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Publié le 16/02/2011 à 17:39
Édité le 17/02/2011 à 14:13

L'ellipse de la rondelle.

Je vois déjà les regards effrayés, les mines déconfites et les yeux écarquillés à la vue de ce titre. Rassurez vous, il n'est nullement question d'analyser, à l'aide de théorèmes issus de la Résistance Des Matériaux, de quelle façon une rondelle de métal, soumise à deux forces attelées à deux points diamétralement opposés et agissant en des sens et des directions inverses et orientées vers l'extérieur, se transforme en objet ovale.

Il y a pas mal de circonstances dans la vie qui font qu'on peut avoir besoin de 15 rondelles en inox de taille standard pour vis M8 disposant des dimensions suivantes : 16mm x 8mm x 1,6mm (diamètre extérieur x diamètre intérieur x épaisseur). Il y a (au moins) deux méthodes pour s'en procurer.

La première consiste à se rendre dans le magasin A qui a le mérite de vendre de jolies rondelles, conformes à mes attentes, présentées en vrac dans des petits bacs en libre-service. Ravi et enchanté d'avoir trouvé les objets de mon désir, sans omettre de vérifier qu'ils étaient tous identiques et après avoir compté et recompté leur nombre (15), je me dirige donc vers la caisse, non sans une certaine fébrilité. L'employée dépose alors le petit amas de métal sur une balance, sans prendre la peine de compter la quantité d'objets présents, le tarif étant déterminé au poids (et non à l'unité). C'est alors que la surprise, en plus d'être au rendez-vous, est bonne, je vous laisse le soin de juger : 0,30€ net TTC, marge incluse. Le sourire de la caissière aussi. 2 balles quoi, pour ceux qui ont du mal à franchir les portes du marché libre et non faussé de la péninsule européenne.

La seconde consiste à se rendre dans le magasin B (de la même bourgade) qui a le mérite, lui aussi, de vendre de splendides rondelles, toujours aussi conformes à mes attentes. Mais il y a comme un début de commencement de doute. Ces fameuses petites rondelles, encore et toujours répondant aux normes de la dimension M8 selon la convention ISO 10673, encore et toujours au nombre de 15, est affiché au prix de 2,65€. Oui, tu as bien lu. Plus de 17 francs, quoi. Presque une place de cinéma, certes au tarif "jeune", dans ma cambrousse de province au tournant du siècle dernier. Mais c'est que les agents "communication", "marketing" et "technocratie" sont passés par là entre-temps. Supposons que le magasin A, en usant de sa méthode de vente pour le moins directe, soit trop laxiste... Le magasin B voit les choses en grand, lui. Les 15 rondelles sont emprisonnées dans une coquille plastique, qui en plus d'être outrageusement sur-dimensionnée, est thermoformée (les curieux se renseigneront mais tout le monde en a déjà vu), scellée certainement par ultra-sons et comme si le gaspillage d'énergie, de temps et (donc) d'euros n'était pas suffisant, le tout est accompagné d'un carton imprimé recto/verso judicieusement présenté dans la boîte translucide.
On comprend aisément la différence de tarif, que dis-je, d'honoraires, dans ce second cas où il faut régler, sans que je puisse être exhaustif, l'encre, le carton, le plastique ainsi que l'acheminement (de préférence par camions) de tous les éléments les uns vers et/ou dans les autres, ainsi que les "cerveaux" qui ont conspiré à un tel projet (comme la réalisation et la conception -bien que basique- du moule de thermoformage, de la machine à découper le carton, l'imprimante et bien d'autres...), l'électricité, la marge de chacun des intervenants (des ouvriers aux dirigeants en passant par les cadres et les managers) de la chaîne de ce processus diabolique sans oublier... les rondelles et leur fabrication, bien sûr.
L'ironie du sort voudrait que les rondelles vendues dans le magasin A et dans le magasin B ait été fabriquées dans le même pays, dans la même usine, sur la même ligne de production, par la même machine, machine conduite par le même ouvrier, rondelles produites dans la même minute et peut-être la même seconde, vues les cadences possibles de ce type d'outil.

Si l'exemple, ici, est flagrant et grossier, on peut regarder autour de soit et le répéter à l'infini, ou presque.

Certes, par la méthode employée, le magasin B est générateur d'emplois (disons plutôt de "jobs" ou de "taffs") et tire la (sacro-sainte) "croissance" vers le haut. Mais quid de la finalité desdits "emplois", des ressources de la planète (qu'il faudrait sauver...) et de la "rationalité" dans le sens le plus noble du terme ?

Février 2011.

