Cave in Cave in Tout commence jeudi après-midi avec les jeunes de The Coral, six anglais dans le vent, qui proposent un rock aux influences multiples et colorées, amusant et efficace. Jouant sur un look rétro totalement débraillé et un charme frais de jeunesse, The Coral séduit et joue la carte de l'audace, en envoyant après trois ou quatre trop brèves chansons (de cette catégorie parfaite aux refrains inoubliables) une longue outro instrumentale barrée, histoire de donner au public envie d'en voie plus. Court et divertissant, une excellente mise en jambe.
On passera sous silence la prestation (?) d'Alien Ant Farm, d'une triste platitude (mais une question persiste : combien d'année de philo a-t-il fallut au chanteur pour produire des raisonnements genre "vous savez, on a eu un grave accident de tourbus il y a peu, alors si vous nous respectez, on vous respecte" ?). La pluie est déjà au rendez-vous devant la skate-stage pour le concert de Mad Caddies, ce qui n'empêchera pas les Californiens de fournir un set décapant de bonne humeur et de tonus, servi par une section cuivre imparable et une voix en or. Sceptique au départ, j'avais oublié combien les compositions de Mad Caddies étaient efficaces, tant les vieux classiques que les extraits du récents Just one more. C'est donc avec regret qu'on les quitte avant la fin du set (mais après un ô combien délectable "Mary melody"), histoire de ne pas rater le début de Sparta.
Cela fait un bout de temps que les quatre d'El Paso sont sur les routes avec dans leur bagage leur premier album (ils étaient d'ailleurs au Pukkelpop 2002), et force est de constater qu'ils sont parfaitement rôdés. Energiques, les chansons de Wiretap scars s'enchaînent parfaitement. On ne peut que regretter les quelques faiblesses au niveau du chant (déjà que Jim Ward n'est pas spécialement un chanteur à voix, alors si en plus on le noie sous les guitares...), petit détail qui manque pour que Sparta domine totalement son public et devienne une puissante machine de scène. Et arrive l'inévitable et obligé passage sur l'organisation plus qu'aléatoire du festival : pourquoi, mais pourquoi s'acharnent-ils à imprimer (et distribuer) des horaires certes très jolis mais totalement faux, pour s'entêter à de toute façon en imprimer (et distribuer) d'autres agrémentés de la mention "dernière minute" qui sont également totalement faux ? Résultat : on se retrouve avec cinq programmes différents, et complètement ignorants quant à l'heure où joueront Rancid, Reel Big Fish ou Less Than Jake...
the reel big fish Le Pukkelpop maintient sa grande tradition des surprises, on ne sait jamais qui on verra débarquer sur scène. C'est ainsi qu'on manque la moitié des prestations de Reel Big Fish et Rancid. Les premiers font en tout cas toujours preuve d'un humour rafraîchissant et d'une présence scénique pleine de vitalité, enchaînant les tubes malgré la pluie (qui de toute façon n'était rien d'autre que de l'amour liquide – sic), et s'amusant à embrouiller le public (et une question persiste : combien de personnes seront persuadées d'avoir vu un autre groupe, à cause des multiples "Merci, on est BoySetsFire", "Salut, on est Rancid"ou "Au revoir, on était Staind", n'allez pas voir Reel Big Fish, ils sont nuls !" ?).
Quant aux seconds (enfin les trois chansons que j'ai pu en voir) ils auront fourni un set sans surprise, de quoi ravir un public qui ne les voit pas assez souvent. La soirée se poursuit dans le même genre d'ambiance, on boude Staind pour les Floridiens survoltés de Mad Caddies. Même sans le type déguisé en squelette qui ne sert à rien si ce n'est faire le clown sur scène (principal intérêt du groupe selon moi), il assure toujours, et fait remuer le public plus que jamais (ou lui faisant faire n'importe quoi, c'est selon). Les chansons sont simples (qui a dit "toutes les mêmes"?), Less Than Jake puise allègrement dans son réservoir à succès. La prestation ne vaut rien artistiquement ou intellectuellement parlant, mais qu'est ce que ça réchauffe les jambes !
