Vue de la Scène Beauregard et du château Vue de la Scène Beauregard et du château ... Blur a annulé quelques jours avant. J'apprends ça par un pur hasard via leur label, la faute à un batteur blessé, me dit-on. Tout était prêt pourtant et l'on se réjouissait de pouvoir côtoyer de près le temps d'une heure et demi ceux qui ont bercé notre adolescence. Après tout, les festivals servent aussi à ça, à aller déclencher chez nous un sentiment de réminiscence musicale. Tant pis, le groupe sera remplacé assez rapidement par Royal Blood, un autre artiste de chez Warner Music Group. Cela ne va pas nous gâcher le plaisir de profiter sur une journée de l'ambiance de Beauregard, on vous le laissait entendre : c'était de notre devoir de nous y rendre. Et puis, l'expérience ne se fait pas qu'en musique puisque le festival met en valeur le patrimoine normand, puisqu'il est situé sur un domaine classé monument historique depuis 1840 avec la présence forte d'un magnifique château de style troubadour. À bien des égards, Beauregard nous rappelle le Main Square qui se déroule dans la citadelle d'Arras. Avouons que c'est tout de même agréable de profiter d'une succession de concerts dans un tel environnement.

Alias est énervé à Beauregard ! Alias est énervé à Beauregard ! C'est évident, on ne vit pas à 40 balais passés les mêmes expériences de festival qu'un(e) gamin(e) de 20 ans qui va s'enorgueillir d'aller se trémousser avec ses amis sur la musique d'Angèle ou de chanter à tue-tête les lyrics de Gazo pendant qu'il balance un flow. Nous savions dès le départ que cette programmation journalière n'était pas faite pour tout le monde, mais notre curiosité de rédacteur nous a conduit sur quasiment tous les shows proposés par l'évènement. Arrivés (Rocco, notre photographe et moi-même) dès le matin en train à la gare de Caen, nous avons pris le temps de visiter la ville (et de constater le nombre impressionnant de bureaux de tabac) et d'arpenter pas mal de ses recoins, avant de nous diriger en tramway, puis à pied, vers le chemin menant à l'accès presse du festival. Le temps d'attendre son ouverture, nous partageons un moment agréable en compagnie d'une charmante dame (Bridget Ménage, animatrice radio sur Radio Flam) qui nous fait part de ses projets, mais également de ses expériences et anecdotes touchantes avec les artistes.

Il est 17h, les concerts sont sur le point de débuter, et nous n'avons même pas le temps de prendre nos marques, à tel point que nous avons cherché, le temps de quelques minutes, la scène dites "John". À ce sujet, le festival a la particularité de communiquer via John, son porte-parole, un être fictif (et invisible) qui prend bien soin de ses festivaliers à travers les diverses informations qu'ils diffusent. La scène "John" donc, sur laquelle la chanteuse hip-hop/RnB Lotti ouvre les festivités. Ce n'est pas vraiment notre tasse de thé, mais cela nous permet de faire un premier constat sur l'étendue de la jauge du parc et le profil des festivaliers : ils sont plutôt jeunes et cohabitent aisément sur le site avec des gens plus vieux... comme nous ! Pas étonnant au vu de l'affiche de la journée, mais on y reviendra progressivement sur ces prochaines lignes. Lotti est une artiste havraise qui a vaillamment remporté le tremplin John's Session, organisé par le festival. On sent chez elle beaucoup de nostalgie, de joie et de peines noyées dans des débits saccadés, finalement très proche de ce qui se fait dans son style dans nos jours. Le soleil rayonne et éblouit la jeune rappeuse qui en profite pour lancer un "Ça va ? Vous êtes tous blancs !". Un peu d'humour ne fait jamais de mal.