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Publié le 07/01/2011 à 19:25
Édité le 08/01/2011 à 07:26

Le travail rend libre (I)

On croyait vivre une semaine (presque) comme les autres, surtout en début d'année. Nouvelle année, bonnes résolutions, meilleurs voeux, et même si on est réfractaire à ces coutumes plus religieuses qu'elles n'en ont l'air (faut-il rappeler que le calendrier -parmi la vingtaine potentiellement en vigueur- adopté par l'ensemble de l'Humanité porte le nom d'un Pape ?), il flotte alors dans l'air un sentiment particulier, qui porterait presque chacun de nous vers une certaine ivresse. Mais voilà que les choses ont très vite dégénéré. Pas eu le temps de finir de digérer les dernières papillotes ou de quitter l'hôpital suite à une méchante indigestion faite d'huîtres et crevettes frelatées qu'on oublie vite les possibles joies de l'ivresse, retour à LEUR réalité.
Dès le 2 janvier, coup d'envoi des hostilités. Manuel Valls, député d'un Parti (supposé) Socialiste, fait savoir sur l'antenne d'Europe 1 qu'il désire "déverrouiller les 35 heures". Largement relatés dans la presse, inutile de s'étendre sur ses propos. On pourrait en revanche s'attarder davantage sur les "effets collatéraux" de la "bombe" lâchée par l'un des plus droitiers de ce qui se dénomme encore la "gôche". Champs de ruines sur la partie gauche de l'hémicycle où on notera le positionnement dogmatique de Benoît Hamon (P.S. lui aussi) invitant Manuel Valls à "rentrer dans le droit chemin" et la publication des "25 questions-réponses rapides sur les 35 heures" de Gérard Filoche, trop peu pertinentes et ô combien roboratives. Sur la droite de l'échiquier, c'est la division des troupes : certains saluent le numéro de l'idiot utile (Manuel Valls chercherait-il un poste de Ministre ?), ceux qui se croient être les plus malins invitent au "débat" (mais on a la sensation de déjà connaître leur argumentaire), enfin, d'autres (plus proches de la réalité, aussi étrange que cela puisse paraître, c'est possible, même en portant l'uniforme bleu-UMP) sont dans l'embarras car dans les faits, nombre d'entreprises sont ravies d'appliquer les "35 heures" puisqu'elles font ainsi faire à leurs effectifs des heures supplémentaires dé-fis-ca-li-sées, noeud du hiatus. Ces points et le dernier en particulier mériteraient d'être développés séparément mais passons à la suite de cette semaine inaugurale de 2011.
Et cela ne s'est pas fait attendre. Dès le lendemain, sur le plateau de BFM TV, c'est le sémillant et toujours aussi bien halé Jacques Séguéla, ex-maître à penser de qui on sait (un certain François Miterrand), qui ne fait pas les choses à moitié.
A - "Je suis pour travailler plus et être mieux payé." : Il ne manquerait qu'on se tue à la tache pour obtenir une fiche de paie amputée de quelques oboles, chose que nos "décroissants" gouvernementaux doivent certainement avoir dans leurs tiroirs. Mais cette option n'étant pas à l'ordre du jour, passons à la deuxième bribe du gratin de la pensée Mitterrandienne.
B - "Il vaudrait mieux avoir une ou deux semaines de plus d'un bloc que des journées qui s'arrêtent et dérèglent toute la machine pour rien." : Au moins, c'est clair, nous ne disposons pas d'un travail (du moins ceux qui en ont un) pour avoir une action (si possible positive) sur la société ni éventuellement s'épanouir, mais pour faire tourner "la machine". Concernant, la durée de congés supplémentaires, encore faudrait-il en disposer (ce qui n'est pas forcément le cas puisque les "35 heures" ont bel et bien été détricotées, démantelées et mutilées par suite de reculades devant la CGPME et le MEDEF, de négociations branche par branche et de tractations internes aux entreprises), mais j'imagine que pour Monsieur Séguéla, il est en effet plus commode de disposer "d'une ou deux semaines de plus" pour poser son fessier dans un avion afin d'aller se faire bronzer la pilule de l'autre coté du globe. Mais qu'il se rassure, je ne l'envie absolument pas...
C- "En Chine, qui est le cinquième pays au monde dans le bonheur, le salaire moyen d'un Chinois est 10 % du SMIC et ils sont heureux." : Pour l'heure, on ignore encore si Ruth Elkrieff (BFM TV, animatrice de l'émission) ou Guy Birenbaum (Le Post, "contradicteur") a suggéré à l'invité de se munir d'une pioche et d'une masse afin de rejoindre un des nombreux Laogaï chinois afin d'y casser des cailloux, le sourire aux lèvres, jusqu'à ce que mort s'en suive. A moins que l'ex-publicitaire n'ait réservé de son propre chef un aller-simple Paris-Pékin...
Tombant comme un cheveu sur la soupe, pil-poil dans l'actualité, en guise d'intermède, une intervention vieille de plusieurs mois de Pascal Nègre, P-dG d'Universal Music France, vaut aussi son pesant de cacahuètes (Merci Aurélio de me l'avoir fait parvenir). C'est sur le site CadrEmploi.com, rubrique "On vient vers vous", que le big-boss (pour rester poli) de l'industrie musicale hexagonale estime "qu'être sous-payé, ce n'est pas important". Evidemment, ça tombe sous le sens. Lorsqu'on vit dans la rue, sans loyer ni charge à régler, se déplaçant à l'aide de semelles tout-terrain ne nécessitant aucune goutte de pétrole raffiné pour se déplacer, vivant aux crochets de la société en extorquant la nourriture des bennes à ordures des supermarchés et amassant les euros des honnêtes gens croisés au hasard de la vie, on s'en fiche totalement d'être sous-payé, peut-être atteint-on le sommet du bonheur. Mais étonnement, on perd parallèlement aussi toute notion de "compétitivité" et de "rentabilité".
Mais l'escalade dans l'horreur ne s'arrête pas là et nous fait par la même occasion rejoindre l'actualité en la collant au plus près. C'est par le biais du journal radiophonique de 18h00 sur France Culture le jeudi 06 janvier 2011 qu'est tombée le sentence. A l'occasion du colloque "Nouveau monde, nouveau capitalisme" (tout un programme...) se déroulant à Bercy (Paris) le jour même, le ministre Polonais des Finances, Jacek Rostowski, s'exprimant dans un français très clair et intelligible, éloignant ainsi tout risque d'erreur de traduction, avance "qu'on ne peut pas se dire que tout acquis social, une fois obtenu, ne peut jamais être révisé" après avoir soutenu l'idée soumise par son interlocutrice de journaliste que le plafond maximal des 48H de travail hebdomadaire (une règle européenne) devrait être relevé. Difficile de trouver d'autre trace de cette intervention sur Internet, le journalisme (d'investigation) s'auto-censurerait-il ? A chacun d'en tirer les conclusions qu'il désire...
Néanmoins, la déclaration de Monsieur Rostowski a le mérite de nous faire savoir que les permanences des grands partis de gouvernement et du MEDEF, les agences intérimaires et les guichets de Pôle Emploi, les officines des assurances et des banques, les bureaux de police et de gendarmerie n'ont pas fini d'être assaillis, dévastés, brûlés non sans être accompagnés de quelques échauffourées, grèves, heurts, blocages, violences, émeutes et révoltes en tous genres malgré les appels au calme des centrales syndicales et tout le discrédit jeté par les médias sur ces initiatives... puisque désormais on connait la chanson.