Impossible de terminer la nuit avec Mogwai tant le marquee est plein (pluie ou curiosité ?) et c'est avec satisfaction qu'on rejoint sa tente, se disant que rarement une première journée de festival aura été de telle qualité.

Plus satisfaisants encore seront les deux jours suivants. Pour résumer un peu facilement, je dirais que ces quarante-huit heures de concerts survoltés m'ont véritablement redonné foi dans le Rock'n roll. On a assez discouru à propos de ce fameux revival du rock ancestral, entre pillage musical et concours vestimentaire... >Mais quand on a droit à la crème des jeunes loups sur scène, on oublie rapidement toute théorie snob pour simplement apprécier cette intensité dingue, cette musique qui transpire le sexe, ces guitares qui écorchent ou pleurent. L'organisation du festival, elle, est toujours douteuse, les annulations pleuvent (à coup d'austères "Ska-P anuleert" qui clignotent en rouge, sous la pluie). En ce début de vendredi, on erre donc entre Cave In – impressionnant de contraste – et les Black Keys – duo blues-rock râpeux et rageur.
Ce n'est qu'avec Hot Hot Heat que les choses sérieuses commencent. Il y avait bien longtemps qu'un groupe aussi accrocheur n'avait pas défrayé la chronique, et sur scène, les Canadiens revisitent admirablement leur répertoire de chansons parfaites, tout en ayant l'air de s'amuser follement. Sympathique, spontané, énergique et dansant, Hot Hot Heat a prouvé que la hype médiatique était méritée.
the mars volta the mars volta Ce qui ne sera pas le cas des Raveonettes, plus que décevants... Vendus comme un duo, le groupe présent sur la mainstage compte cinq musiciens, et on a l'impression de s'être fait avoir par une stratégie marketing (les White Stripes nordiques, qu'ils disaient). De plus, leur musique n'est pas inintéressante, mais linéaire, voguant aux limites de la platitude. The Kills, par contre, sont bel et bien deux à prendre possession de la scène du marquee. Elle est époustouflante de beauté et de timidité, planquée derrière une masse de cheveux, obligée d'allumer cigarette sur cigarette pour ne pas perdre contenance et devoir affronter le public du regard. Lui semble consumé de rage froide, concentré sur sa guitare, hurlant les paroles en même temps qu'elle comme pour la soutenir, protecteur et défiant. Les Kills semblent avant tout jouer pour eux-mêmes, souvent face à face, crachant des lignes de guitares amères dans un souffle nerveux, alignant avec urgense les titres de Keep on your mean side. Mais au-delà de la musique, ce qui se passe sur scène est un combat intensément humain, charnel. Plus qu'un groupe, il s'agit d'une présence (qui n'attire pas d'ailleurs que la curiosité du public, nombre de membres des Datsuns, Hot Hot Heat ou tout autres jeunes gens bien habillés étant présents sur le côté de la scène pour le prouver). On croyait avoir assisté à quelque chose d'hallucinant, mais ce n'était rien comparé aux Polyphonic Spree. Dans un autre style, certes... Pendant une heure, le marquee a été transformé en un lieu complètement surréaliste. Une vingtaine d'individus en robe blanche, usant d'instruments tout aussi étranges que variés, chantant des chansons à propos du soleil et de la joie de vivre, projetant derrière eux des images de milliers d'indiens en prière ou du Robin des Bois de Disney, c'est flippant. Mais pas autant que la réaction du public – en transe – que ravissait les sourires extatiques des divers joueurs de harpe, flûte, violon, trompette... Je n'ai toujours pas réussi à décider si c'était drôle ou effrayant.
