Vendredi 6 juillet

Ambiance au Main Square 2018 Ambiance au Main Square 2018 C'est sous une chaleur démoniaque que la team W-Fenec arrive à Arras. On s'arrête dans un petit supermarché du centre-ville, et c'est avec les bras chargés de toutes nos emplettes que l'on rejoint le camping pour y installer nos tentes, affaires et victuailles. C'est après avoir fait face à une longue file d'attente due aux palpations de la rigoureuse sécurité que nous plantons avec galère nos tentes (ouille, la terre séchée !). Coupe du monde de foot oblige, pas mal de festivaliers sont maquillés et habillés aux couleurs de l'équipe de France (et de l'équipe de Belgique qui venait de battre la Seleçao de Neymar), les radios et autres TVs en streaming sur smartphone foutent l'ambiance au camping, et quand toute l'assemblée hurle de bonheur sur le but de Varane, nous sommes sur le chemin du festival.

Dès l'instant où nous foulons la place d'armes de la citadelle, les Breeders jouent "New year", titre inaugural du show des Américains mais aussi de leur album culte Last splash. La question qui trotte dans toutes les têtes est de savoir pourquoi l'organisation les a fait jouer si tôt ? La bande des sœurs Deal est une institution du rock mais fait fi de tout ça en balançant une vingtaine de morceaux dont le point commun est leur courte durée. Quel plaisir de se délecter de "Glorious" de Pod ou d'un best-of séduisant de Last splash (citons le tube "Cannonball" mais aussi "Divine hammer", "Drivin' on 9" et "Do you love me now ?"), sans compter la reprise surprise de "Gigantic" des Pixies. C'était l'occasion parfaite aussi de sentir la force des morceaux d'All nerve, dernier rejeton de la discographie. Un super concert pour débuter les festivités. Pvris fait le buzz depuis quelques années, on comprend mieux pourquoi dès lors qu'on perçoit cette "musique moderne" à base d'électronique surproduite vendue comme du rock. Même si on reconnaît instantanément la beauté et l'agilité de la voix de Lynn Gunn (qui par moments fait penser au timbre de Channy de Poliça), que ce show est ultra calibré et pro, on n'en est pas pour autant conquis, le manque de charisme du trio n'aidant pas en plus. On a préféré la chaleur des riddims de Damian Marley sur la Main Stage. Le fils de Bob a mis un peu de temps à arriver sur scène, mais une fois lancé, il a mis le feu à Arras, le public répondant du tac au tac à ses diverses demandes. Reggae, ragga, dancehall, le Jamaïcain est à l'aise sur tout ! Véritable showman, le dreadlocké de la tête aux pied a rendu hommage à ses pairs et à son père avec "Exodus" ou "Is this love". L'ambiance n'était pas en reste avec les danses de ses choristes et ce type payé à agiter un drapeau rasta tout le long du spectacle. Spectacle qui se termine de belle manière avec son tube "Welcome to Jamrock".

Le retour de Pleymo Le retour de Pleymo Romeo Elvis fait partie de cette nouvelle génération du hip-hop belge qui n'hésite pas à prendre la guitare quand il le faut pour enrober de jolies mélodies ses textes qui parlent à grand nombre. N'étant pas fan du tout du style et la "cible" de ce courant musical (plutôt orienté « millenials »), notre curiosité ne nous a quand même pas fait défaut et on a pu découvrir un artiste attachant et sincère, bon dans ce qu'il faisait, et son public constitué de pas mal de Belges complètement dingues capables d'établir un « circle pit » au milieu d'un morceau. On passe de surprise en surprise. Bon, Gojira sur scène n'en est plus vraiment une (3 concerts en 3 ans pour nous). On préfère éviter la redite, mais ces gars-là sont toujours aussi bons, puissants, carrés et se défendent bien, même face à une audience plus grand public. D'ailleurs, Pleymo a eu le temps d'adresser un mot à leurs égards en nous rappelant à ses bons souvenirs de dates partagées avec ces gars du Pays Basque qui n'étaient pas encore le super groupe international qu'il est actuellement. Ce serait presque perçu comme un air de jalousie, mais on voit bien la différence de parcours entre les deux. OK, les Parisiens se sont séparés pendant une dizaine d'années mais ça sentait déjà la fin de parcours. En tout cas, sur scène ses vieux titres ont mal vieilli, bien que la patate sonore soit toujours au RDV. Il y a eu comme qui dirait un sentiment de « has been » (dans le vrai sens du terme) durant ce show. On a grandi un peu avec eux il y a presque 20 ans mais notre histoire avec eux s'est arrêtée à cette époque pour nous.