"Arbeit macht frei" ou "le travail rend libre", c'est selon qu'on franchit le portique d'Auschwitz ou qu'on est sous la gouverne d'un Chanoine du Latran (actuellement en poste à l'Elysée et ayant fait sienne cette assertion lors de la dernière campagne présidentielle) lui-même triste représentation d'une époque morne, morose et morbide.
 
 
Janvier 2011.

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Publié le 10/12/2010 à 19:28
Édité le 11/12/2010 à 05:49

Contrairement aux apparences...

Contrairement aux apparences...

A force d'y rester, on ne sait plus faire autre chose que ce qui nous y a conduit. Et commence alors l'écriture d'une question : "Pourquoi, pourquoi moi ?"

Il est fortement conseillé de respecter les horaires, sous peine de sanction, y compris pour prendre son repas. Il faut redoubler d'ingéniosité pour contourner tel ou tel article du règlement intérieur. Et ne parlons pas de la promenade quotidienne et sa durée rigoureusement chronométrée. La sonnerie, aussi froide qu'immuable, délivrance une fois par jour, véritable coup de poignard à chacun de ses autres retentissements. Selon la qualité des embastillés, les conditions d'hygiène qui leurs sont accordées varient du supportable à l'exécrable. Puisqu'on tourne autour du bidet, la sexualité est tout à la fois thème tabou et centre de toutes les espérances mais force est de constater l'accumulation de frustrations -pour ne rien dire des convoitises- au fil que le temps passe ou que la gente féminine montre le bout de son nez. Par moments, sans raison apparente, une furie s'empare des lieux en un mélange de tintements et de grognements. Si les visites de l'extérieur sont planifiées d'avance, on n'est pas à l'abri d'une descente du sommet de la pyramide à n'importe quelle heure du jour... comme de la nuit. Sous les néons de la capitainerie, c'est le flou artistique -si je puis me permettre la métaphore en de telles circonstances- puisque s'enchevêtrent les responsabilités. Les prises de décision s'effectuent à la va-vite non sans avoir fait subir au préalable le supplice de tantale à celui qui en est le sujet, si ce n'est l'objet.
D'un coté comme de l'autre de la barrière, tout le monde reste sur le qui-vive, à s'épier les uns les autres, quitte à tenter de déchiffrer à distance les paroles d'un coreligionnaire en lisant sur ses lèvres, un mot de trop pouvant tout faire basculer. Tous prêts à de petites mesquineries au rythme des velléités que chacun a de prendre du galon ou d'accroître son espace vital. L'entraide, lorsqu'elle existe, s'effectue par groupuscules, toujours en suspens et mouvants, souvent disloqués au bout d'une poignée de semaines, parfois après quelques heures seulement. C'est le règne du caïdat où les plus téméraires rêvent de devenir calife à la place du calife, à leurs risques et périls.
On pourrait croire ce récit issu d'une prison mais, contrairement aux apparences, c'est d'un autre genre de tôle dont il s'agit puisque je vous parle de l'usine. La différence entre les individus les remplissant, au final, est infime : certains claironnent de ne s'être jamais fait prendre tandis que d'autres clament leur innocence, jusqu'à rendre le discernement entre ses populations quasiment impossible.

