Ferme Electrique ambiance 2019 Ferme Electrique ambiance 2019 Après avoir fait faux bond l'année dernière (cause Depeche Mode au Main Square Festival), non sans avoir enchaîné 3 ou 4 éditions d'affilée, nos retrouvailles avec la Ferme du Plateau (Tournan-en-Brie - 77) nous ont procuré cette agréable sensation de n'avoir jamais vraiment quitté ce lieu chaleureux. Dans un décor 100% recyclé avec du mobilier récupéré goûtant à une autre vie, se trouvent de petits coins de curiosité et d'expressions, une succession de petits étaux de disques, de livres, de sérigraphies et d'ateliers divers. Bref, impossible de se faire chier quand on s'accorde une pause entre deux concerts, ou qu'on déguste une assiette de frites-saucisses, une crêpe au Nutella ou bien un plat végétarien préparé avec soin (et pour des prix très abordables en plus). Et si tu n'as pas la chance de croiser des connaissances (fait rare car La Ferme Électrique est la version non péjorative de l'"Entre-soi", quand tu sais que la majeure partie du public doit être parisienne et du milieu indé), tu peux toujours aller déguster une bonne bière artisanale. Ça, c'est pour le côté "environnement", passons maintenant à la musique.

Casse Gueule - Ferme Electrique 2019 Casse Gueule - Ferme Electrique 2019 Rendez-vous à la Grange, l'une des 3 scènes du festival (avec l'Étable et la scène extérieure), pour inaugurer cette édition anniversaire avec Canari, un trio de pop-rock bigarré appelant à l'exaltation des sens, à ouïe d'oreilles entre les mélodies planantes d'un Tame Impala et le psychédélisme de l'école de Canterbury. Ça matche direct avec nos ambitions de découvertes, cela ne pouvait mieux commencer. La deuxième claque s'enchaîne moins d'une heure après sur la même scène avec nos anciens compagnons festivaliers de La Ferme Électrique (l'histoire est belle !), j'ai nommé Quinzequinze. Ce collectif musical créé en 2013 regroupe une ribambelle d'artistes de tous horizons musicaux et de cultures différentes (dont Tahitienne) et produit des titres formés de patchworks surprenants (électro, Rn'B, folklore exotique, math-rock, expérimental, trip-hop, soul, hip-hop) qui, combinés les uns dans les autres, révèlent une puissante force créative et bluffante. Un coup de génie de la part des programmateurs car à contre-courant des styles proposés par le festival (plutôt rock pour le coup). On ne compte plus le nombre de fois où l'on a subi le grand délire de Casse Gueule, soit un type habillé en bleu de travail qui ne sait (volontairement ?) pas chanter, et ses deux acolytes frétillants gérant les synthés et la boite à rythmes. Cette variét' synth-wave 80's complètement clivante vaut le coup d'œil, au moins pour les textes (peu communs et bien écrits) et le jeu scénique, et risque de vous arracher un sourire. Le groupe le plus "freak" de la journée.

L'un des shows attendus de ce vendredi était celui d'Enablers. Venus présenter le sixième album, Zones, les Californiens se sont révélés bons dans l'ensemble, sans grande surprise puisque nous connaissions déjà les vertus des spectacles de cette formation et la verve de l'écrivain-narrateur-performer Pete Simonelli. C'était l'occasion d'aller prendre des forces avant de rejoindre l'Étable et ENOB. Ces derniers, dont l'un des membres est ingé-son du festival (l'entre-soi, je vous disais donc), déversent leur rage sonore au public. Muni d'un tom basse, l'un des deux guitaristes gère les profondeurs percussives sur certains passages avec le batteur, tandis que l'autre manipule les sons, l'électricité et les effets comme personne d'autres. Yakoo se charge d'embellir le tout avec une voix poussée dans ses derniers retranchements, comme s'il s'agissait de leur dernier concert. Intense, cette formule punk-noise-shoegaze sans garde-fou est le parfait exemple de la folie régnante vendue depuis des plombes par les aficionados du festival. Et ce n'est pas Le Singe Blanc qui démentira. Les Lorrains ont eu aussi des arguments à faire valoir en terme de désordre : deux basses, une batterie, des structures alambiqués, des onomatopées grotesques, des paroles incompréhensibles, une énergie de dingue pour une formule math-rock infaillible. Une opportunité géniale de les avoir revus dans des conditions rêvées.

