Après une nuit à peine perturbée par un jeune homme dont l'objectif était visiblement de réveiller tous le campement, ("debout tout le monde, réveillez-vous là-dedans" ) mais très vite calmé par des festivaliers désireux de prendre un minimum de repos, nous attendons de pied ferme la deuxième salve de concerts après une première soirée réussie. La programmation du deuxième soir est très éclectique, allant du trip-hop au métal en passant par le ska. Légère inquiétude vis-à-vis du temps, qui toute la journée oscille entre pluie et éclaircies.
Le soir arrive enfin, et Martymen ouvre la soirée sous la pluie. Groupe de reggae haut-savoyard, vainqueurs du tremplin albertvillois, il lui incombe la difficile tâche de réchauffer le public et de le convaincre de braver la pluie pour s'approcher de la scène. Et il faut dire qu'il s'en est très bien sorti, grâce à leur reggae classique mais de très bonne qualité, à de remarquées choristes et à la bonne humeur qui se dégage de leur musique. Et ô joie, au cours du concert la pluie cesse, pour ne plus revenir de la soirée !
Après ce bon départ, viens le tour de l'Orchestre Anonyme, définit comme de la "chanson festive". Emmené par une chanteuse charismatique, l'Orchestre (il y a bien une dizaine de musiciens) séduit une bonne partie du public avec ses chansons enjouées et des textes vivants et pleins d'humour. L'ambiance, loin de retomber, franchit un pallier supplémentaire. Il y aura même un début de pogo (!) vers la fin du set, alors que la musique ne s'y prète pas vraiment, mais une partie du public a vraiment envie de bouger, chauffée par les groupes et désirant certainement se réchauffer car même si la pluie a cessé, il fait relativement froid.
Cette frange du public a certainement du être frustrée ("ptain, c'est mou") par l'arrivée de Mig, groupe de trip-hop grenoblois. Car comme l'a annoncé la chanteuse du groupe, ils sont "le calme avant la tempête". Mais au bout de quelques chansons, le public a été littéralement conquis par la musique et surtout la voix de Djazia, qui est tout simplement impressionnante et qui a scotché tout le monde. Comme dit l'organisateur, qui est un poète, "ça vous fait un trou où vous en avez déjà un" ! Il est rare d'avoir des frissons en écoutant de la musique, mais vers la fin du concert, lors de ce qui s'avèrera être une impro, l'émotion procurée par la voix et la musique a atteint des sommets. Ajoutons a cela que la chanteuse est charmante, qu'elle a du répondant, car elle a très bien géré quelques interventions de membres mâles du public qui l'ont un peu chahutée ("t'es bonne !").
J'ai a eu la chance de pouvoir discuter avec elle tout de suite après le concert, assez impressionné tout de même au vu sa performance. La discussion fut très agréable, Djazia étant vraiment très sympa et décidément bien jolie (désolé pour les approximations je n'avais pas de dictaphone).

Djazia : Le groupe était assez stressé avant de monter sur scène, on appréhendait un peu la réaction du public la programmation étant très éclectique et notre musique assez peu festive comparativement à celle des autres groupes. Mais nous avons été agréablement surpris par la réaction du public, et nous avons éte vraiment étonnés d'avoir eu droit à un rappel. J'apprécie beaucoup l'ambiance festival, et celui-là est vraiment sympa et bien organisé (...) Nous avons joué ce soir des chansons qui ne sont pas sur notre 6 titres, et qui seront sur notre prochain album. Nous sommes un groupe relativement récent, et il y a eu un changement de guitariste il y a un an environ. Nous avons encore assez peu tourné (sauf lors de la tournée en première partie de Sinsémilia) et nous allons faire pas mal de scène. D'ailleurs, nous allons jouer en novembre au Summum en tête d'affiche, Summum qui sera dans une configuration spéciale pour ce concert.
Je situe le groupe entre Portishead, pour la voix féminine, et Ekova, pour les influences World.
Djazia : C'est très flatteur ! Comme nous sommes un groupe jeune, notre style n'est pas encore tout à fait défini, d'autant plus que le nouveau guitariste a apporté ses influences. Mais nous avons une base stable trip-hop, à partir de laquelle nous incluons d'autres éléments et d'où nous évoluerons...