dEUS pèse sa guitare à Beauregard dEUS pèse sa guitare à Beauregard Les shows de Beauregard alternent sur deux scènes, la "John" et la "Beauregard" autour desquelles se trouve une quantité d'attractions (dont une grande roue pour admirer le paysage) et des stands allant de la restauration-bar aux boutiques diverses. Il y a en a pour tous les goûts pour vivre pleinement la Normandie ! C'est au tour d'Alias d'inaugurer la scène Beauregard, dans un tout autre style. Cette troupe est menée par Emmanuel Alias, compositeur et multi-instrumentiste français résidant au Québec, et présente des influences psychédéliques dans son rock groovy et énergique. Affublé d'une côte rouge, le frontman est déchaîné et essaye de secouer un public encore peu présent aux premiers rangs. Le spectacle monte en puissance progressivement mais file assez vite. Cela veut dire qu'on ne s'est pas emmerdé. Tout le contraire avec Gazo, rap variété francophone, certes aux ambiances variées, mais aux ambitions artistiques (quasi) absentes. Mais ça plait aux jeunes, et tant mieux pour eux. N'étant pas de la même génération, on a retrouvé dEUS avec un peu plus d'entrain et de motivation. C'est un peu notre tête d'affiche de la journée, du fait de l'absence de Blur. Ayant vu il y a un peu plus de trois mois à l'Élysée Montmartre leur excellent spectacle de promotion de leur nouvel album How to replace it, on se réjouissait de les revoir, même si, festival oblige, le set est bien plus limité. Ça nous a permis de bénéficier à nouveau d'un mix de chansons, entre nouvelles (tels que "Man of the house" ou "1989"...) et anciennes (dont la grosse surprise "Suds & soda", premier hit des Belges). Le soleil est tellement radieux que le lightshow du groupe passe inaperçu, ce que ne manque pas de rappeler Tom Barman : "On avait prévu un super lightshow, mais on a mieux que ça : le soleil !". Encore un show impeccable de dEUS, qui n'a pas besoin de super décors ou d'artifices pour lui donner du sens.

Royal Blood est content d'être à Beauregard Royal Blood est content d'être à Beauregard À force d'enchaîner les festivals, il fallait bien qu'on passe un jour ou l'autre devant un concert d'Angèle. Beauregard nous l'a "offert". C'est un peu la chanteuse que tes enfants ou tes neveux/nièces doivent écouter et qui t'envient à ce moment-là. Bon, mettons les points sur les i : Angèle est (aussi) une artiste de son époque. Elle coche toutes les cases pour attirer les djeuns : chanteuse, danseuse, mannequin, propre sur elle, bête de scène, tubes calibrés/marketés, engagements divers... Si bien qu'on retrouve en elle à certains moments la Britney Spears de l'époque, il y en a plein d'autres à citer, sans aucun doute. Du côté de chez Royal Blood, c'est un peu pareil, mais ça nous parle beaucoup plus. Le duo basse/batterie anglais s'est fait une spécialité dans un format rock mettant en avant un groove simple à coup de riffs puissants mais ultra efficaces. D'ailleurs, la basse de Mike Kerr passerait presque pour une guitare tant son jeu et sa sonorité est proche de cette dernière. Digne héritier de tout un pan de la culture rock 90s/2000s (on pense à Barkmarket, Rage Against The Machine, Muse, mais aussi aux diverses formations de Jack White), Royal Blood n'a donc rien de surprenant, musicalement parlant. Par contre, on sent que la scène est l'endroit où il se sentent et s'expriment le mieux. C'est parfait pour un festival plutôt "grand public".

Mais il est possible de pousser un cran au-dessus en termes de niveau scénique. On ne le présageait pas du tout et puis Royal Republic a foutu le feu. Les Suédois sont moins prévisibles et plus fous que leur prédécesseurs anglais, rendant un spectacle davantage vivant et plus communicatif. Par moments, ils nous faisaient penser à des groupes à la "coolitude" assumée comme Eagles Of Death Metal ("Getting along"). Mais c'est bien plus que ça : Royal Republic enchaîne disco-punk, hard-rock, garage-rock, funk-rock, punk-rock, country-folk... une formule étudiée pour faire danser les foules sans prise de tête. Le show est déjà attrayant dans son ensemble lorsque le quatuor décide de s'entreprendre à des reprises de "Battery" de Metallica puis "Ace of spades" de Motorhead, deux morceaux monumentaux du patrimoine rock-metal, sans affadir le contenu de son set. Royal Republic quitte son public sur son tube "baby". Que demander de mieux ? Il est 1h du matin et Kungs, DJ originaire de Marseille opérant entre EDM et house, tente de motiver les troupes encore restantes devant la scène Beauregard. Les programmations lumières sont sublimes mais ne nous convainc pas à rester pour autant. Trop fatigués (levés depuis 4h du matin), nous plions bagage et prenons une navette nous ramenant au centre-ville de Caen. Un train nous attend pour 4h58. Il a fallu tuer le temps durant 3 heures en plein nuit dans la ville normande qui visiblement à tendance à fermer ses bars vers 2-3h du matin. Heureusement, une pizzeria low-cost nous a servi d'abri pour débriefer la journée, à défaut de la "poursuivre", et de rêver d'une prochaine édition de Beauregard avec Blur.