Rock En Seine 2011 Rock en Seine, selon les avis c'est :

- Un des meilleurs festivals de France avec une programmation qui fait baver

- La grande kermesse à prix exorbitant de fin d'été mais sans grosse ambiance

- Un repaire de parisiens lookés qui regardent poliment les concerts

Rock en Seine est donc un vrai paradoxe car c'est définitivement tout ça à la fois.

Petit résumé rapide : l'année dernière votre humble serviteur s'était demandé s'il y retournerait. La faute à des détails qui restent en travers de la gorge, la bizarre impression de s'être fait plumé comme la dinde de votre mère à Noël. Un festival sans chaleur (au propre comme au figuré), sans folie (programmation sans risque avec de grosses têtes d'affiches qui font rêver), à des tarifs digne d'une station de ski suisse (paie ta bière à 8 euros !) et un service presse qui laisse à désirer (impossibilité d'avoir une accréditation). Mais il y a déjà un an au bruit de la rumeur, on se sentait fébrile : "les Foo Fighters pourraient être de la partie" nous disait-on. Et engagement tenu pour cette édition 2011 ! La bande à David Chaussure... heu... Dave Grohl sont bien programmés aux côtés de noms pas moins alléchants : Death From Above 1979, Biffy Clyro, Interpol, Arctic Monkeys... Alors, accréditation ou pas, le rendez-vous était pris. C'est pas moins de 108 000 festivaliers qui ont foulé le sol du domaine de Saint Cloud qui s'est doté d'une nouvelle scène cette année. Le tout pour assister à de très, très grands moments.


Vendredi 26 août

La première claque de la journée est distribuée assez tôt (vers 16h) par des écossais barbus et tatoués répondant au nom de Biffy Clyro. Et quelle claque ! Un son moderne et puissant au service d'un public emballé qui chante en chœur tous les tubes qu'alignent avec application les trois amis d'enfance. Il s'agissait du dernier concert d'une tournée de deux ans et on peut dire que le groupe n'a perdu ni de son énergie, ni de sa sensibilité, passant de ballades à hymnes rock sans la moindre hésitation.

Odd Future, déjà aperçu aux Eurockéennes, distribue des claques à un public conquis. Ruez-vous sur l'album de son leader, Tyler The Creator, histoire de voir que le hip hop américain ne se résume pas au bling-bling et à l'Auto Tune ! Ensuite, Il sera dur d'assister au naufrage d'Herman Dune qui de sa folk personnelle est passé à une mièvrerie insupportable qui ne convainc pas grand monde. Les petits gars de Funeral Party seront bien moins convaincants qu'aux Eurockéennes malgré une réelle énergie mais leur set écourté pour des problèmes de voix du chanteur n'arrangera pas les choses.

Il y a du monde devant la grande scène : le duo sexy de The Kills commence son set... Et déçoit. N'en déplaisent à certains parisiens, Alisson Mosshart et Jamie Hince ont perdu cette touche qui est devenu ni plus ni moins qu'une marque de fabrique pour magazines branchés. Qu'ils singent d'ailleurs eux mêmes pendant une heure pénible avec un son plus que désirable. Certain(e)s dans le public, parfaites copies du duo, semblent n'y prêter guère attention et se dandinent mollement histoire sans doute de dire qu'"ils ont adoré et que c'était trop la classe".

General Elektriks joue paraît-il. Qu'importe. Il est hors de question d'être mal placé pour ce qui s'annonce comme LE concert de ces trois jours, voir le show de l'année pour certains avec les Foo Fighters. Excusez-du peu. Et après une attente où l'on se sent fébrile, il est là. Dave Grohl himself. L'homme ayant l'une des plus grosses carrières musicales de ces vingt dernières années : Nirvana, Queens Of The Stone Age, Them Crooked Vultures et Foo Fighters. N'importe quel musicien tuerait père et mère pour être membre ne serait-ce que d'un seul de ces groupes et Monsieur Chaussure a le culot d'avoir tout fait et surtout d'avoir marqué son empreinte dans la musique rock en général. Et ça donne quoi en live ? On serait tenté de dire qu'on a pris un 747 dans la figure. Un son totalement rock'n'roll, une mise en scène sobre, une setlist en forme de best of, une patate qu'envierait le lapin Duracell, un public en communion et surtout une envie phénoménale. Comment un groupe peut-il autant s'éclater et enchaîner les tubes d'une manière si carrée et cool à la fois ?
Certains trouveront à redire et on ne saurait leur reprocher : certaines chansons sont moins passionnantes que d'autres et Dave Grohl se fait applaudir dès qu'il lève le petit doigt et, donc, en joue beaucoup. Mais tout de même, objectivement, le public de Rock en Seine a pris une énorme leçon de générosité et de musicalité pendant deux heures alors que le concert devait en faire une heure et demie.

