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Publié le 30/10/2005 à 01:50
Édité le 30/10/2005 à 01:50

Pyrotechnie et sex-appeal

The Island
(Michael Bay)

Après une série de blockbusters d'action bourrins et sévèrement dopés aux hormones de croissance (Rock, Bad Boys I& II, Armageddon...), des films où il a pu en mettre plein les mirettes et affirmer son goût prononcé pour la pyrotechnie, les filles en bikinis et les plans de caméras ultra léchés ; Michael Bay débarque avec sous le bras l'un des films les plus attendus de l'été cinéma : The Island. Affranchi de l'influence parfois (ok, souvent) encombrante de celui qui lui a mis le pied à l'étrier : l'incontournable Jerry Bruckheimer (producteur entre autres de Top Gun, Le Flic de Berverly Hills ou la série TV Les Experts), le réalisateur qui a depuis fondé sa propre société de production (Platinum Dunes, spécialisée dans les remakes de classiques d'horreur) a rejoint l'écurie DreamWorks SKG. Qui dit DreamWorks dit bien souvent, Steven Spielberg, celui-là même qui a confié à Michael Bay la charge de trousser The Island. Un film où, changement majeur pour le nouveau protégé du père d'E.T, le scénario se veut aussi important que les scènes d'action pure. Enfin, en principe...

The IslandFilm d'anticipation centré sur un sujet d'actualité : le clonage et donc (forcément pour y trouver un quelconque intérêt dramatique...), ses dérives ; The Island a le mérite de réunir à l'écran, deux acteurs qui ne sont pas uniquement des gravures de mode, Scarlett Johansson (Lost in Translation, La Jeune fille à la perle) et Ewan McGregor (Trainspotting, Star Wars). Interprétant respectivement les rôles de Jordan Deux Delta et Lincoln Six Echo, les deux acteurs sont plongés au coeur d'une société futuriste dans laquelle la quasi-totalité de l'humanité à disparu suite à une sorte de contamination globale qui aurait exterminé l'espèce humaine. Enfin presque, puisqu'un certain nombre d'individus ont mystérieusement survécu à cette extinction et on bâti un centre ultra-moderne dans lequel quelques centaines de personnes vivent selon des règles très strictes. La vie entière de ces « survivants » étant tournée vers un unique objectif, être choisi pour aller sur « l'île », d'où le titre du film. Un havre de paix paradisiaque, qui serait la dernière contrée sur Terre épargnée par la contamination.
Peu à peu, il semble de plus en plus certain que le contrôle absolu (Big Brother dans toute sa splendeur) pratiqué sur l'ensemble de cette communauté ne fonctionne pas complètement puisqu'un certain Lincoln Six Echo (Ewan McGregor donc, pour les deux du fond qui n'auraient pas tout suivi) commence à se poser les questions qu'il ne devrait, normalement pas, se poser. Et découvre qu'il y a peut-être quelque chose qui cloche avec cette histoire d'île. C'est à partir de là que les ennuis commencent. Depuis ses débuts avec Bad Boys, Michael Bay a une recette qu'il s'est appliqué à perfectionner au cours de ses films suivant : un plan de caméra ne doit jamais excéder la dizaine de secondes, ses films doivent être avant tout spectaculaires (et il faut avouer qu'ils le sont.) et il n'a rien de mieux qu'une scène d'action ultra léchée pour masquer une petite faiblesse scénaristique. A l'occasion de The Island, le réalisateur a laissé parler la maturité et a décidé de ne plus se concentrer uniquement sur les plans spectaculaires et de soigner également les scènes intimistes ; et ça marche. assez souvent. Quelques séquences sont ainsi particulièrement réussies, notamment celles mettant en scène personnage de Michael Clarke Duncan (impressionnant comme à son habitude), nombre de scènes entre les deux personnages principaux, ou la poursuite en voiture où le réalisateur s'est un peu auto inspiré de son travail sur Bad Boys II. Le petit plus dans tout ça, c'est la présence de l'excellent Steve Buscemi qui interprète une fois encore un personnage décalé et qui apporte une touche de légèreté bienvenue à l'ensemble.

Au final, en dirigeant The Island, Michael Bay offre au spectateur un énorme pop-corn movie de luxe basé sur un sujet d'actualité. Propre, soigné, superbement mis en images et bien interprété, le film est une réussite partielle, le réalisateur maîtrisant à la perfection les trois premiers quarts du film et ratant magnifiquement son final. Divertissant, moins bourrin que la plupart des blockbusters de l'été, The Island mérite largement le coup d'oeil, comme d'ailleurs la plastique de ses deux acteurs principaux. Alors pourquoi le film s'est-il complètement vautré au box-office US? Voilà sans doute la glorieuse incertitude qui accompagne tout projet de ce genre. Et si l'on pouvait deviner avec exactitude la réussite ou l'échec d'un long-métrage, on ne serait sans doute pas assis en train d'écrire une critique de film, mais plutôt en train d'en réaliser un.