QUINZEQUINZE - Ferme Electrique 2019 Place à Frustration, le groupe historique de Born Bad Records, principale figure française du courant post-punk. La bande de Fabrice Gilbert, formée en 2002, fait honneur à sa réputation live avec ses morceaux simples en apparence mais terriblement efficaces, on se croirait littéralement replongé à la fin des années 70/début 80, période que la plupart du public n'a sans doute pas connue. Pas de problème, les Parisiens - qui au passage sortiront leur prochain disque So cold streams le 18 octobre - (re)font le taf et l'audience le leur rend bien. Après une pause bien méritée à l'extérieur avec la prestation "sympa sans plus" du duo Sud-Africain de garage-rock & Co Make-Overs, on découvre pour la première fois en live ce qui aux yeux de beaucoup est une révélation rock : The Psychotic Monks. Programmés tardivement (1h30 du matin), on comprend mieux pourquoi leur musique sied parfaitement à l'humeur nocturne quand se forment progressivement les contours de leurs rock psyché-noise un tantinet doomesque. Magistrale sera la performance pleine de noirceur de ce quatuor, une messe psychotique pour achever cette journée riche en émotion. Avant de partir rejoindre le camping, curieux que nous sommes, nous jetons un œil sur la prestation de Deux Boules Vanille, un duo de batteurs connectés à des synthétiseurs analogiques qu'ils actionnent en frappant sur leurs fûts. Loup et Frédéric connaissent visiblement quelques soucis techniques avec leurs machines mais, une fois lancés, terrasserons le public de leur transe technoïde.

Samedi, la canicule bat son plein, on s'hydrate au maximum afin de ne pas être cuit en arrivant au site. Saluons au passage tout le travail phénoménal de l'organisation (bénévole) qui s'est non seulement souciée du bien-être de chacun de ses festivaliers en passant devant chaque tente, mais qui a su également se démener sur le site pour gérer au mieux tous les problèmes inhérents à un festival (sécurité, planning, accueil des groupes, distribution d'eau...). Nous trouvons finalement l'ombre dans la Grange où joue La Famille Grendy, une formation qui procure une certaine forme de jovialité grâce à un savant mélange de chansonnettes, de rock pêchu et de folk. Parfait pour se mettre en jambe, surtout qu'on enchaîne pas avec n'importe quoi derrière, puisque Fleuves Noirs n'a vraiment rien de joyeux. En effet, les Lillois (avec deux ex-Berline 0.33 dedans) ne rigolent pas et balancent leur rock décapant et mystérieux. Une batterie qui martèle le tempo, une basse rugissante, des guitares à la fois dociles et indomptables mais surtout une voix qui s'adonne aux incantations. Une belle trouvaille qui devrait trouver son public, car le groupe est formé depuis quelques années et ne compte qu'un seul album à son actif. La première petite claque de la journée est prénommée YachtClub, de la pop bariolée et bordélique faisant penser de manière assez directe à Deerhoof. Bon, la chanteuse est d'origine asiatique, ça aide à la comparaison, mais toujours est-il que leur alchimie fait mouche. C'est vrai, on aurait pu citer d'autres groupes comme Young Marble Giants ou Micachu And The Shapes puisqu'ils font partie de leurs influences. Lèche Moi ou Scaners ? Les deux formations jouent en même temps, finalement notre choix se tourne vers la facilité : aller à l'extérieur prendre un peu l'air avec du garage-punk-rock dans les tympans. Énergique, bien joué et rappelant les grandes heures des Ramones, Scaners nous redonne des points de vie. ENOB - Ferme Electrique 2019 ENOB - Ferme Electrique 2019

