Alors que les Lofo viennent de terminer leur balance pour le concert du soir, c'est avec Reuno de Lofo, Bob de Watcha et des membres de Black Bomb A que nous nous installons en plein milieu du hall de la Laiterie dans de sympathiques canapés. Le temps de brancher le micro et l'interview, qui durera plus d'une heure, commence dans une ambiance détendue.

Sriracha Tour 1 : Farid Gui de champi : Sriracha est donc une structure de management avec entre autres des groupes de métal comme vous tous [Reuno : Il n'y en a pas tant que ça, c'est même la minorité des groupes je crois], mais aussi Ekova, ...alors pourquoi avoir monté cette tournée avec uniquement des groupes de métal, et non pas avec des autres groupes de la structure ?
Reuno : bien, parce que c'est déjà un gros taf d'imposer une affiche cohérente comme l'est Black Bomb A / Watcha / Lofofora, pour certains programmateurs, c'est quasiment impossible de leur faire imaginer faire passer sur la même scène Watcha, Ekova, X-Syndicate, Saiwa ...tu vois, c'est un truc qu'ils auraient du mal à concevoir. Je veux dire, on s'en est rendu compte quand on a voulu faire la tournée il y a un an et demi avec Kabal, ça a été hyper dur pour pleins de salles où on était déjà passé, où on s'était dit "ouais eux, ça va sûrement les brancher !" : en fait non, parce que soit ils ne veulent pas faire de rap, soit ils trouvent que l'affiche est bizarre, que c'est trop mélangé...
Et vous, ça vous brancherait de pouvoir monter une tournée avec plein de groupes de styles différents ?
R : Evidemment ! Ouais, bien sûr, avec des danseuses nues (rires), toute forme d'art si tu veux !
Bob : oui, mais je trouve que la culture française n'est pas encore prête à accepter tant d'ouverture. On est encore figé dans des structures bien précises, on va "parquer" les gens qui écoutent du hardcore avec du hardcore, du rap avec du rap, et autres musiques. On le voit déjà dans la télévision : t'allumes la télévision, qu'est ce que tu vois ? Tu vois que des trucs de variété, des trucs de rap, jamais des trucs un peu underground. Et on était au Québec, on a vu la télé, à 13 heures, qu'est ce que tu vois ? Tu vois KoRn, après tu vois une grosse merde de variété, juste après Limp Bizkit, des trucs bien... ils sont ultra ouverts. On est en avance musicalement mais...
R : ça fait trois groupes de variété à la suite, là, ça fait beaucoup ! (rires)
B : bon, d'accord, on va dire ça, mais tu vois pas ça en France
R : non, je plaisante !
B : tu vois pas ça en France !
R : non, mais c'est sûr ! Mais il y a quand même de moins en moins de monde qui se contente d'écouter un seul style de musique, et quelque part, ce genre d'affiche vachement variée, ça existe mais sur des gros festivals où tu vas avoir la scène métal, la scène pop, la scène reggae, la scène techno et puis les gens vont se balader de l'une à l'autre ! A Dour par exemple.
oui, mais sur un festival, c'est pas toi qui va monter l'affiche !
R : non non, sauf là, justement, c'est Buba qui a monté cette tournée, qui, a bossé pendant un moment pour concrétiser une espèce de rêve. Le fait de partir à 3 groupes sur la route, ne serait-ce que si c'est pour 7 dates, tu vois, c'est déjà hyper stimulant !