Décembre 2010

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Publié le 07/12/2010 à 18:50
Édité le 14/12/2010 à 11:11

Puisque nous sommes en guerre.

Puisque nous sommes en guerre.

La conscription est suspendue ; aucun barbelé dans notre champ de vision ; pas de déflagration d'artillerie au milieu de la nuit et le bruit sourd des canons nous est inconnu ; le plus clair du temps, l'aviation qui survole nos têtes est supposée civile ; nous ignorons tout de ce à quoi peut ressembler un ticket de rationnement ; lors de nos déplacements dans les campagnes, nous ne tremblons pas à chaque instant avec l'idée de mettre pied sur une mine anti-personnelle et dans nos déambulations citadines, les checkpoints sont absents tandis que les barricades se portent pâle. Pas de carte d'Etat-Major représentant les déplacements de troupes ; les informations nous abreuvant n'ont pas besoin d'être recoupées ; nos paroles et nos rencontres sont libres puisqu'il ne réside aucune raison de se méfier de notre interlocuteur ; les actualités quotidiennes ne font état d'aucune perte humaine ou matérielle ; outre ceux des forces dites de l'ordre, les uniformes sont au placard et il n'y a personne à abattre puisqu'il n'y a pas d'ennemi.
Et pourtant. Si l'affrontement armé a bel et bien lieu sous d'autres latitudes -et nous permet une relative tranquillité quant à voir couler le sang de façon massive sous nos yeux- il n'en demeure pas moins qu'un conflit, perfide et larvé, de basse intensité et au long cours, avançant sur différents champs d'investigation, développe jour après jour son emprise sur nos vies tel une poignée de coraux s'implantant et colonisant un banc de sable.
Derrière des sourires se cachent des entourloupes, des poignées de mains -historiquement signe de franchise- deviennent synonymes de trahison, les convocations se métamorphosent en injonctions, les appels téléphoniques en assignation à comparaître et, lorsque tout le bataillon de tortionnaires t'est passé sur le corps, la plupart des envois en recommandé tutoie des simulacres de mise à mort. Le territoire est quadrillé de façon permanente et intensive, les décomptes du temps et de l'argent -toujours plus précis et dont les marges s'amenuisent inexorablement- font de nous des agents d'un mécanisme géant où certains ont toujours la bonne idée de te rappeler que tu as le choix. Le choix de te faire exploiter ailleurs ou, quête illusoire, de trouver -ou mieux, de mettre sur pieds toi-même- un gagne-pain épanouissant mais qui, en plus de correspondre expressément à l'unique scénario possible, ne doit en rien t'éloigner du théâtre des opérations et t'occupera toujours, 8 heures par jour, 5 jours par semaine, 47 semaines par an.
La majeure partie des forces engagées collabore les yeux fermés ; certains, conscients de la situation, taxés d'archaïques ou de passéistes, tentent vaille que vaille et contre vents et marées une lutte de l'intérieur qui ne peut apparaître autrement que perdue d'avance.
Restent les déserteurs -je ne parle pas des auto-proclamés résistants évoqués ci-dessus ni des mutins, réformés et autres radiés et exclus de force, ni même des éventuels planqués-, paradoxalement toujours prêts au combat mais insuffisamment armés, fatalement incompris mais possédant sans nul doute un temps d'avance sur leurs contemporains. C'est donc à celles et ceux, bien peu nombreux, qui ont choisi de ne pas perdre leur vie à la gagner que sont dédiées ces quelques lignes... puisque nous sommes en guerre.

Décembre 2010

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Publié le 03/08/2010 à 19:40
Édité le 11/12/2010 à 06:05

