Cette cinquième édition du Furia Sound Festival, odysée musicale dans le val d'Oise, fut un grand moment musical dans la région. Regroupant une trentaine de groupes, du 15 juin au 6 juillet 2001, le week-end du 1er juillet fut le feu d'artifice, le moment fort de ce festival à l'identité originale. L'abbaye millénaire de Maubuisson, où Saintt-Louis y décida sa croisade en 1248, vit débouler à ses pieds, une foule venue en masse lors de ce week-end caniculaire. Une foule hétérogène, variée, hétéroclite, traversée par des saltimbanques, des jongleurs et des acrobates. Musiques actuelles, théâtre de rue, village associatif, du beau temps pour saupoudrer l'ambience...
Une entrée lente et au compte-gouttes, le service de sécurité prend son travail à coeur, même les chaussettes y passent... L'arrivée sur le site laisse une impression à la fois intimiste et grandiose, à droite l'abbaye de Maubuisson, à gauche la scène 1, en face la scène 2, au centre les régies son, le tout entouré de bois, de verdure et d'oxygène. Ainsi les concerts vont se succéder l'un après l'autre à quelques dizaines de mètres de distance, pas de répis pour le bon plaisir des festivaliers.

Dimanche 1er Juillet :
Les Rageous Gratoons ont la difficile tâche d'ouvrir la journée du dimanche après les italiens de Mau Mau, qui n'ont pas dut jouer devant beaucoup de monde. A 14h, la foule n'est pas encore rassemblée en masse, mais cela ne semble pas géner les Rageous Gratoons qui offrent un concert exceptionnel, plein de bonne humeur, de mélodies ennivrantes, délivrant leur délicat mélange musical. Epices orientales, déhanchements tziganes, harmonies festives, rythmes outrageusement entrainant, le public en redemande, trépigne et jubile. Maëlstrom acoustique, de joie et d'inspiration, Rageous Gratoons fait démarrer cette chaude journée d'été sur les chapeaux de roues. Jimmy Eat World enchaîne 5 minutes après sur l'autre scène, juste le temps de se retourner, et de rester sur sa faim. Jimmy dévore peut-être le monde à pleines dents, mais sur scène, ils ont du mal à convaincre. Habitués sans doute à des petites scènes et à des concerts confinés, Jimmy Eat World n'enflamme pas la foule, l'émo-core n'a ici pas tellement de corps (sans jeu de mots abusif). Remettant les pendules à l'heure, réconciliant jeunes et moins jeunes, Johnny Clarke chanteur reggae incountournable aux côtés de Dennis Brown et Grégory Isaacs, lance ses harmonies reggae pas déplaisantes du tout. Profitant du soleil, de l'ombre des peupliers, du petit vent qui agite les branches, le public prend ses aises et apprécie. L'ambiance est à la détente, une atmosphère champêtre, un air de reggae dans la tête. Le style de New Wet Kojak tranche avec celui de Johnny Clarke, fusion entre New Wave, Electro et Rock minimaliste, New Wet Kojak+ est beaucoup plus convaincant que Jimmy Eat World, qui les précédait sur cette même scène 2. Un style épuré, des voix introspectives, une trompette qui sort des clichés et qui s'incorpore à merveille dans les compositions, une insertion quasi magique. Le tout tient la route, mais souffre du manque de soutien du public.
Entre musiciens et poètes, voir plasticiens musicaux, La Tordue relève l'ambiance là où Johnny Clarke l'avait laissé, nous entrainant dans un univers de chansons françaises aux textes actuels, qui colle à son époque et qui relègue les vieux classiques poussiéreux au placard. La foule connait les chansons, La Tordue anime la scène et les coeurs.
Six By Seven se retrouve sur cette scène accablé par le soleil, mais où le public commence à s'accumuler, les anglais s'en donnent à coeur joie, et délivrent un set carré, propre, tranché. Leurs chansons se détachent sur le fond de ciel bleu, ravisent la foule et donnent un coup de fouet au rock britannique qui s'embourbait avec Oasis. Encore un enchainement rapide et attendu, K2r Riddim entre en piste, attire la foule, déverse du bonheur, reçoit un accueil exceptionnel. Leurs chansons font l'unanimité, amateur de rock, métal, rap, reggae, tout le monde est pris dans le tourbillon qu'est K2r Riddim et toute la plaine de Maubuisson danse, chante, applaudit, saute, crie. K2r Riddim sait s'occuper de son public, lui transmet ses émotions invisibles, le manie avec respect, dextérité, avec amour réciproque, K2r Riddim couvre toute l'abbaye de Maubuisson d'une couverture de bonheur et de plaisir, la sensation que ce groupe est vraiment un groupe exceptionel. Les irlandais de Ash ont décommandés : leur bus de tournée étant coincé en Belgique; la bonne nouvelle, c'est qu'après K2r Riddim, cela n'a plus beaucoup d'importance.
Enhancer harrangue son public, le flow hip-hop coule à flôt, les guitares se saturent, le son du métal s'élève. Entre un professionalisme acquis à force de concerts, des sets carrés, un jeu de scène efficace et amusements immatures qui rafraichissent ou énervent, Enhancer y trouve son compte. La bataille de pistolet à eau fera plus d'une victime dans le public, une ondée bienvenue par cette chaleur, David finnisant en haut d'une structure pour "Les Kids mettent la guerre" mené d'une pêche d'enfer. Le final "Hardcore version dancefloor" finira d'achever les kids et les fans, en attendant la prochaine claque qui se prépare 'au fond'.
La claque c'est Lofofora un Reuno efficace, subtil, et ravageur comme à son habitude. "Hollidays in France", "Les gens'", mettent le public sur les nerfs, attentifs au point de faire le silence avant chaque chanson... "Quel silence... On entend crépiter les merguez. Le crépitement de la merguez rapproche les peuples", un public attéré, peu habitué... "Bon, finit les conneries", et au même Reuno d'enchainer "1 million" d'une façon anthologique. Lofofora ravira son public, ceux qui ont loupé le Sriracha tour, et les autres... Dans la nuit, le Furia Sound Festival s'éteindra sur Culture venu éteindre et calmer le feu.