aureliO
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Terrier : à gauche à fond du couloir

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Publié le 14/11/2005 à 14:04
Édité le 08/02/2006 à 00:23

Devoir de mémoire ou facilité de l'oubli

Criminels de guerre nazis : Une justice aléatoire


La Shoah : Six millions de victimes juives, tziganes, handicapées, homosexuelles. exploitées, violées, torturées et gazées dans des camps d'extermination dits "camps de la mort". L'élimination systématique des "races" supposées "inférieures". Les heures les plus sombres de l'humanité ; la seconde guerre mondiale a révélé l'être humain dans ce qu'il pouvait avoir de plus barbare en lui. Auschwitz Birkenau, Dachau, Treblinka. Autant de noms synonymes de l'horreur, insoutenable, innommable ; et gravés dans la mémoire collective pour l'éternité.

1946 : Le Procès de Nuremberg jugeait les 24 principaux dignitaires du Régime nazi, des membres du NSDAP (Parti Nazi), la SS, le SD (Service de Securité d'Hitler) et la Gestapo. Parmi ceux-ci, tous les proches d'Hitler, dont notamment Hermann Goering, Rudolf Hess, Alpert Speer. Pour autant le sort de nombre d'autres responsables de crimes de guerre n'a pas été aussi limpide et tous les responsables n'ont pas été traduits en justice aussi aisément. L'exemple de la fuite de Maurice Papon pour échapper à la justice française n'étant pas un fait isolé.


Crimes contre l'humanité

L'exil volontaire a été ainsi le système de défense commun à la plupart de ceux qui se sont rendus coupables de crimes contre l'humanité, crime le plus grave pour lequel un individu peut être jugé, aujourd'hui devant le Tribunal Pénal International de La Hayes (Pays-Bas). Assassinat, extermination, réduction en esclavage, déportation et tout autre acte inhumain commis contre toute population civile", telle fut la définition de la notion juridique de crimes contre l'humanité, lorsque celle-ci fut instaurée lors du cadre du Tribunal Militaire International de Nuremberg.
Qu'ils aient été nazis ou collaborateurs de ceux-ci dans les pays occupés (France, Pays-Bas, pays nordiques.), bénéficiant de l'absence d'accord d'extradition entre les pays (souvent d'Amérique du Sud), d'appuis évidents de personnages influents et de la corruption, nombres d'anciens nazis ou collaborateurs s'étant rendus coupables de tels crimes ont souvent réussis à fuir l'Allemagne en 1945. Certains parvenant même à faire sortir du pays une partie du trésor de guerre spolié aux juifs.


Simon Wiesenthal, seul contre tous

Simon Wiesenthal, rescapé avec sa femme des camps de la mort, a passé le restant de sa vie à tenter de faire juger les responsables de l'Holocauste. Eminent spécialiste en la matière, il estimait, en 1967, lorsqu'il écrivait les Assassins parmi nous, que sur les quelques 110000 nazis ayant participé à des crimes contre l'humanité, 14 000 seulement avaient été jugés et 10 000 vivaient en toute liberté sous de faux noms. Les autres ayant trouvé refuge dans des pays peu regardant ou disposés à accueillir d'anciens nazis : Argentine, Chili, Paraguay et même Etats-Unis ; plusieurs états dont certains ne disposaient alors pas de traités d'extradition avec les états européens.
Si des hommes tels qu'Andrija Artukovic surnommé le "boucher des Balkans", ou l'estonien Karl Linas, criminels de guerre notoires ont été extradés des USA en 1984 pour le premier et en 1987 pour le second, il faut rappeler que la Yougoslavie réclamait l'extradition d'Artukovic depuis près de trente ans. Condamné à la peine capitale en 1986 lors de son procès (soit près de 40 ans après les faits), il décédera en 1988 à l'hôpital de la prison de Zagreb. A croire que le concept de justice ne devait pas nécessairement s'appliquer à tous de la même manière. Certains criminels de guerre, tristement célèbres, ayant pu longtemps échapper à la traque pourtant impitoyable des chasseurs de nazis tel que Simon Wiesenthal.
Seulement aidé de sa femme, sans aucun moyen logistique ni appui politique (ou si peu), il a traqué sans relâche et par delà les continents, tous ceux qui avaient participés de près ou de loin à l'extermination systématique des juifs, des tziganes, des handicapés... Mais difficile, parfois infructueuse et d'autres fois couronnée de succès, fut l'oeuvre de Simon Wiesenthal.