Apatride Sans frontière

Monsieur le Ministre,
puisque j'ai commis le grave délit de naître voilà plus de 26 ans, risquant de grèver honteusement et sans scrupule les caisses de l'assurance-chômage lorsque mon Boss ou un de ses bien dévoués subalterne se sera rendu compte que je n'étais plus assez rentable ; ayant l'outrecuidance d'essayer (oui, "essayer", étant donné que vos homologues successifs s'acharnent à mettre à mal l'efficacité de l'Hôpital public en le désorganisant et le démantelant progressivement avec le but inavoué de faire chuter l'espérance de vie et ainsi les dépenses de santé) d'aller me faire soigner lorsque le mal s'abat sur moi et mettant en miettes cette fois-ci la caisse d'assurance-maladie ; prévoyant d'atteindre un jour l'âge (60 ans, n'en déplaise à vos autres homologues successifs) me permettant d'accéder à une retraite qui finira de plomber les finances publiques ; flirtant, grâce aux mots que vous êtes en train de lire actuellement, avec le statut de terroriste -au minimum intellectuel- ; je me permets de vous demander de bien vouloir me déchoir de la nationalité française qui m'a été si généreusement octroyée (et à l'insu de mon plein gré puisque issu de deux bons vrais français de souche, certes l'un plus que l'autre...) à la naissance alors que je n'avais rien demandé à personne afin de rejoindre la tribu -que j'espère croissante- des Apatrides Sans Frontière qui prendront un malin plaisir de venir gommer les sinistres pointillés souillant les cartes, planisphères et diverses mappemondes depuis de trop longs siècles. Merci.
En conséquence, ayant disparu de vos différents fichiers de renseignement et autres listings informatiques, j'espère fort logiquement ne pas avoir à répondre à quelque représentant des forces supposées de l'ordre lorsque je me nourrirai, logerai, soignerai et déplacerai, et ce, par n'importe quel moyen que j'utiliserai mais que vous qualifierez sans nul doute de "vol".

P.S. : Peut-être qu'en échange d'une île égarée aux Seychelles et récemment revenue (à la rame ?) à ma mémoire (mais pourtant inexistante aux yeux du FISC, l'île pas ma mémoire), ma requête obtiendra un traitement de faveur et sera acceptée avec une célérité hors du commun...

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Publié le 13/03/2009 à 10:18
Édité le 11/12/2010 à 05:59

Manifeste pour les "produits" de haute nécessité

C'est en solidarité pleine et sans réserve aucune que nous saluons le profond mouvement social qui s'est installé en Guadeloupe, puis en Martinique, et qui tend à se répandre à la Guyane et à la Réunion. Aucune de nos revendications n'est illégitime. Aucune n'est irrationnelle en soi, et surtout pas plus démesurée que les rouages du système auquel elle se confronte. Aucune ne saurait donc être négligée dans ce qu'elle représente, ni dans ce qu'elle implique en relation avec l'ensemble des autres revendications. Car la force de ce mouvement est d'avoir su organiser sur une même base ce qui jusqu'alors s'était vu disjoint, voire isolé dans la cécité catégorielle - à savoir les luttes jusqu'alors inaudibles dans les administrations, les hôpitaux, les établissements scolaires, les entreprises, les collectivités territoriales, tout le monde associatif, toutes les professions artisanales ou libérales...

Mais le plus important est que la dynamique du collectif Lyannaj - qui est d'allier et de rallier, de lier, relier et relayer tout ce qui se trouvait désolidarisé - est que la souffrance réelle du plus grand nombre (confrontée à un délire de concentrations économiques, d'ententes et de profits) rejoint des aspirations diffuses, encore inexprimables mais bien réelles, chez les jeunes, les grandes personnes, oubliés, invisibles et autres souffrants indéchiffrables de nos sociétés. La plupart de ceux qui y défilent en masse découvrent (ou recommencent à se souvenir) que l'on peut saisir l'impossible au collet, ou enlever le trône de notre renoncement à la fatalité.

Cette grève est donc plus que légitime, et plus que bienfaisante, et ceux qui défaillent, temporisent, tergiversent, faillissent à lui porter des réponses décentes, se rapetissent et se condamnent.

Dès lors, derrière le prosaïque du « pouvoir d'achat » ou du « panier de la ménagère », se profile l'essentiel qui nous manque et qui donne du sens à l'existence, à savoir : le poétique. Toute vie humaine un peu équilibrée s'articule entre, d'un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l'autre, l'aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d'honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d'amour, de temps libre affecté à l'accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). Comme le propose Edgar Morin, le vivre-pour-vivre, tout comme le vivre-pour-soi n'ouvrent à aucune plénitude sans le donner-à-vivre à ce que nous aimons, à ceux que nous aimons, aux impossibles et aux dépassements auxquels nous aspirons.

La « hausse des prix » ou « la vie chère » ne sont pas de petits diables-ziguidi qui surgissent devant nous en cruauté spontanée, ou de la seule cuisse de quelques purs békés. Ce sont les résultantes d'une dentition de système où règne le dogme du libéralisme économique. Ce dernier s'est emparé de la planète, il pèse sur la totalité des peuples, et il préside dans tous les imaginaires -non à une épuration ethnique, mais bien à une sorte d'« épuration éthique » (entendre : désenchantement, désacralisation, désymbolisation, déconstruction même) de tout le fait humain.