Watcha a sorti son dernier album ...
B : ...le 3 février !
voilà, le 3 février, j'allais le dire.
R : même pas vrai, il allait même pas le dire ! (rires)
Si, si mais c'est pour faire parler Bob ! Pour Lofo, l'album est sorti il y a une paire de mois maintenant...
R : alors quel jour ? Alors, on fait moins le malin là ! (rires)
c'était au mois de février je crois ?
R : non, au mois de mars, un an avant Watcha tout de même.
Donc, pour vous, Lofofora, un live devrait bientôt sortir [R : ouais, exact] où en êtes vous avec ce disque ?
R : Les bandes sont prêtes, dans le sens où c'est enregistré. Ce n'est pas encore mixé, et puis, plutôt que de sortir un album "live" tout seul, on préfère sortir un double album, parce qu'on est vachement prétentieux comme mecs ! On se dit "on va mettre un 2ème CD" avec des inédits, des trucs comme ça, mais qui ne seront pas des fonds de tiroirs, se seront des trucs qu'on va enregistrer dans les semaines à venir. Pas d'invités mais des reprises en français car je n'ai pas un bon accent anglais ! Et puis il y a des textes qui font parti de notre culture musicale, et qui font parti du patrimoine "chanson française" comme on dit, des textes qui nous touchent, qu'on a envie de mettre à notre sauce, donc on va pas se gêner.
et ce disque, vous aller le sortir en indépendant ou bien allez vous chercher une maison de disque ?
R : Le fait que l'on ne cache pas nos projets, il y a des gens qui sont au courant, et puis il y a une major qui est plutôt intéressée pour sortir ce truc là, mais pour l'instant, il n'y a rien de signé. Mais bon, si cela ne se fait pas avec eux, je veux dire, on était en fin de contrat avec Virgin, on ne veut plus travailler avec eux, on travaillera peut-être avec une autre major, mais cette fois, ça se fera au coup sur coup, je crois pas qu'on soit prêt à resigner à nouveau pour plusieurs albums, on dealera chaque album en son temps et puis, si cela ne se passe pas comme ça, on le sortira en indépendant, c'est pas un drame en soi !

un des nombreux points communs entre Lofofora et Watcha, c'est ce cap du 2ème album qui est beaucoup plus violent, beaucoup plus dense [R : ouais, mais ils nous ont copié ! (rires) on l'avait fait avant !]. Comment vous expliquez ça ? C'est une question de confiance en soi, c'est pour se démarquer de ses influences ?
R : moi, je ne m'en rappelle pas car on est déjà à un an et demi après le 3ème tu vois, donc...Enfin, je peux te dire un truc, pourquoi le 2ème album était le plus péchu : C'est parce que Farid (le guitariste) est rentré dans le groupe après l'enregistrement du 1er album, donc pour partir en tournée avec nous, et que cette tournée avait été vraiment bien chaude bouillante et que, de ce fait, on trouvait que le premier album ne reflétait plus de ce qu'était Lofofora sur scène. C'est pour ça qu'on a voulu faire un autre album un peu plus rentre dedans, c'était pour essayer de restituer cette énergie qu'on avait pu accumuler et partager sur scène.
B : Ben nous, c'est naturel : on a trouvé que le 1er album était bien, mais on avait pas encore digéré nos influences et donc, voilà, on veut pas faire un album plus "mou" à chaque fois, donc on veut qu'il soit de plus en plus brutal, le 3ème, on est en train de travailler dessus, il sera encore plus brutal que le 2ème, et le 4ème sera encore plus brutal, etc...
R : Watcha réinvente le grind-core !
B : voilà, on va faire du grind-core et puis on va finir par du death métal à la fin ! (rires) Non non, c'est vrai qu'on préfère une musique bien énergique qui rentre dedans !

Hier vous avez joué au Moulin de Brainan, vous considérez toujours que c'est la meilleure salle de France ?
R : Euh, vu les 3 trous du cul qui ont voulu nous mettre sur la gueule en fin de soirée, un petit peu moins, mais c'est vrai que c'est vraiment un pur endroit !
B : qu'est ce qui s'est passé ?
R : Ben, il y a trois mecs fins bourrés qui ont commencé à casser les couilles à notre régisseur, alors Edgar (le batteur) qui a dit : "qu'est ce que t'embêtes mon copain ?" Et puis ça a failli dégénérer mais ça s'est vite calmé quand même ! Mais ouais, c'est vraiment un bel endroit, faudrait qu'ils s'achètent une sono !
il y a 7 dates sur cette tournée [R : c'est un chiffre sacré, c'est pour ça] Est-ce que ce sont des salles qui ont été triées sur le volet ?
R : ben oui, il y a eu des centaines de postulants qui sont rentrés chez eux la queue basse (rires). Non, comme je disais tout à l'heure, c'est un gros boulot à monter, c'est sur qu'on a favorisé des endroits où on a un vrai contact. Ici, la Laiterie, on est passé je ne sais pas combien de fois, et puis ça s'est toujours super bien passé ! De même pour le Moulin de Brainan, pour le Confort Moderne, qui sont des lieux, qui sont des vraies salles faites, à la base, pour ça, avec une équipe qui travaille dans cette optique là à longueur d'année. Donc c'est un petit peu ça qu'on a voulu favoriser, et puis bon, mine de rien, Black Bomb A, Watcha, Lofofora, tu ne peux plus nous mettre dans un club de 300 personnes. Donc il faut une salle un peu plus conséquente. Mais franchement, je suis super content de cette semaine et j'espère qu'il y aura un "Sriracha Tour 2 : le retour", un truc comme ça, quoi, ça me ferait bien kiffer ! De toute façon, on va faire chier Buba jusqu'à ce qu'il nous décroche des dates. On sait où il habite en plus (rires)

