Megafaun au Café de la Danse Megafaun au Café de la Danse Le Café de la Danse est ce genre de salle parisienne où la convivialité est de mise. On s'y sent bien, presque chez soi et son infrastructure en gradins semble plus appropriée à une pièce de théâtre ou une projection de film qu'à un concert. Et pourtant, il en est passé des artistes et ce soir sa scène laisse une place à une belle brochette de talents d'obédience indie-folk-blues-americana avec Megafaun et Botibol. A vrai dire, ce n'est pas si surprenant de les voir partager une scène ce soir tellement leur musique, bien qu'au fond différentes, ont des similitudes.

Botibol ouvre le bal à deux. Le guitariste et tête pensante, Vincent Bestaven, est accompagné d'un batteur qui n'est autre qu'une (autre) tête pensante, celle d'Arch Woodmann. Auteur d'un album plein de maturité intitulé, Born from a shore, que je vous conseille vivement d'écouter, Botibol répond en live aux attentes suscitée par ce disque. Le songwriting du Bordelais entre folk délicat, pop limpide et harmonies frissonnantes ne se laisse pas abattre par le manque d'éléments sonores jetés ici et là sur les titres de son album (on pense évidemment à la basse). Ce show donne un aspect plus "roots" pas déplaisant, presque intime, pour un public visiblement en attente des américains. Botibol démontre son talent de guitariste, sans grand effort, sur les rythmiques, au jeu robotisé, de son batteur occupé d'une autre main à gérer son mini clavier-sampler à côté. A noter l'excellent final chaloupé de "We were foxes", un must de Born from a shore. "Sur le goudron brulant nous courons vers le verre (sic) !", vous l'aurez compris, changement de plateau.

J'ignore si c'est l'effet du whisky offert par la maison, partenariat avec une marque oblige, mais à l'arrivée de Megafaun sur la scène du Café de la Danse, je crois à une seconde première partie. Les barbes des américains ont disparu, le trio est devenu quatuor avec l'ajout d'un bassiste et la musique me semble différente de celle de Gather, form & fly, seul album connu de ma part. Cela fait beaucoup d'un seul coup mais, au fur et à mesure, les américains arrivent à nous surprendre en variant les plaisirs sonores. Là où on aurait pu s'attendre à une espèce de voyage musical intérieur où la bande partirait sur des tentatives expérimentales à l'image de leur collègue d'Akron/Family, Megafaun choisit l'échange avec le public et déploie tantôt un rock venant des plaines américaines, tantôt des titres pop pas forcément frais mais super efficaces, un peu de folk évidemment et quelques bribes bluesy comme il se doit. Quelques personnes se laissent envouter par le spectacle, dansent devant le quatuor qui monte creshendo dans la qualité de sa prestation. Si bien que vers la fin du show, il invite le public à les rejoindre au bord de la scène pour communier avec eux sur le mémorable "Worried mind". Pari gagné pour la troupe qui n'a pas eu la tâche facile dans cette salle où les places assises sont légions. Ce soir, les ex-compagnons de jeu de Bon Iver sonnaient plus rock que folk et nous ont donné un aperçu de la couleur de leur nouvel album éponyme à venir pour la fin de ce mois. Y'a plus qu'à creuser tout ça en l'écoutant à tête reposée pour en découvrir toute sa saveur.