AureliO
Octobre 2005

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Publié le 23/10/2005 à 01:37
Édité le 23/10/2005 à 01:37

De la fureur et du sang

Miroir de sang. (Stock)
(Olivier Descosse)

Miroir de sangQuatrième de couverture:

«Le corps d'une enfant est découvert atrocement mutilé dans les calanques de Marseille.
Deux flics hors norme se lancent sur la piste du tueur. Riad Kellal, le limier de la brigade criminelle aux origines algériennes. Paul Cabrera, le policier aux allures de loubard régnant sur la BAC nord.
Chacun de leur côté, les deux hommes ont une raison personnelle d'être le premier à arrêter le monstre.
De Marseille à Lyon en passant par la Camargue, de l'univers des Hell's Angels à celui des gitans, les pistes courent en parallèle alors qu'un autre crime se prépare».


A la croisée des chemins entre L'Empire des loups de Jean-Christophe Grangé et la Sirène Rouge de Maurice G.Dantec, pour les thèmes abordés, ce troisième roman d'Olivier Descosse (après Mythes et Le Couloir de la pieuvre) est un thriller époustouflant de brio et d'efficacité. Sanglante plongée dans les tréfonds de l'âme et de la folie humaine, Miroir de Sang est une oeuvre aboutie, extrêmement violente, au rythme soutenu et à la tension presque palpable. Personnages taillés dans le marbre et rebondissements millimétrés, c'est sous le soleil du cadre idyllique du bord de la Méditerranée que Descosse a bâti son troisième roman. Olivier Descosse développe une intrigue complexe et fascinante au cours de laquelle on suit dans la fureur et le sang, parallèlement la traque du tueur menée par les deux enquêteurs Riad Kellal et Paul Cabrera. Une seule même enquête menée selon deux angles différents jusqu'à la révélation finale. Une issue logique, inexorable et parfaitement amenée, un final apocalyptique où tout n'est plus que vengeance et désespoir, le roman se consumant littéralement entre nos mains fiévreuses d'en arriver au terme de l'histoire... Incitation à une nuit d'insomnies, les quatre cent vingt-sept pages de ce Miroir de Sang se lisent d'une traite, tant le style d'Olivier Descosse est fluide et l'intrigue ne nous laisse que peu de répit. Un thriller à l'excellence trop rare, un auteur à suivre.

AureliO
Octobre 2005

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Publié le 23/10/2005 à 01:23
Édité le 23/10/2005 à 01:23

Made in HK

Breaking News (J.To)
(2005)

Breaking NewsUne interpellation ratée suite à un braquage qui se termine en bain de sang, Breaking News s'ouvre sur un impressionnant plan-séquence de près de 8 minutes. Humiliées devant les caméras de télévision par des truands qui n'hésitent pas à abattre de sang froid un policier en uniforme, les autorités hongkongaises se doivent de réagir le plus efficacement possible de manière à reprendre la main auprès de l'opinion publique. Bien plus que le brillant exercice de style que pourrait le laisser supposer la séquence d'ouverture du film, Breaking News est un polar pur et dur au propos résolument moderne.
Guerilla urbaine, dictature des médias et manipulation de masse, sur un scénario simple mais efficace, Johnnie To livre un film brut de décoffrage à la violence graphique omniprésente et à la rythmique implacable. Carbonisant la pellicule, les scènes d'action sont d'une précision chirurgicale, le réalisateur/ producteur de la claque viscérale The Mission (1998) nous offrant ici un film millimétré et sévèrement burné. Réalisation fluide et découpée au scalpel cinématographique, Breaking News s'inscrit dans la lignée des polars asiatiques à la mode depuis le carton de la trilogie Infernal Affairs (Andrew Lau Wai-Keung). D'ailleurs, il ne fait guère de doute que le film de Johnnie To sera rapidement acheté par une major pour en produire un remake, à la manière justement d'un Infernal Affairs, devenu The Departed sous la caméra de Martin Scorsese.
Stylé et sans temps morts, Breaking News s'offre en bonus track, un casting blindé par la présence de Kelly Chen, Richie Jen et Nick Cheung, trois jeunes acteurs qui montent et qu'il faudra suivre ses prochaines années. Last but not least, sous des louches de gunfights, une pincée d'humour décalé irrésistible et complètement imprévisible (la scène du déjeuner croisé des braqueurs et des flics).
Parmi les responsables du renouveau du cinéma made in HK, Johnnie To figure assurément en bonne place, notamment aux côtés de réalisateurs tels que Andy Lau. Prolifique et polyvalent, il a mis en scène une trentaine de films en 20 ans (dont The Mission, Fulltime Killer ou The Executioneers) et en a produit autant. To peut également s'appuyer sur Milky Way pour asseoir son succès, une société de production qu'il co-dirige avec son homme de l'ombre, Wai Ka-Fai (qui écrit et co-produit la quasi-totalité de ses films). Aujourd'hui, l'homme est au sommet de son art et croule sous les projets, qu'on se le dise, cet homme est dangereux, Breaking News en est la meilleure preuve.


aureliO
Octobre 2005

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