Sriracha, c'est une structure de management, mais est ce qu'il y a aussi un esprit Sriracha ?
R : Non, je sais pas, l'esprit c'est quoi ? Ouais, allez, je dirais qu'il y a un esprit Sriracha, c'est que je crois qu'au sein de Sriracha, il n'y a que des musiciens qui font de la musique pour une même raison : c'est pour se faire plaisir d'abord, et puis pour faire plaisir aux gens qui viennent au concert, avec un respect du public qui reste assez présent, voire omniprésent. Je crois que c'est un petit peu ça et, c'est, au sein de cette structure, différents groupes qui, avec des langages musicaux différents, parlent un petit peu tous de la même chose ! C'est pour ça qu'à l'époque, on avait fait le morceau avec Ekova ("Shiva Skunk" sur le 2ème album Peuh) et ça a surpris pleins de gens : pour nous, c'est venu complètement naturellement, parce que même si on est dans deux univers musicaux complètement différents, je crois qu'on a un peu envie de raconter la même chose quand même et de faire passer le même genre de, sans parler de message, un espèce d'esprit qui fait que tu respectes ton public, tu ne le prends pas pour juste des moutons qui sont venus là pour apporter de l'eau à ton moulin ! C'est champêtre, ça, comme image ! (rires)
Et vous Black Bomb A, ça fait longtemps que vous avez intégré la structure ?
BBA (Franck) : nous, ça va faire un an qu'on est donc avec Sriracha, et c'est vrai que je suis tout à fait de l'avis de Reuno : nous, notre but, c'est de faire de la musique parce que ça nous plait et voilà quoi ! Maintenant, il ne faut pas rester sectaire sur les gens ou sur certains styles de musique, les gens qui n'aiment pas ce qu'on fait, et bien ils n'aiment pas, et les gens qui aiment, et bien tant mieux, mais on respecte total les gens qui viennent. Et quand il y a une énergie qui passe entre le public justement et les musiciens quand t'es sur scène, c'est ce qu'il y a de mieux.
et est ce que ça vous a motivé, BBA et Watcha, de voir des groupes comme Lofofora ou Oneyed Jack qui appartenaient déjà à cette structure : Est-ce que ça rassure ?
B : Disons qu'on sait très bien que Lofofora ne va pas aller chez des charlots qui travaillent pas ! Les mecs connaissent bien leur boulot. Déjà, tu vois, quand on allait voir les concerts de Lofofora, on se disait : "putain, ça serait excellent si on était managé par une structure comme ça !". Ca a quand même une certaine réputation d'esprit de famille, et en même temps de bon boulot. La preuve, pour cette tournée, tout est impeccable, Buba, il fait du boulot mais t'as rien à dire, rien à dire. Franchement il n'y a rien à dire ?
R : non, non, c'est vrai.
B : on est accueilli comme des rois par tout le monde, tout est pile poil organisé, à la seconde près...
R : Ouais, le but du truc, c'est d'être le plus pro possible sans jamais se prendre la tête, sans se prendre au sérieux quoi !
B : exactement.
R : tout à l'heure, on discutait avec Bob, quand tu fais de la musique, tu fais de la musique ! Faut pas trop se prendre au sérieux, ça reste du rock 'n' roll. Faut pas non plus se pignoler, se dire "ça y est, je suis sorti de la cuissette à Jupiter", ça c'est une espèce d'attitude qui est vraiment débile ! Tout ce que t'as à faire, c'est remercier le ciel, ou Dieu si tu y crois, ou qui tu veux chaque jour, ou les esprits. Aujourd'hui, tu montes encore sur une scène, et bien, sois plein de gratitudes envers la planète. Moi, c'est un petit peu comme ça que je vois les choses, je ne veux pas me valoriser du fait que je monte sur une scène. Donc, on essaye d'être le plus pro possible pour que ce soit agréable aussi pour les gens qui nous accueillent, dans les salles, etc, que cela ne soit pas une bande de 27 lascars qui viennent juste là pour foutre le bordel, tu vois, de dire "ouais, ouais, on prend possession du truc, à l'abordage", c'est pas du tout le but de l'opération, quoi. On essaye d'être le plus pro possible tout en gardant un esprit à la cool. Parce qu'on est là pour le fun avant tout.
B : même pour les interviews, ça a l'air sérieux tout ça, mais c'est que du rock ! Il y a des trucs beaucoup plus importants, des gens qui vont sauver des vies et dont tu n'entends jamais parler. Nous, on ne fait que du rock, on est là juste pour divertir les gens, juste pour leur apporter du rêve dans leur réalité, qui est des fois un petit peu difficile parce que tu travailles etc. Nous, on a du bol de se lever le matin et dire "on va répéter, on va faire de la musique ". On a du bol, on sait très bien qu'on est privilégié, ça va pas durer longtemps non plus. Enfin, on espère mais ça ne durera jamais longtemps. Moi, j'ai toujours du respect pour les gens qui se sacrifient vraiment. Moi, j'ai pas vraiment l'impression de me sacrifier, je fais ça pour me faire plaisir en 1er, comme tout le monde ici. On se fait plaisir en faisant de la musique.
R : Ouais, c'est sur, c'est pas une mission humanitaire, tu vois, donc on serait vraiment des gros charlots si on commençait à se prendre au sérieux.
B : tu sais, on n'est que des musiciens.
R : nous sommes des troubadours, monseigneur !