Un peu plus tard au même endroit, les Datsuns étaient moins marrants mais déclenchaient le même genre de réactions hystériques, me laissant perplexe. Certes les Néo-zélandais appliquent avec un certain talent une formule plus qu'efficace, un rock dynamique bourré de références. Mais auraient-ils autant de groupies s'ils étaient moins jeunes, moins néo-zélandais et avaient un logo moins cool ? Enfin... on va dire que ça aussi, ça fait partie de l'attitude rock'n roll. Puis ils sont touchants, ces quatre crétins qui jouent aux sex-symbols, prennent leur pied sur scène et y faisant monter leurs potes à la fin pour une embrassade collective. Peut-être pas dignes de leur succès retentissant, mais représentant tellement bien le fantasme de tous ces gosses nés trop tard... La soirée se clôture avec les Vandals (amusant) et surtout A.F.I. qui semble également avoir un public à sérieuse tendance groupiesque, un peu pénible comme toujours. Mais le groupe produit une musique enthousiasmante qui balaye rapidement ce petit désagrément, volant avec aisance entre la rudesse du début et les grands élans emo du petit dernier, Sing the sorrow. Et puis, impossible de résister à ce chanteur qui, en plus d'avoir une capacité vocale impressionnante, prend des poses à hurler de rire, dans le plus pur style "rock star des 70's sous un orage", la pluie aidant.

Samedi matin (ou plutôt début d'après-midi, on perd vite toute notion du temps), on erre distraitement devant In Me et Billy Talent, appréciant la prestation de chacun dans son genre, et déjà satisfaits par ce Pukkelpop 2003. Puis on découvre The Vue – conseillés par les Dandy Warhols – et leur rock vaguement psyché, toujours agréable aux oreilles. La foule nous obligé à renoncer à Pennywise, impossible d'apercevoir la scène ou d'entendre correctement (par la même occasion on renonce d'ores et déjà à Sum41 et Limp Bizkit, la situation ne pouvant qu'être pire plus tard dans la journée). On remercie chaleureusement un obscur groupe pour son annulation qui aura permis aux Blood Borthers d'être la surprise de dernière minute. Ces cinq-là sont attendrissants de simplicité et de timidité, réalisant eux-mêmes leur soundcheck, bredouillant des remerciements confus entre les chansons... Mais dès que les guitares résonnent, il s'agit de fureur, de déluge sonore et d'hurlements impressionnants. the vandals the vandals Adorables, spontanés et énergiques (on ne compte pas le nombre de corde cassées par le charmant guitariste), les Blood Brothers produisent une musique à la limite de la discordance, paradoxalement peu accessible et captivante sur scène. La journée avance paisiblement, on trompe son impatience (voir The Mars Volta et mourir...) avec Radio4. Les New-Yorkais sont toujours aussi carrés, efficaces et dansants, parfaits sur la très jolie scène du Château. Une basse envahissante, une guitare discrète, des percus sautillantes, voilà la recette basique de Radio4 pour faire danser son public.
Une distraction idéale qui nous mène rapidement à l'instant attendu. The Mars Volta... Pour moi, les échappés d'At The Drive-In ont été une des plus grosses baffes musicales des derniers mois. Ajoutons à cela une solide réputation scénique, on imaginera aisément à quel point j'ai pu saouler mon entourage avec ce groupe pendant tout le festival. Le concert, ou plutôt l'expérience, a été à des kilomètres ce que j'imaginais. Une heure, deux chansons. Deux chansons étirées à l'extrême par un groupe soudé derrière son frontman. Un frontman épatant de charisme, langoureusement convulsionné, pendu à son micro, haletant ou hurlant avec la même fascinante incohérence. Et au public d'être hypnotisé par ce chaos sonore qui, quand on le croyait définitivement abîmé dans un délire indéchiffrable, retombe sur ses pattes et agrippe le fil bien connu d'une chanson. Et au public d'admirer la confiance en soi monstrueuse dont il faut être doté pour proposer un concert si hermétique et se permettre d'ensorceler la foule. On ressort de là plus secoué qu'on ne le voudrait. Et définitivement achevé, on s'endort sur les couinements lointains de Fred Durst, sans aucun regret.