Une autre histoire qui pourrait peut-être se finir là aussi, c'est celle avec les Queens Of The Stone Age. Non pas que leur prestation soit médiocre, loin de là, mais nous ne sommes plus beaucoup en phase avec leurs derniers disques. Si bien qu'on perçoit une différence majeure entre ses anciens (surtout ceux de la période avec Nick Oliveri) et ses nouveaux titres, le talent d'écriture n'étant plus ce qu'il était. Après une introduction sur le thème d'"Orange Mécanique", les Américains nous pondent sauvagement un "Regular John", premier titre de leur discographie qui n'était plus beaucoup joué en live ces dernières années. Ça commence super bien, le spectacle suit son cours et il est difficile de pointer du doigt la bande de Josh Homme, les watts sont en place dans une ambiance sublime faite de tubes lumineux. Jon Theodore y va de son solo de batterie sur un "No one knows" d'anthologie, tandis que Troy se fait plaisir sur "Make it wit chu". Comme on le disait juste avant, le petit bémol sont ces titres moins percutants qui cassent un peu le rythme (et l'ambiance) du show comme, par exemple, "If I had a tail", "Domesticated animals" ou "Smooth sailing". C'est un peu rincé qu'on termine cette première journée durant laquelle le soleil ne nous a pas épargnés.


Samedi 7 juillet

Wolf Alice au Main Square Au lendemain d'une journée bien remplie, c'est Okay Monday, lauréat du tremplin du Main Square Festival, qui a l'honneur d'ouvrir le bal. Sa pop rock influencée par les nineties et les college band américains est malheureusement pour nous dénuée d'intérêt, seule sa reprise de "Like a virgin" de Madonna mérite un pouce bleu ! Black Foxxes qui leur succède sur cette Greenroom n'en est pas loin non plus avec son chant mielleux un tantinet apprêté drapant une pop revue et revue. Wolf Alice est une formation un peu plus intelligente en la matière car elle sait offrir d'autres horizons. Et on le sait tous, l'avenir de la musique se trouve dans le métissage. Apprécié il y a quelques semaines auparavant au Download Festival (voir le live-report par ailleurs), le groupe mené par la charmante et talentueuse Ellie a eu l'occasion de faire un show un peu plus long sur les planches d'un festival dont la programmation est plus en phase avec son style. Du coup, on s'est laissé passionner pour cette sinusoïdalité entre riffs accrocheurs saturés ("Yuk foo") et ambiances éthérées ("Don't delete the kisses"). Nous avons revu le duo Kid Francescoli et leur pop sensuelle qui ne trouve pas vraiment grâce à nos yeux et oreilles. Si esthétiquement tout peut paraître distingué, trop propre, les chansons jouées en live n'apportent rien de plus que l'album. Cette mollesse électronique et physique est une déception totale. Heureusement, Basement rattrape tout ça. Une découverte captivante qui mêle l'émo-punk à la pop avec une touche personnelle de post-hardcore et qui nous rappelle par épisodes Far, Sunny Day Real Estate ou les groupes de Walter Schreifels (Quicksand, Rival Schools) sans arriver néanmoins à les égaler. En même temps, quand on fait face à des mecs qui ont un look 90's, qui alternent partie de chant hurlé et clair et partie calme et bourrine, ça attire forcément l'attention.

L'air de rien, il était attendu. Liam Gallagher représente toujours l'âme d'Oasis et c'est à se demander si le public d'Arras était davantage là pour voir l'ancien chanteur d'Oasis plutôt que son nouveau groupe. Mais ils n'auront pas totalement tort tant la set-list de l'ancien roi de la britpop sera majoritairement composée de titres de son ancienne formation (9 sur 14 pour être précis, le reste sont des titres de son nouvel album As you were). C'est après une introduction composée d'un sample de chant de supporters de Manchester City et d'une chanson d'Oasis que l'anglais va dérouler son concert avec sa dégaine légendaire et sa parka après une journée de cagnard (?!?). Oui, Liam Gallagher soulève beaucoup de questions, mais la sauce prend parfaitement, les festivaliers sont en liesse dans une atmosphère très poussiéreuse quand résonnent "Supersonic", "Wonderwall", "Whatever", "Cigarettes & alcohol". Finalement le nom de son dernier album aurait dû nous mettre la puce à l'oreille, on vous rassure, on n'est pas devenu fan d'Oasis après ce show respectable de pur rock anglais. Non, la raison pour laquelle nous nous sommes déplacés ici se nomme Depeche Mode, groupe culte de synth-pop/new wave britannique à la carrière bien remplie qui fêtera ses 40 ans dans pas si longtemps que ça. Le groupe arrive avec dix minutes de retard après l'air de "Revolution" des Beatles devant une peinture très colorée pour y interpréter "Going backwards", titre issu du dernier album Spirit, parfait pour faire monter l'ambiance. Dave Gahan se fait un grand plaisir, tout en faisant des poses subjectives, de chanter les classiques "Personal Jesus", "Enjoy the silence", "Precious", "World in my eyes", "Walking in my shoes", "Never let me down again", "It's no good" ou encore "Stripped", et si le public est tant ravi d'être là ce soir c'est aussi parce que l'Anglais est très fort dans sa communication en lançant par exemple des petits cris d'encouragement, qui en deviennent presque des tics à la fin, pour qu'il pousse la chansonnette avec lui. On a apprécié l'effort du groupe de donner une nouvelle vie à ses morceaux en les réorchestrant et s'il s'accorde des choix douteux comme donner le micro à Martin Gore pour un morceau mielleux en solo à la clé, on ne peut que s'incliner devant ce concert magique et inoubliable. Vous vous en doutez, les 1h30 sont passées beaucoup trop vite.