C'est charmé que je laisse Djazia, car retentissent les premiers accords de Maczde Carpate. Arrive le tour de Maczde Carpate donc, groupe de rock chambérien, dont le principal fait d'arme pour l'instant est une première partie aux Francofolies devant des groupes comme Mass Hysteria, Ska-P et la Ruda Salska. J'ai eu l'occasion de voir le groupe régulièrement ces 2 dernières années, et il est impressionnant de voir a quel point ils progressent régulièrement. Leur prestation de ce soir est principalement axée sur leur dernier 7 titres, A l'intérieur, qui sortira en octobre, plus quelques titres de leur premier album Discomouche. Leur concert de ce soir fut très convaincant, le groupe alternant couplets mélancoliques et refrains énergiques, et affichant une bonne cohésion. Le chanteur, Benjamin, a séduit le public avec sa voix et sa danse, hum, étrange. Comme je l'ai dit, le public était assez chaud, et a parfaitement répondu présent, pogotant et slamant en rythme, ce qui donne au final un excellent concert.
J'ai aussi eu l'occasion de m'entretenir avec les membres du groupe, Benjamin (chant), Bertrand (basse), et Pierre (batterie), et Maël (guitariste) qui même si ils sont moins charmants que Djazia (désolé les mecs), sont très sympa aussi.

Maczde Carpate : Le concert de ce soir était vraiment bien, le public était vraiment très en forme ! C'est même une des première fois qu'il y a du stage-diving (ou slam) lors de l'un de nos concert ! C'est peut-être même un de nos meilleurs concerts de l'année, même si nous avons encore besoin de tourner pour nous perfectionner car il y a encore trop de pains...
Nous sortons un sept titre en octobre, nous ne sortons pas un album entier pour des questions de budget. Actuellement nous ne sommes plus sur le label Spirit of the jungle, mais nous ne cherchons pas spécialement de labels, nous voulons surtout tourner.
Comment voyez-vous votre progression depuis 2-3 ans ?
MC : Et bien nous progressons, lentement mais nous progressons. Nous avons franchi une sorte d'étape l'année dernière car nous avons arrêter nos jobs respectifs pour ce concentrer sur le groupe. Il y a aussi eu les Francofolies de la Rochelle, où nous avons gagné un tremplin l'année dernière, ce qui nous a permit de décrocher la première parie de cette année et de participer au "chantier" des francos, une structure qui aide les jeunes groupes, ce qui fut une expérience très intéressante et importante.

Le concert de Spook and the Guay étant déjà commencé, je laisse le groupe en oubliant de leur demander la signification de leur mystérieux patronyme... ce sera pour la prochaine fois ! C'est donc le tour de Spook and the Guay, la tête d'affiche de la soirée. Assumant sans problème leur statut, les Toulousains ont vraiment mis le feu au fort avec leur ska original, évitant les clichés du genre grâce à des influences latino et un chant parfois en espagnol. Malgré l'arrivée du brouillard, le public déjà très réactif c'est véritablement déchaîné, le groupe le lui rendant bien en faisant un long rappel de 4 chansons. Ils ont apportés le soleil du sud jusque dans nos montagnes, qui en ont bien besoin en ce moment. Difficile de passer après eux, une partie du public quittant même le fort après leur concert.
Erreur funeste, ils ont raté Los Bastardos, groupe de métal crossover italien (c'est à dire incluant des influences diverses (comme le jazz) dans leur musique). Salauds de programmateurs, ils ont voulu nous achever et ils ont réussi ! De loin le groupe le plus violent de la soirée, leur chanteur est une véritable boule de nerf, il se déchaîne en sautant partout sur la scène lors des passages rapides, et ce malgré l'heure tardive. Les courageux restant n'auront pas été déçus, et c'est ainsi que se termine le rock au fort version 2002, après une dernière avalanche de décibels. Vivement l'année prochaine !