L'Amérique du Sud comme terre d'exil

C'est ainsi en Argentine que le tristement célèbre docteur Mengele, surnommé " l'ange de la mort ", médecin chef du camp d'Auschwitz et responsable d'expériences, d'une barbarie difficilement imaginable, pratiquées sur des cobayes humains, est parvenu à échapper à la justice internationale. Une fois installée en Amérique du Sud, il y coula des jours tranquilles et organisa l'accueil et l'intrégration de centaines d'autres nazis. Le Dr.Mengele y mourut en 1979, mais preuve de la difficulté des institutions internationales à opérer efficacement de concert et des soutiens dont des hommes tels que lui bénéficiaient, on continua à l'y rechercher jusqu'en 1985, date où son corps fut enfin identifié.
A l'inverse, preuve que les méthodes dites « musclées » peuvent parfois s'avérer plus efficaces que d'autres plus conventionnelles, c'est également en Argentine qu'un commando du Mossad (Services Secrets israéliens) enleva, en 1960, Adolph Eichmann, homme de confiance d'Hitler, logisticien du IIIe Reich et maître d'oeuvre de la solution finale. Emmené à Jérusalem, il fut jugé et pendu en 1962. Celui grâce à qui Eichmann a pu être traduit en justice n'est autre que Simon Wiesenthal, lui-même qui avait perdu la quasi-totalité de sa famille dans les camps de la mort nazis et qui parvint alors à réussir l'impossible, capturer l'un des grands responsables sinon LE responsable de la Shoah.


Appuis politiques

D'autres tels que Klaus Barbie ont sans doute largement bénéficié du peu d'empressement des autorités de certains pays d'Amérique du Sud à collaborer avec les états européens. Ainsi celui qui fut surnommé durant la guerre le "boucher de Lyon", chef de la Gestapo lyonnaise entre 1942 et 1944 et responsable de la mort de Jean Moulin s'était enfui en Bolivie d'où il fut extradé à la demande de la France en 1983, soit un peu moins de 40 ans après les faits.
Louis Darquier de Pellepoix, commissaire général aux questions juives du gouvernement de Vichy n'eut, quant à lui, qu'à traverser les Pyrénées pour trouver refuge au coeur de l'Espagne franquiste ; tandis que Paul Touvier, chef de la milice de Lyon et condamné à mort par contumace en 1945 et 1947, a réussit le tour de force d'échapper à la justice en demeurant sur le territoire français. Gracié par le président Georges Pompidou en 1971, mais surtout protégé par des prêtres intégristes, il fut finalement arrêté dans un prieuré de Nice en 1989 puis condamné pour crimes contre l'humanité en 1994. Incarcéré à la prison de Fresne, il y mourut deux ans plus tard.


Le cas Brunner

Reste toujours Aloïs Bruner, nazi autrichien, secrétaire d'Eichman et ingénieur de la solution finale, arrêté par les Américains en 1945 et relâché. Longtemps réfugié à Damas, les autorités syriennes affirment, sans preuve, qu'il est mort. Ce qui n'a pas empêché la France de le renvoyer en septembre 2001 devant une cour d'assises pour avoir été responsable de la mort des centaines d'enfants du camp de Drancy, qu'il dirigeait d'une main de fer. Responsable de 147 000 déportations, Brunner fut condamné à perpétuité par contumace pour crimes contre l'humanité. Lorsque l'on sait que la plus jeune de ses victimes était un petit garçon âgé d'à peine 15 jours et que nul ne sait avec exactitude ce qu'il est advenu d'Alois Brunner, la question de savoir si la justice a véritablement été rendue de manière partiale peut légitimement être posée.
Quant à Paul Schaefer, son cas reste d'actualité puisqu'il a été arrêté en Argentine cette année. A 83 ans, à l'instar des plus célèbres barons de la drogue, cet ancien nazi était jusqu'alors l'un des hommes les plus recherchés d'Amérique latine, notamment par les chasseurs de nazis. Fondateur en 1966 de "Dignidad", une communauté (une secte diront la plupart.) de quelques 300 âmes venus d'Allemagne est vivant au Chili sur 1500 hectares de terrain situés aux pieds des Andes. Gourou manipulateur, condamné pour pédophilie et recherché activement pour des actes de torture perpétrés sur de jeunes enfants, Schaefer avait fui l'Allemagne après la fin de la guerre pour se réfugier au Chili, où il fut notamment protégé par des membres influents du gouvernement dont l'un d'entre eux n'était autre qu'Augusto Pinochet en personne.


