Publié le 01/06/2012 à 05:17
Édité le 01/06/2012 à 05:21

Los Disidentes del Sucio Motel Tour #4

Bon voilà, après une petite pause rédactionnelle, on reprend le fil de nos aventures en tournée avec Los Disidentes del Sucio Motel.

La météo est une nouvelle fois clémente avec nous. Nous sommes décidément chanceux à ce niveau. Sur la route, nous passons dans un village nommé Winterfell. Une photo de geeks s'impose donc ! Ouais car pour ceux qui n'auraient pas compris l'allusion, il s'agit du nom de la ville dans laquelle se passe la série Game of Thrones que nous suivons. Pour passer un peu le temps on décide de se mater un bon film de guerre : Act of Valor. Perso, je n'ai pas compris grand-chose à ce film, à part le fait que ça pète partout dans tous les sens pendant 2h et qu'on en prend donc plein la gueule. Plutôt bien fait cela dit. Nous sommes arrivés jusqu'à la frontière Tchèque sans aucun souci, mais la galère ne va pas tarder car comme dit plus haut, nous n'avons pas la carte du pays et "Jojo la bouteille", la voix du mec bourré de notre GPS nous a quitté dans l'infinité de l'espace. Qu'à cela ne tienne, nous avons tout de même une carte papier de l'Allemagne qui par chance, s'étend jusqu'à Prague.

La campagne Tchèque est pauvre. Les clichés qui illustrent ce pays sont relativement vrais, même si nous nous garderons ici de porter tout jugement vu le peu de temps que nous y sommes restés. Nous arrivons sur le lieu du concert, le bar boss. Nous sommes environs à 70 kilomètres de Prague, un mardi soir. hum ça risque d'être chaud de ramener du monde. Le groupe avec qui nous allons jouer ce soir s'appelle Rest In Haste. Ils sont plus ou moins du coin et ont l'air très sympa. L'endroit est roots, très roots. On ne peut pas vraiment dire qu'un style particulier de déco ait été choisi ici. Disons qu'on a pris ce qui trainait et qu'on en a fait un bar quoi. De vieilles bornes d'arcade poussiéreuses nous font retourner vingt ans en arrière, à base de jeu old school en 16 bits dégueulasses. Toutefois, l'arrière boutique comprend une vraie petite scène et une capacité d'accueil du public très correcte. On va être serré, mais ça devrait le faire à peu près. Déchargement de camion, stockage du matos à l'arrach dans un coin et j'en profite enfin pour aller aux chiottes. Petit aparté à ce propos. Je vous ai parlé du problème d'espace temps et du régime alimentaire sur la route et bien sachez aussi que l'organisme s'adapte lui aussi aux conditions de vie en tournée et y compris vos intestins. Vu que tout rythme alimentaire n'existe plus, la digestion subit plus ou moins le même sort. Donc là encore, tu pisses et chies un peu quand tu peux et inconsciemment, ton système digestif se met soit à l'arrêt ou au contraire en action, suivant la situation. C'est quand même bien branlé le corps humain ! Dieu avait du penser aux musiciens en tournée, lorsqu'il a conçu notre réseau de boyaux en tout genre. Merci gros !
Pendant que les Tchèques balancent, nous nous mettons à table. Dans le noir. car impossible de trouver une source lumineuse et la nuit commence à tomber. Nous mangeons donc sous la lumière du portable de Billy un borscht traditionnel avec des pommes de terre qui baignent dans l'huile et l'ail et mine de rien c'est très bon ! Le gras, c'est la vie les amis ! Dans la limite du raisonnable bien entendu. C'est évidemment une fois fini de manger que la patronne nous met la lumière. merci.

Il est temps d'ouvrir les portes, si on peut parler de portes et comme on pouvait s'en doutait, la population n'a pas vraiment fait le déplacement. Rest In Haste commence son set devant une dizaine de personnes et nous même. Ils jouent un rock entre The Strokes et QOTSA assez particulier mais pas désagréable avec notamment un instrument que j'adore, le Theremin, du nom de son créateur. Peut-être ne connaissez-vous pas cet étrange instrument, mais je vous invite à checker ça sur Youtube, car il y a vraiment un coté magique dans cette drôle de machine. L'excellent groupe Fishbone, l'utilise également sur scène. Vous avez surement déjà du entendre son son si particulier dans certains vieux films sur les extra terrestres. Fait étrange, le groupe joue complètement dans le noir. Seule une petite lampe de bureau qui traine, fournit l'unique source de lumière. OK, la salle ne dispose pas d'un vrai système de lights, mais à la limite, allumer simplement les plafonniers serait déjà pas mal. Bon, c'est peut-être un choix artistique de leur part, mais en tout cas nous, nous ne jouerons pas comme ça. A noter, un fait amusant, le chanteur ressemble étrangement à un mélange entre Julian Casablancas des Strokes et Howard Wolowitz (personnage de la série The Big Bang Theory).