Dimanche 8 juillet

IAM masqué au Main Square IAM masqué au Main Square Dimanche fut la journée la plus longue de par son manque d'attraction hormis quelques groupes piliers dans leurs domaines. Ça nous a permis de reposer l'esprit et les guiboles. Première déception sur la Greenroom avec Double T, à ne pas confondre avec le talentueux rappeur québécois du même nom, celui-là vient d'Amiens et a des faux airs d'Eminem. Son truc à lui, c'est de conter la double personnalité avec d'un côté Théo (grosso modo le bon) et T-High (le mauvais), le flow n'est pas trop mauvais, il s'en sort même plutôt bien pour une première dans un gros festival mais son rap est bien trop soft pour nous emballer. Le temps de flâner et de daigner découvrir au bout du troisième jour les coins "cachés" du festival (comme son bar à vin, son barber shop ou sa petite discothèque), nous loupons notamment The Hunna et Tom Walker puis retrouvons sur la Main Stage les Anglais de Nothing But Thieves. Leur son oscille entre ballade pop et rock nerveux, sans fioriture et avec un brin de talent, ils font fondre assez aisément leurs jeunes fans. La voix perchée du chanteur peut s'avérer autant agaçante qu'agréable, tout dépend des moments, et c'est à l'image de ses compositions. Autant on se fait chier souvent, autant ils sont capables de sortir de nulle part de bonnes séquences rock à base de riffs costauds qui font frétiller.

Non, en vrai, les champions du frétillement, voire du frémissement, sont les Belges de Girls In Hawaii. C'est un tout autre niveau de composition. Venu défendre Nocturne, leur dernier album, le quintette était au top de sa forme et nous a offert également un florilège de titres mélancoliques issus de ses albums précédents. Un concert qui tombait à point nommé puisqu'il s'agissait en fait du premier plaisant de la journée. Ceux pour qui L'école du micro d'argent est un album culte du hip-hop français ont été forcément servis car IAM l'a honoré en grande pompe sur la Main Stage. Fêtant ses 20 ans, les Marseillais ont mis très rapidement une masse de monde dans sa poche avec plusieurs de ses hits dont "Petite frère", "Nés sous la même étoile" ou "L'empire du côté obscur" mais également d'autres classiques comme l'inévitable "Je danse le Mia" ou le "Bad boys de Marseille" d'Akhénaton. Les samouraïs, qui étaient masqués au début du show, ont été à la hauteur de leur rang. Ni plus, ni moins.

La véritable attraction de la journée, Jamiroquaï, est un monstre du live. Il nous l'a encore prouvé à l'occasion de cette dernière journée. Auteur l'année dernière d'un très bon Automaton, le groupe ne l'a dévoilé qu'à travers l'introductive "Shake it on". Dommage, car il méritait d'être davantage joué tant il est calibré pour le live. Peu importe, festival oblige, le public d'Arras a eu les honneurs d'avoir un bon best-of des Anglais, avec leurs inévitables tubes ("Alright", Space cowboy", "Cosmic girl", "Travelling without moving", "Little L") mais également des morceaux phares, certainement moins connus du quidam qui, par exemple, attendait impatiemment Orelsan ("Use the force", "Last years", "Starchild", "(Don't) Give hate a chance", "Love foolosophy"). Le show est impeccable, tous les ingrédients sont au rendez-vous pour danser comme un fou (disco, funk, rock, samba, acid-jazz, pop...) grâce à des musiciens de grands talents. Jay Kay, coiffé d'un casque futuriste lumineux inspiré des écailles de pangolin, n'a plus la même vivacité qu'à la grande époque mais a gardé tout de même de bons réflexes quand il s'agit de se déhancher (même si avouons-le, il a quand même plutôt tendance à marcher de bout en bout de la scène). Jamiroquai nous quitte après 1h30 de spectacle intense et jouissif, beaucoup trop court pour les fans que nous sommes, un peu comme Depeche Mode la veille. Après un concert comme celui-là, difficile de se remettre dans le bain. Pas le temps de digérer que Justice est déjà en train de faire trembler la Greenroom avec sa techno-house. On se croirait à Dour ! Ça pulse et les lights sont assez méchantes, on se dit à ce moment-là que les Parisiens ont plutôt bien vieilli et gardent la foi dans ce qu'ils font malgré des doutes au regard de leur carrière en dents de scie. En toute subjectivité évidemment. Orelsan clôt cette édition sur une scène qui paraît bien trop grande pour lui. La star du rap français était attendue après sa longue absence expliquée par ses projets ciné et TV et avait visiblement beaucoup de choses à dire aux 40 000 spectateurs. Une grosse partie d'entre eux d'ailleurs buvaient et connaissaient par cœur ses paroles, quant à nous, on se sentait en peu en décalage avec ce show simple et basique. Ce n'était pas forcément la fin rêvée pour cette édition (comme le fut Radiohead l'année dernière), mais il en fallait pour tout le monde.