Justement, vous parliez de rock, où vous entendez une large définition contenant le hardcore, le punk, la, fusion...Comment voyez-vous l'avenir du rock en France depuis quelques années, avec cette montée de la fusion : y'a t'il un avenir Rock en France aujourd'hui ?
R : Ouais ! De toute façon, le rock, c'est un mutant qui est né il y a une cinquantaine d'années et qui ne va pas arrêter de muter pour autant. Parce que depuis les mecs qui revendiquaient le droit de porter des pompes bleues et de sauter leur copine à l'arrière de leur 4CV, et bien, le discours, il a un petit peu évolué, mais l'impulsion humaine est, je crois, un petit peu la même. Le rock, c'est quoi ? Ça veut dire secouer, donc, tu peux appeler ça fusion, néo métal, rockabbily, punk rock, ou je sais pas quoi.ça reste du rock, basta. C'est de la musique qui est un moyen d'expression que se créent des gens pour en secouer d'autres : c'est ça le rock ! A partir du moment où cet état d'esprit existera, peu importe la musique, peu importe l'instrument, ça sera du rock. Prodigy, c'est du rock, on est d'accord ?
Tout à fait

Est-ce que ça te fais chier quand on te dit que Lofofora c'est LA référence fusion métal depuis 5 ans, et en même temps que Watcha est en passe de devenir aussi énorme, d'être un espoir du rock ?
R : Moi, j'ai pas vraiment l'impression d'être une référence. Je suis pas un maître étalon. On est un groupe de rock, Watcha c'est un autre groupe de rock, BBA c'est un autre groupe de rock, et puis c'est 3 histoires, même si les histoires, elles se retrouvent à être parallèles par moment, je veux dire, c'est quand même 3 histoires bien distinctes, et toutes ces histoires de "fer de lance, porte-parole, nini nana "...
...ça t'embête, Reuno, cette étiquette de meneur d'une certaine scène ?
R : On peut raconter ce qu'on veut sur mon dos, c'est pas pour ça que je m'estime comme étant le leader de quoi que ce soit. Je m'estime même pas être le leader de Lofofora, j'essaye juste d'être le leader de ma propre existence ...
...enfin, moi je vois ça d'un coté positif [R : Ouais ouais !], dans le sens où tu peux lancer des vocations.
R : Moi je suis pas un lieutenant, je suis pas un porte drapeaux non plus.
B : mais c'est pas toi, tu vois ce que je veux dire ? Je pense qu'on fait l'amalgame : on vous dit "le leader ", mais qui dit ça ? C'est la presse, c'est uniquement la presse qui choisit qui est qui, elle te donne des rôles, "lui c'est le chef". Mais moi je n'ai rien demandé, je n'ai jamais dit à une interview "je suis le leader, je suis le chanteur de Watcha donc c'est moi le leader ". Reuno non plus n'a jamais dit ça
R : Moi, c'est la seule fois où j'ai fais changer un mot dans une interview, le journaliste tenait à m'appeler avant de publier le truc, il m'a lu le papier au téléphone, maintenant, ce qu'il a envie de dire, il dit absolument ce qu'il veut ! Le seul mot que j'ai fait enlever de ma vie dans une interview, c'est le mot "leader", parce que non, il n'en est pas question ! Moi, je veux bien devenir le maître du monde, mais le jour où je serais le maître du monde, je dirais "maintenant, je démissionne, démerdez-vous, que chacun se démerde."