Il a donc péniblement une quinzaine de personne dans la salle dont nous. Au bout de trois chansons, plus que dix ; au bout de cinq chansons, plus que sept et à la fin du concert plus que nous. Ouah. ça calme. c'est la folie ce soir !! Je me sens complètement démotivé. Tout ce travail, toute cette énergie dépensée, tous ces mails échangés, pour ça. Jouer à 1500km de chez moi, pendant 45min, dans un rade qui fermerait ses portes au moindre contrôle d'hygiène, devant cinq pélos, ce n'est clairement pas ça que l'on cherche quand on monte une tournée. Est-ce que tout ça en vaut la peine ? C'est donc, un peu déprimé que je branche mon matos. Histoire d'en rajouter une couche, mon ampli déconne. Excellent. Au final, c'était moi qui déconnais puisque j'avais oublié d'alimenter une pédale. Billy, toujours positif dans ces moments essaie tout de même de me motiver. On joue avant tout pour nous. Il a raison. Les premières notes de The Ones retentissent et les quelques jeunes qui trainaient dans le bar commencent à pointer le bout de leurs nez et deviennent complètement hystériques. Mais c'est quoi ce délire ? Qu'est-ce qui se passe les mecs là ? Les mecs se mettent torse nu, les nanas dandinent des fesses et crient comme des folles (à moins que ce ne soit l'inverse), on dirait qu'ils sont en train de regarder Metallica. Le sourire revient sur nos visages. Ils ne sont pas très nombreux mais au moins ont l'air vraiment de prendre leur pied. Puis soudain au milieu du set, pendant le sample d'intro de Z, la salle se vide. Mais quand je dis, se vider, c'est se vider vraiment. Pendant trois minutes, nous nous retrouvons complètement seuls à jouer. Non mais on est où là les mecs ? C'est complètement hallucinant. Ce public est vraiment différent. Puis au bout de quelques minutes, ils reviennent. Une bière à la main, une odeur de bédo flottante, on comprend ce qu'ils ont été faire. Mais leur motivation n'est pas retombée pour autant et repart même de plus bel. Les filles montent sur les épaules des gars, la transpiration coule, bref, tout le monde s'amuse, nous y compris. Fin de concert dans la fosse comme le veut notre tradition. L'hystérie des nanas est à son paroxysme et l'un des mecs à moitié à poil vient me voir pour me demander "can I play smell like teen spirit with you ? I can play the drums ! I can do it ! Please !" "heu. ouai. je sais pas trop. Vois avec le batteur." Alex, le mec en question arrive à convaincre Billy de jouer sur sa magnifique DW. Perso, je pense que je n'aurai pas accepté, vu l'état d'excitation du gus, mais pourquoi pas finalement. Comme à peu prêt 90 % des guitaristes de ma génération sur cette planète, j'ai appris la guitare notamment avec les riffs inspirés et simples de Cobain, j'avais donc un vague souvenir du morceau et nous voilà en train de massacrer ce classique du Grunge. Le bougre tape fort, mais mal. Vraiment mal. Trop vite et pas en rythme. Moi je suis accordé 1 ton plus bas que le titre original et le résultat ne ressemble vraiment à rien. Kurt, si tu as vu ça de là haut, pardonne moi.

Au final, ces p'tits jeunes ont fini leur soirée sur un titre qu'ils connaissent et ça avait l'air de leur suffire. Indulgent le jeune local. On descend de scène discuter un peu avec eux et vous savez quoi ? La moitié du public n'était même pas Tchèque ! En fait, ils étaient pour la plupart russes. Il y a une forte communauté russe en République Tchèque. Ils s'éclatent à prendre des photos avec nous comme si nous étions de pires rock star, c'est très marrant. Pas de merch' pour ce soir, faut pas rêver non plus, haha, et nous repartons péniblement avec 28 malheureux Euros de doordeal. 28 putain d'Euro, même pas de quoi faire un quart de plein de diesel. Surtout que la monnaie locale est vraiment très faible par rapport à la notre (environ 25 fois moins) et qu'avec tous ces billets en main, t'as pourtant l'impression d'être le roi du pétrole. Nous rentrons dormir chez Radek, l'un des membres du groupe local qui habite à Prague. Ca fait un peu de route, mais au moins nous serons déjà sur place pour le lendemain et pourrons profiter pleinement de notre journée de tourisme. Un petit tour sur Facebook pour admirer les magnifiques photos de notre ami Bartosch de la soirée acoustique (mon Dieu que vous étiez beaux les amis !), checker les mails et au dodo.

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