoises, le bonhomme monte avec son pote T.Raumschmiere le label Shitkatapult sur lequel il sortira ses trois premiers albums. En 2006, il compose et enregistre en duo l'album Orchestra of bubbles avec la DJ allemande Ellen Allien avec qui il s'était associé, en compagnie d'Autechre, pour l'aider à composer en 2003 son renommé Berlinette. Après avoir sorti Walls en 2007, album solo au format pop, Apparat qui affectionne les collaborations, remet cela en 2009 pour la sortie du nouvel album de Moderat, groupe qu'il forme avec le duo Modeselektor. L'Allemand confirme ses aspirations pop en 2011 avec The devil's walk dans lequel il chante sur la plupart de ses chansons, puis sur Krieg und frieden (Music for theatre) en 2013, un disque inspiré d'un classique de Tolstoï initialement composé pour le théâtre et le metteur en scène Sebastian Hermann.

Apparat / Chronique LP > Krieg und frieden (Music for theatre)

Apparat - Krieg Und Frieden Je dois dire que ça faisait longtemps que j'attendais l'opportunité d'écrire sur Apparat dont j'apprécie le travail depuis pas mal de temps déjà. Un Allemand qui, dès le début des années 2000, buche pas mal en terme de productions et de collaborations (je pense en premier lieu à Ellen Allien et Modeselektor), cultivant ainsi avec promptitude le terroir électronique avec ses graines d'IDM, d'electronica, d'ambient, de trip-hop et autres joyeusetés sorties tout droit de ses machines. Reconnu d'entrée de jeu par ses pairs et par le public pour ses travaux à la fois alambiqués et voluptueux sur Multifunktionsebene et Tttrial and eror, le Berlinois s'est peu à peu détaché de l'IDM qui le caractérisait au départ pour s'adonner par la suite au format pop, particulièrement depuis la sortie de Walls en 2007. Une hérésie voire une régression pour certains, une évolution logique pour d'autres, peu importe, Apparat en rajoute même une couche avec son side-project Moderat, très pop-électro pour le coup et qui, on s'en doute, a dû contribuer à élever sa côte de popularité. Il y a bientôt deux ans, son dernier album en date Krieg und frieden (Music for theatre), prenait à contre pied ses auditeurs.

Né d'une commande du metteur en scène Sebastian Hartmann pour un habillage sonore de l'adaptation théâtrale du roman de Tolstoï "Guerre et paix" publié en 1869, ce disque est selon moi à considérer davantage comme un challenge offert qu'un véritable album d'Apparat. Ou alors s'agit-il tout simplement des nouvelles aspirations du co-fondateur du label Shitkatapult. Aucune sortie n'était prévue au départ, ce dernier a travaillé sur ses compositions pendant quatre semaines dans une vieille usine abandonnée après avoir lu ce chef-d'œuvre de la littérature russe. Accompagné de Philipp Timm au violoncelle et Christoph Hartmann au violon, l'Allemand débute avec un dyptique introductif passant d'une exaltation de cordes à une noise electronica. Et la suite, sinueuse, est un cortège d'essais orchestraux néo-classiques ("K&F Thema", "Austerlitz"), de plages ambient ("Tot", "Blank page") et de morceaux se dirigeant vers l'IDM/electronica aux parfums pop ("LightOn", "A violent sky"). La lecture de cette aventure tolstoïenne s'effectue comme une véritable bande son fouillée royalement menée. Krieg und frieden (Music for theatre) n'est pas l'album d'Apparat le plus aisé à assimiler de toute sa discographie mais elle aura le privilège d'ajouter à son arc une nouvelle corde jusque là insoupçonnée quitte à déstabiliser certains fans. Et puis, bon, on ne va pas faire comme si on ne connaissait pas son goût pour l'exploration sonore depuis presque quinze ans. Si ?