Après avoir consacré la majeure partie de sa vie à traquer des ombres, Simon Wiesenthal, véritable "conscience de la Shoah", s'est éteint le 20 Septembre 2005. Il avait 96 ans et laisse derrière lui plusieurs centres portant son nom et chargés de poursuivre son oeuvre, Wiesenthal lui-même estimant qu'encore aujourd'hui, plusieurs dizaines, voire centaines d'anciens responsables nazis mènent une vie paisible sans avoir jamais rendu compte de leurs actes devant la justice. Sans avoir droit à des funérailles officielles malgré l'importance de son oeuvre, Simon Wiesenthal a été inhumé dans le village où réside sa fille.

AureliO
Novembre 2005

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Publié le 05/11/2005 à 17:54
Édité le 23/11/2005 à 23:30

Thriller de glace

La Lionne blanche (Seuil)
(Henning Mankell)


Quatrième de couverture:

couverture"En Scanie, par un bel après-midi d'avril 1992, Louise Akerblom, agent immobilière et jeune mère de famille, disparaît dans des conditions mystérieuses. Pendant ce temps, en Afrique du Sud, un groupe d'Afrikaners fanatiques prépare avec soin un attentat contre une importante figure politique.
Quelques jours plus tard, le corps de Louise, le front troué d'une balle, est repêché dans un puits. L'inspecteur Wallander et son équipe enquêtent. Mais le passé de la victime est limpide et les recherches piétinent. C'est alors que les policiers découvrent sur les lieux du crime le doigt tranché d'un homme noir.
Y aurait-il un lien entre les deux affaires ?
La suite ? Un téléscopage vertigineux entre la réalité quotidienne de la province suédoise et la lutte politique sanglante qui se déchaîne au même moment à l'autre bout du monde.
Or Wallander en sait peu sur l'apartheid. Il n'est guère plus au fait de la situation internationale. Par exemple, il ignore la relation qui peut exister entre l'ex-KGB et les nationalistes blancs d'Afrique du Sud. Cette fois, ce n'est plus le sort d'individus qu'il a entre ses mains, c'est le destin d'une nation".


De la Scanie natale de l'inspecteur Wallander, à l'Afrique du Sud en proie à de graves difficultés politiques (celles de l'après-apartheid). Mêlant géopolitique et thriller traditionnel, La Lionne blanche se scinde en deux parties, la première se déroulant en Suède avec l'enquête de l'inspecteur Wallander, la seconde en Afrique du Sud où se joue l'avenir de deux peuples, d'une nation.
Souffrant d'un certain manque de rythme dans l'intrigue, les tenants et aboutissants du romans sont révélés au lecteur sans doute un peu trop tôt, La Lionne blanche n'en reste pas moins un bon polar. Une quête personnelle obsédante pour l'inspecteur Wallander qui prendra tous les risques et en fera courir à ses proches pour résoudre cette affaire. Mais également une profonde remise en question pour ce personnage récurrent chez Mankell, à savoir si tout cela en vaut la peine. Poussé jusque dans ses derniers retranchements, Kurt Wallander, met le doigt dans un engrenage diabolique, dont il ne ressortira pas indemne.
La grande réussite d'Henning Mankell est, d'encore une fois, nous faire partir d'un évènement tragique qui bouleverse la quiétude de la Scanie natale de Kurt Wallander, pour construire une intrigue aux enjeux qui dépasse tout ce que son personnage pouvait imaginer.
La Lionne blanche, un thriller efficace au dénouement, certes, un peu «facile», mais un opus sur l'Afrique et ses croyances (continent cher à Mankell, lequel partage sa vie entre la Suède et le Mozambique). Un livre sur le sacrifice et la vengeance au coeur de cette haine implacable qui depuis la nuit des temps, divise les peuples.

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Publié le 30/10/2005 à 01:50
Édité le 16/05/2007 à 11:44

Pyrotechnie et sex-appeal

The Island
(Michael Bay)

Après une série de blockbusters d'action bourrins et sévèrement dopés aux hormones de croissance (Rock, Bad Boys I& II, Armageddon...), des films où il a pu en mettre plein les mirettes et affirmer son goût prononcé pour la pyrotechnie, les filles en bikinis et les plans de caméras ultra léchés ; Michael Bay débarque avec sous le bras l'un des films les plus attendus de l'été cinéma : The Island. Affranchi de l'influence parfois (ok, souvent) encombrante de celui qui lui a mis le pied à l'étrier : l'incontournable Jerry Bruckheimer (producteur entre autres de Top Gun, Le Flic de Berverly Hills ou la série TV Les Experts), le réalisateur qui a depuis fondé sa propre société de production (Platinum Dunes, spécialisée dans les remakes de classiques d'horreur) a rejoint l'écurie DreamWorks SKG. Qui dit DreamWorks dit bien souvent, Steven Spielberg, celui-là même qui a confié à Michael Bay la charge de trousser The Island. Un film où, changement majeur pour le nouveau protégé du père d'E.T, le scénario se veut aussi important que les scènes d'action pure. Enfin, en principe...