B : En fait, c'est la presse qui créée les gens. Je veux dire, il y a plein de gens qui pensent que Watcha "ouah, on vous voit partout, vous devez vendre pleins d'albums ... ". Moi, quand je leur dis la réalité, ils tombent des nues, ils disent "c'est pas possible, vous vendez plus ! ". Le 1er album, c'est entre 6.000 et 7.000 exemplaires.
R : Nous, c'est pareil. Les gens pensent que Lofofora, du fait qu'on existe depuis 10 ans, on a tous des villas avec piscine, et qu'on roule avec en limousine ! Moi, j'ai dû attendre l'été dernier pour acheter une voiture à 20.000 balles ! C'est quand même pas un truc de dingue au niveau du rythme de vie. J'ai dû économiser pendant un paquet de temps pour arriver à ça.
Sriracha Tour 1 : Bob mais moi je vois ça en dehors de la presse [R : ouais]. Personnellement, j'ai eu envie de faire de la musique en écoutant Lofo et un paquet de trucs !
R : si on donne envie à des gens de faire de la musique, moi, j'en suis humblement flatté, je me dis "ouah, c'est classe, j'ai même pas senti que ça, ça sortait de moi, ce truc qui pouvait donner à d'autres l'envie de faire la même chose". Maintenant, si c'est le cas, je ne suis qu'un instrument qui véhicule ces vibrations là. J'ai pas vraiment l'impression d'en être vraiment générateur quand même. Moi, il y a d'autres gens qui m'ont donné cette envie là, avant, et puis si cette envie là, tu la retransmets, alors c'est comme un cuisinier qui fait tellement bien la bouffe que t'as envie de savoir sa recette, "moi aussi, j'aimerais bien faire à manger comme toi parce que ça à l'air d'être kiffant". Si c'est dans cet esprit là, d'accord, mais pas plus. [...] Faire tourner des groupes avec nous, c'était du plaisir, c'est pas un effort qu'on a fait, un plaisir qu'on avait envie de faire partager. Si ça, ça se produit, et bien tant mieux, mais c'est un bonheur que je ressens plus qu'une médaille que je veux accrocher à mon veston. C'est clair et net

Et de même, est ce que ça vous emmerde d'être catalogué dans un certain style comme on va dire : Lofo / fusion, Watcha / néo métal...
R : oui, c'est pour ça, je dis tout le temps "on fait du rock ", basta.
B : mais quelque part, les gens ont besoin de références, donc, à chaque fois, t'es obligé de mettre une étiquette : il n'y a pas encore l'ouverture qu'il y a dans les autres pays. En France, toujours, on catalogue dans un style. Il faut oublier, franchement, c'est bien ce qu'a dit Reuno : c'est rock. Voilà on fait du rock.
R : rock, j'te dis, l'origine du mot, c'est secouer et c'est juste ça qu'on essaye de faire. Après tout, peu importe les moyens. pourvu qu'on ait l'ivresse (rires)

Reuno, tu as fait une intervention sur le dernier album de Masnada (Mas 001) en tant que...
R : ... invité surprise (rires)
voilà ! Est-ce que, pour les lecteurs du W-Fenec, tu pourrais nous balancer une petite anecdote sur eux ?
R : euh, des anecdotes sur les Masnada, je peux pas balancer comme ça, ça va être des trucs limite compromettants ! Donc, je sais pas, euh...non, tous les trucs que j'ai de compromettants pour eux, ils le sont aussi pour nous, donc je ne peux pas (rires) Non, sinon, G-rem fait ses prises de voix à poil, mais bon, je pense que tous les gens qui ont l'album le savent, vu que dans la partie CD-Rom, tu vois son cul et je crois que c'est une des principales raisons pour acheter cet album qui est excellent (rires)