Ce système a confiné nos existences dans des individuations égoïstes qui vous suppriment tout horizon et vous condamnent à deux misères profondes : être « consommateur » ou bien être « producteur ». Le consommateur ne travaillant que pour consommer ce que produit sa force de travail devenue marchandise ; et le producteur réduisant sa production à l'unique perspective de profits sans limites pour des consommations fantasmées sans limites. L'ensemble ouvre à cette socialisation anti-sociale, dont parlait André Gorz, et où l'économique devient ainsi sa propre finalité et déserte tout le reste.

Alors, quand le « prosaïque » n'ouvre pas aux élévations du « poétique », quand il devient sa propre finalité et se consume ainsi, nous avons tendance à croire que les aspirations de notre vie, et son besoin de sens, peuvent se loger dans ces codes-barres que sont « le pouvoir d'achat » ou « le panier de la ménagère ». Et pire : nous finissons par penser que la gestion vertueuse des misères les plus intolérables relève d'une politique humaine ou progressiste. Il est donc urgent d'escorter les « produits de premières nécessités », d'une autre catégorie de denrées ou de facteurs qui relèveraient résolument d'une « haute nécessité ».

Par cette idée de « haute nécessité », nous appelons à prendre conscience du poétique déjà en œuvre dans un mouvement qui, au-delà du pouvoir d'achat, relève d'une exigence existentielle réelle, d'un appel très profond au plus noble de la vie.

Alors que mettre dans ces « produits » de haute nécessité ?

C'est tout ce qui constitue le cœur de notre souffrant désir de faire peuple et nation, d'entrer en dignité sur la grand-scène du monde, et qui ne se trouve pas aujourd'hui au centre des négociations en Martinique et en Guadeloupe, et bientôt sans doute en Guyane et à la Réunion.

D'abord, il ne saurait y avoir d'avancées sociales qui se contenteraient d'elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s'est passé. Ce mouvement a mis en exergue le tragique émiettement institutionnel de nos pays, et l'absence de pouvoir qui lui sert d'ossature. Le « déterminant » ou bien le « décisif » s'obtient par des voyages ou par le téléphone. La compétence n'arrive que par des émissaires. La désinvolture et le mépris rôdent à tous les étages. L'éloignement, l'aveuglement et la déformation président aux analyses.

L'imbroglio des pseudos pouvoirs Région-Département-Préfet, tout comme cette chose qu'est l'association des maires, ont montré leur impuissance, même leur effondrement, quand une revendication massive et sérieuse surgit dans une entité culturelle historique identitaire humaine, distincte de celle de la métropole administrante, mais qui ne s'est jamais vue traitée comme telle. Les slogans et les demandes ont tout de suite sauté par-dessus nos « présidents locaux » pour s'en aller mander ailleurs. Hélas, tout victoire sociale qui s'obtiendrait ainsi (dans ce bond par-dessus nous-mêmes), et qui s'arrêterait là, renforcerait notre assimilation, donc conforterait notre inexistence au monde et nos pseudo-pouvoirs.

Ce mouvement se doit donc de fleurir en vision politique, laquelle devrait ouvrir à une force politique de renouvellement et de projection apte à nous faire accéder à la responsabilité de nous-mêmes par nous-mêmes et au pouvoir de nous-mêmes sur nous-mêmes. Et même si un tel pouvoir ne résoudrait vraiment aucun de ces problèmes, il nous permettrait à tout le moins de les aborder désormais en saine responsabilité, et donc de les traiter enfin plutôt que d'acquiescer aux sous-traitances. La question békée et des ghettos qui germent ici où là, est une petite question qu'une responsabilité politique endogène peut régler. Celle de la répartition et de la protection de nos terres à tous points de vue aussi. Celle de l'accueil préférentiel de nos jeunes tout autant. Celle d'une autre Justice ou de la lutte contre les fléaux de la drogue en relève largement...

Le déficit en responsabilité crée amertume, xénophobie, crainte de l'autre, confiance réduite en soi... La question de la responsabilité est donc de haute nécessité. C'est dans l'irresponsabilité collective que se nichent les blocages persistants dans les négociations actuelles. Et c'est dans la responsabilité que se trouve l'invention, la souplesse, la créativité, la nécessité de trouver des solutions endogènes praticables. C'est dans la responsabilité que l'échec ou l'impuissance devient un lieu d'expérience véritable et de maturation. C'est en responsabilité que l'on tend plus rapidement et plus positivement vers ce qui relève de l'essentiel, tant dans les luttes que dans les aspirations ou dans les analyses.

Ensuite, il y a la haute nécessité de comprendre que le labyrinthe obscur et indémêlable des prix (marges, sous-marges, commissions occultes et profits indécents) est inscrit dans une logique de système libéral marchand, lequel s'est étendu à l'ensemble de la planète avec la force aveugle d'une religion. Ils sont aussi enchâssés dans une absurdité coloniale qui nous a détournés de notre manger-pays, de notre environnement proche et de nos réalités culturelles, pour nous livrer sans pantalon et sans jardins-bokay aux modes alimentaires européens. C'est comme si la France avait été formatée pour importer toute son alimentation et ses produits de grande nécessité depuis des milliers et des milliers de kilomètres.