The IslandFilm d'anticipation centré sur un sujet d'actualité : le clonage et donc (forcément pour y trouver un quelconque intérêt dramatique...), ses dérives ; The Island a le mérite de réunir à l'écran, deux acteurs qui ne sont pas uniquement des gravures de mode, Scarlett Johansson (Lost in Translation, La Jeune fille à la perle) et Ewan McGregor (Trainspotting, Star Wars). Interprétant respectivement les rôles de Jordan Deux Delta et Lincoln Six Echo, les deux acteurs sont plongés au coeur d'une société futuriste dans laquelle la quasi-totalité de l'humanité à disparu suite à une sorte de contamination globale qui aurait exterminé l'espèce humaine. Enfin presque, puisqu'un certain nombre d'individus ont mystérieusement survécu à cette extinction et on bâti un centre ultra-moderne dans lequel quelques centaines de personnes vivent selon des règles très strictes. La vie entière de ces « survivants » étant tournée vers un unique objectif, être choisi pour aller sur « l'île », d'où le titre du film. Un havre de paix paradisiaque, qui serait la dernière contrée sur Terre épargnée par la contamination.
Peu à peu, il semble de plus en plus certain que le contrôle absolu (Big Brother dans toute sa splendeur) pratiqué sur l'ensemble de cette communauté ne fonctionne pas complètement puisqu'un certain Lincoln Six Echo (Ewan McGregor donc, pour les deux du fond qui n'auraient pas tout suivi) commence à se poser les questions qu'il ne devrait, normalement pas, se poser. Et découvre qu'il y a peut-être quelque chose qui cloche avec cette histoire d'île. C'est à partir de là que les ennuis commencent. Depuis ses débuts avec Bad Boys, Michael Bay a une recette qu'il s'est appliqué à perfectionner au cours de ses films suivant : un plan de caméra ne doit jamais excéder la dizaine de secondes, ses films doivent être avant tout spectaculaires (et il faut avouer qu'ils le sont.) et il n'a rien de mieux qu'une scène d'action ultra léchée pour masquer une petite faiblesse scénaristique. A l'occasion de The Island, le réalisateur a laissé parler la maturité et a décidé de ne plus se concentrer uniquement sur les plans spectaculaires et de soigner également les scènes intimistes ; et ça marche. assez souvent. Quelques séquences sont ainsi particulièrement réussies, notamment celles mettant en scène personnage de Michael Clarke Duncan (impressionnant comme à son habitude), nombre de scènes entre les deux personnages principaux, ou la poursuite en voiture où le réalisateur s'est un peu auto inspiré de son travail sur Bad Boys II. Le petit plus dans tout ça, c'est la présence de l'excellent Steve Buscemi qui interprète une fois encore un personnage décalé et qui apporte une touche de légèreté bienvenue à l'ensemble.

Au final, en dirigeant The Island, Michael Bay offre au spectateur un énorme pop-corn movie de luxe basé sur un sujet d'actualité. Propre, soigné, superbement mis en images et bien interprété, le film est une réussite partielle, le réalisateur maîtrisant à la perfection les trois premiers quarts du film et ratant magnifiquement son final. Divertissant, moins bourrin que la plupart des blockbusters de l'été, The Island mérite largement le coup d'oeil, comme d'ailleurs la plastique de ses deux acteurs principaux. Alors pourquoi le film s'est-il complètement vautré au box-office US? Voilà sans doute la glorieuse incertitude qui accompagne tout projet de ce genre. Et si l'on pouvait deviner avec exactitude la réussite ou l'échec d'un long-métrage, on ne serait sans doute pas assis en train d'écrire une critique de film, mais plutôt en train d'en réaliser un.


AureliO
Octobre 2005

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Publié le 23/10/2005 à 01:37
Édité le 18/12/2005 à 22:51

De la fureur et du sang

Miroir de sang. (Stock)
(Olivier Descosse)

Miroir de sangQuatrième de couverture:

«Le corps d'une enfant est découvert atrocement mutilé dans les calanques de Marseille.
Deux flics hors norme se lancent sur la piste du tueur. Riad Kellal, le limier de la brigade criminelle aux origines algériennes. Paul Cabrera, le policier aux allures de loubard régnant sur la BAC nord.
Chacun de leur côté, les deux hommes ont une raison personnelle d'être le premier à arrêter le monstre.
De Marseille à Lyon en passant par la Camargue, de l'univers des Hell's Angels à celui des gitans, les pistes courent en parallèle alors qu'un autre crime se prépare».