Reuno, on connaît ton point de vue concernant le fanatisme de certaines personnes : Watcha et BBA, quel est votre sentiment face à des réactions fanatiques de certains membres du public, limite à vous aduler ?
B : Ben moi je leur dis une seule chose : j'ai déjà vu des gens venir vers moi et se mettre à genoux devant moi, je me sens vraiment gêné déjà, je lui dis "attends, relève-toi, je suis comme toi, je me lève le matin, je vais me brosser les dents, je vais chier comme tout le monde"
R : il pu de la gueule ! (rires)
B : je lui dis "je suis comme toi !". Il y a des limites. La personne qui vient me voir et qui me demande un autographe, tout ça, et bien il n'y a aucun problème, c'est avec plaisir car ça m'aurait fait plaisir de voir mon groupe préféré se balader dans la salle, moi je lui aurais demander la même chose. Donc je fais exactement ça, mais, trop fanatique, je dis "j'suis pareil que toi, pareil". C'est pas possible que je sois supérieur, je ne fais que du rock !
R : c'est face à des comportements que je trouvais vraiment limite que j'ai eu le besoin d'écrire un morceau qui s'appelle "Charisman" (sur Dur comme fer), où je crois que je raconte un peu tout ce que j'en pense. C'est pas par ce qu'à partir du moment où tu es sous un projecteur, avec un micro et que tu es sur une estrade, donc un petit peu plus haut et que tu as des gens qui sont venus pour te voir que tu vaux mieux qu'eux. Et je crois que j'ai essayer de m'expliquer à travers ce texte là, qui est quand même, j'espère, assez clair.

Qu'est ce que vous écoutez actuellement ?
B : Tea Party, un groupe canadien, super groupe style Doors, Led Zeppelin. Un groupe suédois aussi, Eleven Pictures, et Meshugga tout le temps, tout le temps.
R : Moi, les derniers disques que j'ai acheté, du fait que j'habite au soleil maintenant, j'écoute moins de hardcore et plus de rock qui brasse, du style, j'écoute en ce moment vachement le dernier album de Nashville Pussy, et le dernier album de Queens of the stone age, qui est, pour moi, vraiment une tuerie. C'est vraiment un super bel album. Si tous les albums pouvaient avoir autant de créativité, tu vois, ça serait... le paradis sur terre.
BBA : nous, on est encore bien dans le béton, donc on écoute encore pas mal de métal, le dernier Madball qui est bien terrible, le dernier Cypress Hill aussi qui m'a bien plu, et puis, en plus cool, le dernier disque de Fionna Apple, que je trouve, au niveau des ambiances, vraiment terrifiant.