Négocier dans ce cadre colonial absurde avec l'insondable chaîne des opérateurs et des intermédiaires peut certes améliorer quelque souffrance dans l'immédiat ; mais l'illusoire bienfaisance de ces accords sera vite balayée par le principe du « Marché » et par tous ces mécanismes que créent un nuage de voracités, (donc de profitations nourries par « l'esprit colonial » et régulées par la distance) que les primes, gels, aménagements vertueux, réductions opportunistes, pianotements dérisoires de l'octroi de mer, ne sauraient endiguer.

Il y a donc une haute nécessité à nous vivre caribéens dans nos imports-exports vitaux, à nous penser américain pour la satisfaction de nos nécessités, de notre autosuffisance énergétique et alimentaire. L'autre très haute nécessité est ensuite de s'inscrire dans une contestation radicale du capitalisme contemporain qui n'est pas une perversion mais bien la plénitude hystérique d'un dogme. La haute nécessité est de tenter tout de suite de jeter les bases d'une société non économique, où l'idée de développement à croissance continuelle serait écartée au profit de celle d'épanouissement ; où emploi, salaire, consommation et production serait des lieux de création de soi et de parachèvement de l'humain.

Si le capitalisme (dans son principe très pur qui est la forme contemporaine) a créé ce Frankenstein consommateur qui se réduit à son panier de nécessités, il engendre aussi de bien lamentables « producteurs » -chefs d'entreprises, entrepreneurs, et autres socioprofessionnels ineptes- incapables de tressaillements en face d'un sursaut de souffrance et de l'impérieuse nécessité d'un autre imaginaire politique, économique, social et culturel. Et là, il n'existe pas de camps différents. Nous sommes tous victimes d'un système flou, globalisé, qu'il nous faut affronter ensemble. Ouvriers et petits patrons, consommateurs et producteurs, portent quelque part en eux, silencieuse mais bien irréductible, cette haute nécessité qu'il nous faut réveiller, à savoir : vivre la vie, et sa propre vie, dans l'élévation constante vers le plus noble et le plus exigeant, et donc vers le plus épanouissant. Ce qui revient à vivre sa vie, et la vie, dans toute l'ampleur du poétique.

On peut mettre la grande distribution à genoux en mangeant sain et autrement.

On peut renvoyer la Sara et les compagnies pétrolières aux oubliettes, en rompant avec le tout automobile.

On peut endiguer les agences de l'eau, leurs prix exorbitants, en considérant la moindre goutte sans attendre comme une denrée précieuse, à protéger partout, à utiliser comme on le ferait des dernières chiquetailles d'un trésor qui appartient à tous.

On ne peut vaincre ni dépasser le prosaïque en demeurant dans la caverne du prosaïque, il faut ouvrir en poétique, en décroissance et en sobriété. Rien de ces institutions si arrogantes et puissantes aujourd'hui (banques, firmes transnationales, grandes surfaces, entrepreneurs de santé, téléphonie mobile...) ne sauraient ni ne pourraient y résister.

Enfin, sur la question des salaires et de l'emploi.

Là aussi il nous faut déterminer la haute nécessité.

Le capitalisme contemporain réduit la part salariale à mesure qu'il augmente sa production et ses profits. Le chômage est une conséquence directe de la diminution de son besoin de main d'œuvre. Quand il délocalise, ce n'est pas dans la recherche d'une main d'œuvre abondante, mais dans le souci d'un effondrement plus accéléré de la part salariale. Toute déflation salariale dégage des profits qui vont de suite au grand jeu welto de la finance. Réclamer une augmentation de salaire conséquente n'est donc en rien illégitime : c'est le début d'une équité qui doit se faire mondiale.

Quant à l'idée du « plein emploi », elle nous a été clouée dans l'imaginaire par les nécessités du développement industriel et les épurations éthiques qui l'ont accompagnée. Le travail à l'origine était inscrit dans un système symbolique et sacré (d'ordre politique, culturel, personnel) qui en déterminait les ampleurs et le sens. Sous la régie capitaliste, il a perdu son sens créateur et sa vertu épanouissante à mesure qu'il devenait, au détriment de tout le reste, tout à la fois un simple « emploi », et l'unique colonne vertébrale de nos semaines et de nos jours. Le travail a achevé de perdre toute signifiance quand, devenu lui-même une simple marchandise, il s'est mis à n'ouvrir qu'à la consommation. Nous sommes maintenant au fond du gouffre.