Je n'imaginais pas du tout, en voyant Le Sacre Du Tympan sur la programmation, tomber sur un orchestre d'une dizaine de personnes mêlant le jazz, la soul et la cinematic-funk. Ne jamais se fier au nom de groupe, jamais. Clin d'œil au "Sacre du printemps" de Stravinsky, ce big-band dirigé par le chef d'orchestre et compositeur Fred Pallem est à l'image de Calibro 35, inspiré notamment par les musiques de films des années 70. Celle de Le Sacre Du Tympan évoque autant François de Roubaix qu'Ennio Morricone en passant par David Axelrod et Lalo Schifrin. 20 ans que cette aventure a commencé, on regrette amèrement de ne pas les avoir connus plus tôt tant le concert fut bon. Avis plus mitigé en revanche concernant Bruit Noir (soit Pascal Bouaziz de Mendelson et Jean-Michel Pires de Mimo The Maker), du bla-bla de textes sombres écrits et déclamés sur une musique électronique très minimaliste et plutôt chiante qui n'est là que pour le decorum avec un support vidéo en sus. Personnellement, je n'ai jamais aimé la musique et un artiste pour ses textes, c'est même carrément l'opposé, donc difficile d'apprécier ce duo surtout que le rendu général était mollasson (public y compris, sauf pour applaudir les artistes). Pour ma part, ça casse un peu l'ambiance du festival, et l'on préfère réserver nos écoutilles pour quelque chose de plus entraînant. Ce qui tombe plutôt bien car Zombie Zombie joue quelques temps après à la Grange. Autant je ne suis pas fan du groupe d'Étienne Jaumet sur disque, autant je me dis que je peux apprécier le projet sur scène, car il est taillé pour ça. Après un début poussif où les fantômes de Neu! sévissaient, la machine s'est progressivement emballée dans une transe contagieuse pour ne plus s'arrêter. L'intensité donné par la formation a été égale à ce que leur a donné le public.

Zombie Zombie - Ferme Electrique 2019 Zombie Zombie - Ferme Electrique 2019 La suite donnée à cette soirée est un saut entre Dick Voodoo et Fumo Nero, deux duos aux ambiances complètement différentes qui ont néanmoins un point en commun : la boite à rythmes. Si du côté du premier, ça manie avec entrain la vague froide de Suicide et le groove des Cramps, de l'autre résonne les ondes d'un italo disco-punk fun et dansant (Antonella et Jean-Phi ne sont pas italiens mais de l'orga du festival). Minuit est passé de quelques minutes, c'est la dernière ligne droite de cette édition qui nous propose Le Réveil Des Tropiques dans La Grange. Composé de membres de Oiseaux-Tempête, de Casse Gueule (oui, certains ont le droit de jouer plusieurs fois dans le festival), d'Ulan Bator ou en d'Eddie 135, pour ne citer qu'eux, cette formation est en totale roue libre sur scène. À la manière d'improvisations planantes et instrumentales, le quintet étire les plages sonores un peu comme le font les Swans d'une certaine manière, sans être autant puissant. Un show super bien placé avant la claque reçue de la part de La Jungle. Arrivé avec du retard, selon nos échos, du côté de la cour de la ferme du Plateau, le duo belge de noise-transe s'est lâché comme jamais (comme toujours ?) dans l'exiguë Étable archi remplie. Nullement surpris, tant le succès de leur dernier album (Past // Middle age // Future) est visible. Rémi et Mathieu semblent carbonisés (enfin, surtout Rémi) de leur tournée qui est encore loin de se terminer, et on comprend mieux quand l'énergie qu'ils déploient en 45 minutes est sans commune mesure. Difficile de retrouver ses esprits alors pour profiter du dernier spectacle de cette édition, à savoir Tonn3rr3. Ce mélange éclairé entre boucles électroniques, percussions et claviers est aussi un pur produit local de la Ferme que les festivaliers ont dégusté allègrement sur le dancefloor extérieur. Alors que la journée est encore loin d'être terminée pour pas mal de monde, on choisit de reposer nos oreilles au camping en faisant le replay de cette journée et de cette édition (près de 30 groupes au compteur) avec nos voisins. Verdict ? Vivement l'année prochaine !