Est-ce qu'on peut avoir aujourd'hui un petit bilan de cette mini-tournée Sriracha, autant au niveau humain qu'au niveau musical ?
R : je crois que ça a été du billard, du billard avec des barbelés autour, mais du billard quand même (rires)
Est-ce que vous avez envie de renouveler ça ?
R : ouais, ouais, comme je disais tout à l'heure, Tu vois, je me disais, "ok, ça va être chaud". Par exemple, même Lofo, avec qui on a fait beaucoup, beaucoup de concerts, enchaîner 6 concerts à la suite, c'est quelque chose que l'on a fait que très rarement, et puis, on va en avoir un 7ème après demain, donc c'est un rythme assez intense. C'est déjà un espèce de challenge envers toi et puis ton groupe, Et puis, après, c'est le fait de dire "on va être 25 mecs et 2 nanas dans un bus à deux étages pendant une semaine". C'est pareil, tu peux te dire, soit ça va bien se passer, soit ça va mal se passer. Maintenant, je crois que tout le monde a apporté du sien pour que cela se passe bien, et je suis particulièrement fier de tout le monde. C'est con, mais plus que le "faya" qu'il y a pu y avoir dans les salles, sur scène et tout, moi, le truc qui m'a le plus touché cette semaine, c'est de voir que tout le monde s'est vachement bien supporté, voir bien entendu, et qu'il y a une vraie fibre humaine qui s'est tissé entre nous, et je pense que c'est un vrai truc solide.
et c'est pour ça que vous êtes reparti en tournée alors que vous n'avez pas forcement d'actualité ?
R : ouais, c'est ça, c'est Buba, de qui on parle depuis tout à l'heure qui est notre régisseur depuis 8 ans sur la route, C'est lui qui est notre booker, c'est à dire que c'est lui qui deale nos dates à travers la France depuis 1 an et demi maintenant, et c'est lui qui a eu un peu cette idée là de dire "tiens, faire tourner BBA, Watcha, Lofofora, ça ferait un plateau d'enfer !" Et quand il nous a parlé de ça, évidemment qu'on a été d'accord, même si nous, on était dans une phase à se dire "bon, allez, ça y est, la tournée Dur comme fer, elle est finie, on passe à autre chose, il faut que l'on recompose et tout" mais il nous a dit "allez les gars, encore un petit coup là, pour finir en beauté !", et quand on t'annonce ça, faire 7 dates à trois groupes, comme ça, tu dis ouais, évidemment. Ça fait des années que j'en rêve, alors, tête baissée !!!
et pourquoi BBA ? C'est les chouchous ?
R : ouais, c'est ça (rires).
BBA : on suce bien ! (rires)
R : BBA, je vais te dire, la 1ère fois, c'est une nana sur un parking qui me fait "tiens, t'es le chanteur de Lofo, écoute ça, ça va te plaire !" elle m'a mis ça sur les oreilles, et il y avait Phil' pas loin, je l'ai appelé et tout, "hé, viens écouter ça, ça dépouille !" Et puis voilà, ça a été ça le premier contact, puis après, on s'est vu, on s'est croisé, maintenant, on répète dans le même local, on se croise sans arrêt. Maintenant, on a brûlé les planches ensemble, et voilà quoi. Moi, comme je te disais tout à l'heure, l'état d'esprit qu'il y a dans Sriracha, c'est un certain respect et une certaine authenticité. Et puis, c'est pas parce qu'ils sont à cotés de moi et qu 'ils sont deux alors que je suis tout seul... merde ils sont 4 maintenant (rires)... Mais bon, voilà, c'est des mecs qui ne se la jouent pas, qui ne sont pas là pour jouer la comédie, Ils sont là pour mettre leurs couilles en avant, et puis, soit ça te plait et tu restes là à faire le con ou tu restes la bouche ouverte jusqu'à la fin de leur set, soit c'est trop fort pour toi, puis tu vas pleurer dans les robes de ta mère ! (rires)

les projets des groupes (Bob est parti juste avant cette question pour faire sa balance) : pour Lofo, c'est donc un live ?
R : ouais, je te disais, un double album avec une galette live et une galette enregistrée pour l'occasion avec des trucs qui n'auraient peut-être pas leur place dans un prochain album de Lofo, et on va donc les mettre là.
et pour BBA, après le Sriracha Tour ?
BBA : on se remet sur l'album, on cherche à faire le 1er album, On a pratiquement tous les titres, on a commencé des pré-maquettes. Donc, on rentre de la tournée, on rebosse studio, pré-maquettes, on arrange tout ça et on essaye de bien s'organiser de manière que ça puisse sortir début 2001. Hyper motivés, on a pu tester quelques compos sur scène pendant cette tournée, des petits arrangements qu'on changera...Puis, on va essayer de sortir ça rapidement parce que nous, on a vachement envie de repartir avec un album sous le bras, taper une tournée un peu plus balèze. C'est une envie qui est là, hyper présente. En même temps, ça va bien nous motiver pour faire un travail qui est peut être un peu plus fastidieux, ou plus recherché, qui correspond peut être moins à BBA qui est surtout fait pour le live et l'énergie, mais qui est à la fois, pour nous, un challenge que l'on veut réussir. On est super motivé pour le faire, et justement, pouvoir repartir avec un bon disque, une tournée, d'offrir ça aux gens et de voir comment ils le ressentent.

Gui de Champi et Vincent Lavigne (Stras mag) : un petit mot pour le W-Fenec et Stras Mag ?
BBA : on vous remercie bien d'avoir été là, de nous avoir donner l'occasion de discuter un peu, et on espère que l'on se reverra. Et puis, vous allez surtout passer une bonne rée-soi à Strasbourg ce soir (rires)
R : continuez comme ça les gars ! De toute façon, on vous le disait tout à l'heure, il n'y a pas que les gros médias, les gros moyens de communication pour qu'on puisse exister. Nous, au départ, les premières personnes à s'être intéressées à Lofofora avant que l'on ait signé, avant que l'on ait fait quoique ce soit, c'était les fanzines, les petites émissions radio. Maintenant, on ne vous tourne pas le dos, enfin, je ne dis pas ça pour nous valoriser, mais je veux dire que l'on considère toujours ça comme une part essentielle, si ce n'est le fondement du mouvement underground. Donc, continuez.