Il nous faut donc réinstaller le travail au sein du poétique. Même acharné, même pénible, qu'il redevienne un lieu d'accomplissement, d'invention sociale et de construction de soi, ou alors qu'il en soit un outil secondaire parmi d'autres. Il y a des myriades de compétences, de talents, de créativités, de folies bienfaisantes, qui se trouvent en ce moment stérilisés dans les couloirs ANPE et les camps sans barbelés du chômage structurel né du capitalisme. Même quand nous nous serons débarrassés du dogme marchand, les avancées technologiques (vouées à la sobriété et à la décroissance sélective) nous aiderons à transformer la valeur-travail en une sorte d'arc-en-ciel, allant du simple outil accessoire jusqu'à l'équation d'une activité à haute incandescence créatrice. Le plein emploi ne sera pas du prosaïque productiviste, mais il s'envisagera dans ce qu'il peut créer en socialisation, en autoproduction, en temps libre, en temps mort, en ce qu'il pourra permettre de solidarités, de partages, de soutiens aux plus démantelés, de revitalisations écologiques de notre environnement...

Il s'envisagera en « tout ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue ». Il y aura du travail et des revenus de citoyenneté dans ce qui stimule, qui aide à rêver, qui mène à méditer ou qui ouvre aux délices de l'ennui, qui installe en musique, qui oriente en randonnée dans le pays des livres, des arts, du chant, de la philosophie, de l'étude ou de la consommation de haute nécessité qui ouvre à création -créaconsommation.

En valeur poétique, il n'existe ni chômage ni plein emploi ni assistanat, mais autorégénération et autoréorganisation, mais du possible à l'infini pour tous les talents, toutes les aspirations. En valeur poétique, le PIB des sociétés économiques révèle sa brutalité.

Voici ce premier panier que nous apportons à toutes les tables de négociations et à leurs prolongements : que le principe de gratuité soit posé pour tout ce qui permet un dégagement des chaînes, une amplification de l'imaginaire, une stimulation des facultés cognitives, une mise en créativité de tous, un déboulé sans manman de l'esprit. Que ce principe balise les chemins vers le livre, les contes, le théâtre, la musique, la danse, les arts visuels, l'artisanat, la culture et l'agriculture... Qu'il soit inscrit au porche des maternelles, des écoles, des lycées et collèges, des universités et de tous les lieux connaissance et de formation... Qu'il ouvre à des usages créateurs des technologies neuves et du cyberespace. Qu'il favorise tout ce qui permet d'entrer en Relation (rencontres, contacts, coopérations, interactions, errances qui orientent) avec les virtualités imprévisibles du Tout-Monde...

C'est le gratuit en son principe qui permettra aux politiques sociales et culturelles publiques de déterminer l'ampleur des exceptions. C'est à partir de ce principe que nous devrons imaginer des échelles non marchandes allant du totalement gratuit à la participation réduite ou symbolique, du financement public au financement individuel et volontaire... C'est le gratuit en son principe qui devrait s'installer aux fondements de nos sociétés neuves et de nos solidarités imaginantes...

Projetons nos imaginaires dans ces hautes nécessités jusqu'à ce que la force du Lyannaj ou bien du vivre-ensemble, ne soit plus un « panier de ménagère », mais le souci démultiplié d'une plénitude de l'idée de l'humain.

Imaginons ensemble un cadre politique de responsabilité pleine, dans des sociétés martiniquaise guadeloupéenne guyanaise réunionnaise nouvelles, prenant leur part souveraine aux luttes planétaires contre le capitalisme et pour un monde écologiquement nouveau.

Profitons de cette conscience ouverte, à vif, pour que les négociations se nourrissent, prolongent et s'ouvrent comme une floraison dans une audience totale, sur ces nations qui sont les nôtres.

An gwan lodyans qui ne craint ni ne déserte les grands frissons de l'utopie.

Nous appelons donc à ces utopies où le Politique ne serait pas réduit à la gestion des misères inadmissibles ni à la régulation des sauvageries du « Marché », mais où il retrouverait son essence au service de tout ce qui confère une âme au prosaïque en le dépassant ou en l'instrumentalisant de la manière la plus étroite.

Nous appelons à une haute politique, à un art politique, qui installe l'individu, sa relation à l'Autre, au centre d'un projet commun où règne ce que la vie a de plus exigeant, de plus intense et de plus éclatant, et donc de plus sensible à la beauté.

Ainsi, chers compatriotes, en nous débarrassant des archaïsmes coloniaux, de la dépendance et de l'assistanat, en nous inscrivant résolument dans l'épanouissement écologique de nos pays et du monde à venir, en contestant la violence économique et le système marchand, nous naîtrons au monde avec une visibilité levée du post-capitalisme et d'un rapport écologique global aux équilibres de la planète....

Alors voici notre vision :

Petits pays, soudain au cœur nouveau du monde, soudain immenses d'être les premiers exemples de sociétés post-capitalistes, capables de mettre en œuvre un épanouissement humain qui s'inscrit dans l'horizontale plénitude du vivant...

par Ernest BRELEUR, Patrick CHAMOISEAU, Serge DOMI, Gérard DELVER, Edouard GLISSANT, Guillaume PIGEARD DE GURBERT, Olivier PORTECOP, Olivier PULVAR, Jean-Claude WILLIAM

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