On pense alors au pauvre Yuksek qui a du se sentir bien seul car programmé en même temps. Mais à croire certains articles parisiens un peu snob et volontairement dénigrants, c'était à tomber par terre par rapport aux Foo Fighters qui "dans un monde normal, s'il n'avait jamais connu Nirvana, [...] jouerait pour quelques bikers dans une taverne en rondin de l'arrière-pays de Seattle". Si on était mauvaise langue, on dirait qu'il faut bien amortir et promouvoir ce pour quoi on a été payés. Des étoiles pleins les yeux, le cœur fébrile et le sourire aux lèvres. On a connu pire comme état pour aller se coucher.


Samedi 27 août

La journée commence avec Cage The Elephant qui a décidé d'en découdre et s'avère plus que convaincant. A suivre !

Les fameux Blonde Redhead investissent avec une très glande classe la grande scène pour un moment très musical prouvant qu'ils n'ont pas usurpé leur notoriété. Le public est conquis et l'ambiance se réchauffe carrément pour s'écrouler aussi vite... La pluie se met à tomber alors que les BB Brunes commencent leur set : on en déduira ce qu'on voudra ! Il est temps d'aller dire au revoir au bouillonnant Mike Skinner qui a annoncé la fin de son projet The Streets. Et quel adieu ! Les tubes s'enchaînent, le jeune anglais n'a rien perdu de sa verve. Un grand moment. On en dira pas autant des décevantes CocoRosie qui ont livré des albums passionnants. Mais quel concert pompeux ! Avec un vieil écran minuscule qui diffuse trois vidéos au ralenti. On a vu mieux et on leur souhaite d'y arriver.

Autre concert très attendu : Interpol. Et on ne peut pas dire que les choses s'améliorent pour la bande à Paul Banks. Un concert avec peu d'entrain qui, avouons-le, doit être beaucoup plus sympathique dans une salle de 2000 personnes. Même crainte pour Death From Above 1979. Le duo s'est reformé mais aura-t-il retrouvé sa fougue originelle ? La sentence est donnée immédiatement dès que le groupe entame avec "Going Steady" : la folie est palpable et contagieuse. Un concert qui montre, comme le faisaient les regrettés At The Drive In, qu'on peut jouer à l'arrache et que l'envie seule peut suffire. On ne regrettera pas d'avoir manqué le "nouveau phénomène" WU LYF qui jouait pendant.

On notera la jolie prestation de Keren Ann qui a su insuffler une grande touche rock à ses prestations sans verser dans le "grand public". On aimerait être aussi magnanime à propos des Arctic Monkeys. En live c'est toujours le même constat : c'est propre, ça joue très bien mais qu'est ce qu'on s'ennuie (ils auraient dû aller voir Death From Above 1979 !). Le public semble pourtant s'y retrouver : il s'agit donc bien d'un problème de goûts et de couleurs rien de plus. Sexy Sushi s'avèrera aussi inintéressant que prévu mais semble satisfaire les adolescents parisiens et tant mieux pour eux ! Il paraît qu'Etienne de Crécy avait un superbe visuel. On en saura rien, la fatigue ayant eu raison de nombreux festivaliers.


Dimanche 28 août

La programmation prête à sourire : les mythiques Deftones vont se produire après... Simple Plan et My Chemical Romance. On appelle ça une réponse graduée.