A la croisée des chemins entre L'Empire des loups de Jean-Christophe Grangé et la Sirène Rouge de Maurice G.Dantec, pour les thèmes abordés, ce troisième roman d'Olivier Descosse (après Mythes et Le Couloir de la pieuvre) est un thriller époustouflant de brio et d'efficacité. Sanglante plongée dans les tréfonds de l'âme et de la folie humaine, Miroir de Sang est une oeuvre aboutie, extrêmement violente, au rythme soutenu et à la tension presque palpable. Personnages taillés dans le marbre et rebondissements millimétrés, c'est sous le soleil du cadre idyllique du bord de la Méditerranée que Descosse a bâti son troisième roman. Olivier Descosse développe une intrigue complexe et fascinante au cours de laquelle on suit dans la fureur et le sang, parallèlement la traque du tueur menée par les deux enquêteurs Riad Kellal et Paul Cabrera. Une seule même enquête menée selon deux angles différents jusqu'à la révélation finale. Une issue logique, inexorable et parfaitement amenée, un final apocalyptique où tout n'est plus que vengeance et désespoir, le roman se consumant littéralement entre nos mains fiévreuses d'en arriver au terme de l'histoire... Incitation à une nuit d'insomnies, les quatre cent vingt-sept pages de ce Miroir de Sang se lisent d'une traite, tant le style d'Olivier Descosse est fluide et l'intrigue ne nous laisse que peu de répit. Un thriller à l'excellence trop rare, un auteur à suivre.

AureliO
Octobre 2005

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Publié le 23/10/2005 à 01:23
Édité le 18/12/2005 à 23:13

Made in HK

Breaking News (J.To)
(2005)

Breaking NewsUne interpellation ratée suite à un braquage qui se termine en bain de sang, Breaking News s'ouvre sur un impressionnant plan-séquence de près de 8 minutes. Humiliées devant les caméras de télévision par des truands qui n'hésitent pas à abattre de sang froid un policier en uniforme, les autorités hongkongaises se doivent de réagir le plus efficacement possible de manière à reprendre la main auprès de l'opinion publique. Bien plus que le brillant exercice de style que pourrait le laisser supposer la séquence d'ouverture du film, Breaking News est un polar pur et dur au propos résolument moderne.
Guerilla urbaine, dictature des médias et manipulation de masse, sur un scénario simple mais efficace, Johnnie To livre un film brut de décoffrage à la violence graphique omniprésente et à la rythmique implacable. Carbonisant la pellicule, les scènes d'action sont d'une précision chirurgicale, le réalisateur/ producteur de la claque viscérale The Mission (1998) nous offrant ici un film millimétré et sévèrement burné. Réalisation fluide et découpée au scalpel cinématographique, Breaking News s'inscrit dans la lignée des polars asiatiques à la mode depuis le carton de la trilogie Infernal Affairs (Andrew Lau Wai-Keung). D'ailleurs, il ne fait guère de doute que le film de Johnnie To sera rapidement acheté par une major pour en produire un remake, à la manière justement d'un Infernal Affairs, devenu The Departed sous la caméra de Martin Scorsese.
Stylé et sans temps morts, Breaking News s'offre en bonus track, un casting blindé par la présence de Kelly Chen, Richie Jen et Nick Cheung, trois jeunes acteurs qui montent et qu'il faudra suivre ses prochaines années. Last but not least, sous des louches de gunfights, une pincée d'humour décalé irrésistible et complètement imprévisible (la scène du déjeuner croisé des braqueurs et des flics).
Parmi les responsables du renouveau du cinéma made in HK, Johnnie To figure assurément en bonne place, notamment aux côtés de réalisateurs tels que Andy Lau. Prolifique et polyvalent, il a mis en scène une trentaine de films en 20 ans (dont The Mission, Fulltime Killer ou The Executioneers) et en a produit autant. To peut également s'appuyer sur Milky Way pour asseoir son succès, une société de production qu'il co-dirige avec son homme de l'ombre, Wai Ka-Fai (qui écrit et co-produit la quasi-totalité de ses films). Aujourd'hui, l'homme est au sommet de son art et croule sous les projets, qu'on se le dise, cet homme est dangereux, Breaking News en est la meilleure preuve.


aureliO
Octobre 2005

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