Lilly Wood & The Prick a bien tourné cette année et ça se sent. Un set carré qui semble être apprécié. Les programmateurs ont cru avoir le nez creux en programmant The La's et on les comprend. Il s'agit d'un groupe mythique des années 80 qui n'avait sorti qu'un seul album chéri par tous les fans de new wave et reformé pour cette unique occasion. Le groupe entame ses balances devant nos yeux ébahis. Mais après quelques minutes, on se frotte les yeux, on se bouche les oreilles, on doute... Ce ne sont pas les balances. C'est le concert. Et on assiste gêné à un groupe qui joue mal car n'ayant sans doute pratiqué depuis quelques années. Le public devient clairsemé en riant doucement pour ne pas non plus trop se moquer. Les organisateurs eux mêmes ont reconnu par la suite leur "erreur" par communiqué de presse.

Un autre spectacle de guignols est en cours : Simple Plan. En soit, c'est bien fait mais c'est tellement gentillet que c'en est risible. Une armée de (jeunes) fans se trouve au premier rang mais le reste du public majoritairement présent est plus ou moins hilare dans une ambiance bon enfant. On ne pourra pas reprocher grand chose aux Québécois si ce n'est d'être vraiment trop proprets. My Chemical Romance enchaîne et on grimpe d'un cran. Certes le groupe est discutable dans ses goûts musicaux et vestimentaires mais les potes de Thursday donnent eux aussi une leçon venue d'outre Atlantique à savoir un son parfait, une exécution carrée et une prestation intense qui ne souffre que de peu de défauts si ce n'est de pas plaire au plus grand nombre.

Rivés contre la barrière, on attend Deftones, seul groupe étiqueté "métal" (ne jouons pas sur les mots) de ces trois jours. Soyons honnêtes, ça n'a pas été la meilleure de leurs prestations. Mais tout de même ! Un son énorme et puissant, un Chino Moreno explosif et une ambiance de fans pure et dure. Le quintet de Sacramento nous a livré de plus ou moins grands moments en visitant tous leurs albums inclassables et magiques. Et on se prendra la claque d'une découverte (enfin une !) avec les excellents Trentemøller qui donnent dans l'electro jubilatoire. Enfin, Archive clôture en beauté la soirée accompagné d'un orchestre symphonique mais la fatigue (encore elle !) écourtera le plaisir. C'est à la fois enjoué et interrogateur qu'on quitte péniblement les lieux. Le trajet est long, laissant le temps à un combat mental qui prend place chez le passionné de musique.

Le match Rock en Seine : la musique VS l'organisation ou quand la forme et le fond ne font pas bon ménage. Ding ! Ding ! Ding ! Welcome to the main event and let's get ready tooooooooooo rumble ! A ma droite, de la musique de qualité pendant trois jours. Avec des prestations techniques irréprochables. A ma gauche une organisation dénuée de toute qualité humaine.

Car Rock en Seine, rappelons-le, est un énorme business. Et entre chaque concert, chaque bière bue, chaque sandwich acheté, chaque déplacement difficile renvoie à une dure réalité : on ne sent pas le festival "familial" ou "associatif". Là, on est dans le dur. Tout est cher. Le billet, la nourriture, la bière coupée à l'eau... Alors certes il faut bien la payer cette programmation. Mais tout de même. Vu le nombre colossal de gens (108 000 festivaliers en trois jours), on se dit que le site est bien trop petit car on se déplace péniblement d'une scène à l'autre. Mais un billet vendu est un billet vendu et un euro c'est un euro paraît-il. Mais nouveau paradoxe : du monde = une ambiance de dingue. Non pas encore cette fois-ci. On passe de grands moments dans une ambiance morne avec un public très apprêté.

On dit qu'en amour il faut éviter les comparaisons mais les Eurockéennes sont par exemple bien plus fun. Alors oui, à Rock en Seine l'organisation est au poil mais tout est bien trop sage et policé. On se sent un peu à part de certaines personnes présentes issues d'un certain milieu parisien. A en lire certaines autres chroniques vues ci et là, on sent que certains sont plus venus se montrer et chroniquer des concerts vaguement écoutés entre deux bières au bar pro, plus pour le statut de journaliste musical que par véritable passion. Et quand on se dit qu'au W-fenec, on n'a pas pu avoir d'accréditation, on enrage un peu. Mais qu'importe vu la qualité de la programmation qui ira forcément, on le souhaite, vers le haut, on se surprend déjà à se dire en se couchant : "vivement Rock en Seine 2012".

Ding! Ding ! KO ! - Le fond 1, la forme 0.